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mercredi 2 juillet 2008

Arrêté délire l'article 52

Comment faire état simplement d'une réaction à quelque chose d' aussi insaississable qu' un « projet d’arrêté subséquent au projet de décret d’application de l’article 52 »?


Ou bien le lecteur sait de quoi il retourne, tel que je le suppose, à savoir pas forcément tombé par hasard sur ce billet du blog, mais venu ici par curiosité pour pêcher une réaction énoncée au milieu du grand calme plat collectif autour de cette nouvelle action; ou bien le lecteur ne sait pas, auquel cas il lui est humblement demandé de suivre le lien indiqué plus haut vers le site LTA. Cette nouvelle action administrative d' écriture est-elle simplement destinée à mater la folie à la manière policée du discours du maître, qui n' a guère de souci des effets de son énonciation, dès lors que ceux qui le portent n' ont d'autre souci que d' effacer toute trace d' alternatives ? Ou cet acte d' écriture ne vise-t-il qu' à contourner de manière phobique la question de la folie en générant une façon de redresser les esprits ?


Je vais, par artifice d' écriture, supposer que le rédacteur dudit arrêté est un rédacteur naïf, qui ignore par vocation autant que par acharnement volontaire toutes les conventions qui ont cours à l' intérieur du domaine psy, à commencer par celle qui consiste à bien vouloir prendre en considération de manière forte et ferme, que le savoir concernant ce champ, n'est qu'une convention, un tissu d' hypothéses cohérentes et tenables ; et puis, de manière secondaire, que cette convention de savoir se construit sur la reconnaissance implicite du fait que ce savoir est relatif au fait même du langage ; et que ce fait même du langage conduit à formaliser une distinction de fait entre la chose et le signe qui la conditionne ; de sorte qu' il ne peut qu' échapper à ce rédacteur naïf qu' il traite du signe alors même qu' il est convaincu de traiter de la chose, par la manipulation des signes à laquelle il se livre, pourtant impuissante à l' encercler, et même de loin.


C' est cette impuissance même qui conduit ce rédacteur naïf à répéter jusqu' à plus soif son assise sur la vague et floue notion de « trouble » ; faut-il qu' ici je cite ? Fort bien :


« — Une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques :

C’est-à-dire la connaissance des grandes entités psychopathologiques aux différents âges de la vie, avec la capacité de repérer les troubles psychopatologiques. La connaissance de la symptomatologie relevant de ces différents troubles. Aptitude à reconnaître, d’une part, les troubles qui apparaissent aux différents âges de la vie, à savoir les troubles de l’humeur, les troubles anxieux et les troubles psychotiques ; et d’autre part les troubles spécifiques d’une période de la vie. Ainsi, pendant l’enfance et l’adolescence : connaissance des troubles envahissants du développement, des troubles des acquisitions, du retard mental ; connaissance des troubles des conduites, des conduites de dépendance ; à l’âge adulte et au cours du vieillissement : des troubles de la personnalité ; de l’évolution de ces différents troubles, mais également des états confusionnels et des états démentiels. Il est également attendu des connaissances approfondies des conduites addictives, des différents troubles psychopathologiques post-traumatiques ou consécutifs à une atteinte somatique (par exemple : cancers, maladies infectieuses, maladies neurologiques, diabètes, …). »


En somme c'est bien simplement qu' est tracée la différence entre le normal et le pathologique : quand quelque chose ne va pas, c' est trouble, et alors là il y a quelque chose que le psychothérapeute devra connaître, et c' est la nature de ces troubles. Et ce bien ententendu, à la lumière de la capacité de discernement des « grandes pathologies psychiatriques » ... Quant à la texture des connaissances du psychothérapeute, elle est laissé au flou :


« — Une connaissance des fonctionnements et des processus psychiques :

Qui comprend la connaissance du développement normal de la naissance jusqu’à la fin de la vie, en passant par les grandes étapes du développement, à savoir le bébé, l’enfance, l’adolescence, l’ âge adulte et la vieillesse. Les différentes étapes des développements affectif, comportemental et cognitif doivent être connues. La connaissance des déterminants psychosociaux des comportements individuels, notamment des phénomènes d’ influence et de manipulation d’ autrui. Une connaissance des grandes fonctions comportementales, motrices et cognitives est également nécessaire. De plus, il est attendu que la démarche adoptée soit une démarche intégrative, c’est à dire qu’elle aborde ces notions selon différentes approches, qui seront considérées comme autant d’ éclairages distincts, sans se cantonner à un seul point de vue théorique. »


Fonctionnement, processus, étapes du développement, bébé, enfance, adolescence, etc, étapes des développements, etc, etc... sont posés là comme des objets de connaissance, mais des objets dont le statut est d' être posés ici comme des objets réels et non comme les faits de discours qu' ils sont... C' est de ce fait même que la psychanalyse se trouve intégralement révoquée, que la psychanalyse lacanienne se trouve implicitement et très malproprement éconduite, même si l'on songe à la faire rentrer par toutes petites doses par la fenêtre, lorsqu' on aura trouvé comment l' ouvrir. Tacitement la psychanalyse est considérée comme ce dont il faut détourner le psychothérapeute.


Je ne vois pas comment il serait possible de discourir de ce projet d' arrêté sans durcir et le ton et la portée de la critique. C'est à vrai dire un travail ingrat, de forçat, de bagnard, auquel je ne vois pas pourquoi et au nom de quoi m' astreindre, pour la portée d' efficace que je constate lorsque je lis la progression de ces écritures ; mes collègues étant par ailleurs tout à fait aptes à en prendre par eux-mêmes la mesure.


Il me suffira de souligner que dans ces dernières et différentes étapes de construction de la profession de psychothérapeute, les services du ministère et des différentes administrations dépassent en cauchemardesque les pires de nos prévisions les plus pessimistes. Oui, ces écritures sont des provocations permanentes, un véritable harcèlement contre les professions s'occupant des folies, auquel jouent les services de l'Etat. Pour leur propre bénéfice, c'est la conclusion implacable qui s' en tire. Oui, chaque détail nous révèle la volonté de manipulation des esprits par ces services dont on ne voit ni les racines ni les objectifs, sinon qu'ils sont contraires aux valeurs fondatrices de cette république. Oui, nous constatons que la « sensibilisation à l'éthique » prévue par ce projet d' arrêté ne dépassera jamais celle des promoteurs de cette écriture ; qui en ignorent jusqu'aux prémisses.


Pour ma part, j'inciterai volontiers les rédacteurs naïfs de cette nouillerie délirante de réserver leur talent à l'écriture d'articles dans des magazines de psychologie grand public, puisqu' à l' évidence ils ont le niveau requis pour comprendre le salmigondi new-age qu' on y trouve, mais pas plus. Mais qu' ils épargnent leurs concitoyens de subir les effets de leurs incompétences jumelées en matière juridique, (voir LTA), et scientifico-académique.


DK


PS du 6 juillet: voir aussi http://www.lta.frdm.fr/-Chronica- où l'on trouvera la matière qui provoque ces réflexions ainsi qu'un lien vers la récente prise de position de Jacques-Alain Miller dans "Le Point".

mercredi 18 juin 2008

Qui s'y colle... (à l'examen des décrets)...

Comme cela, livré sans commentaire, pour information, cette nouvelle proposition de décrets d'application nous livre une opacité qui ne se dissout qu'au prix d'une lecture juridique rigoureuse, patiente, régulière . J'ai pu observer durant toutes ces années que sur ce forum comme sur tous les sites associatifs, il n'y a eu qu'une et une seule personne pour mettre sa compétence en matière de droit public au service des personnes intéressées et des associations, et ce de manière constante .


C'est un travail gigantesque qu' a entrepris François-Régis Dupond Muzart, connu également sous ses initiales frdm, tous ses commentaires étant à disposition sur le site LTA.frdm.fr . Depuis qu'il s'est aperçu de la situation juridique particulière de la psychanalyse, au point qu'il n'en est pas encore revenu, François-Régis continue, quotidiennement, à suivre l' affaire, et cette affaire, personne dans le champ psy n' y comprendrait quoi que ce soit sans ce travail . Etant donné qu'à la connaissance de tous, il n' y a strictement aucun autre juriste compétent en droit public qui se soit penché, et avec quelle générosité, et avec quel courage sous les horions, sur cette loi et ces décrets d'application en tant qu'ils nous concernent très concrètement, il est étonnant qu'il faille le rappeler à chaque tournant, il y a là quelque chose que les psys ne veulent pas savoir, et qui concerne la délimitation juridique de leur praxis, et qui se présente comme un refus de la castration symbolique. Je ne puis que les renvoyer à leur examen intime .


Et j'en ai lu, durant ces quatre ans et quelques, des réactions de rejet, d'incompréhension, et j'en ai vu, des haussements d'épaules, et jusqu' à des diagnostics jetés à l' emporte pièce sur la personne, avec pour seul point d'appui qu' il [frdm] se permette, alors non encore psychanalyste, de parler de la loi, et ceci, ces « jugements » cliniques, énoncés par des ex-membres de l'école freudienne de Paris, et de ceux qui nous jouent de l'éthique comme de l'harmonica blues ...


Alors, faut-il encore le préciser, si vous voulez apprécier ce que ce décret, tel qu'il est écrit pour l'instant, nous retranche, il vous faudra recopier l'adresse

http://www.lta.frdm.fr/20080613-Recapitulatif-sur-projet-de-decret-Art-52-du-3-juin-2008-soumis-au-133

et prendre la patience de lire précisément et en détail la lecture qui en est faite .


Vous apprendrez ainsi que les discussions et allées et venues continuent au ministère de la Santé, et que, malgré les indications, critiques, commentaires faits [par frdm] selon les procédures juridiques adéquates, dépôts de mémoire, etc, les rédacteurs du ministère restent curieusement maladroits dans leurs formulations, allant jusqu'à rédiger des décrets illégaux, prévoyant des « dispenses de formation », et laissant le sort des psychanalystes désirant venir s'inscrire, -sur ces listes de psychothérapeutes, pour des raisons que l'on a encore du mal à cerner, tant la situation concrète de l'emploi des psychothérapeutes par les services publics reste floue- , laissant leur sort à l'arbitraire administratif, et laissant en place une situation dans laquelle, aux yeux du public, les psychanalystes inscrits sur ces listes et eux seuls passeraient pour les psychanalystes certifiés par l'Etat, alors même qu'il n'y a aucun moyen de savoir ce qu'aura été leur formation, puisque dans une telle situation n'importe quoi peut apparaître comme psychanalytique .


Sur ce dernier point je ne puis que tirer une seule conclusion solide : les petites associations auront intérêt à se fédérer ou à s'associer à l'AMP ; les psychanalystes un par un devront la survie de leur praxis au fait d'accepter de s'impliquer davantage dans les associations, et c'est plus ou moins la fin des psychanalystes isolés; je précise que je ne vois là aucun drame, le déballage des dernières années leur a permis de s'exprimer et à mon sens, ils ont été entendus, tout le monde a compris en même temps que quelque chose devait changer et que les procédures devaient être revues à la lumière de cette apparition spontanée et non institutionnalisée même après coup, d'un grand nombre de psychanalystes qui se disent lacaniens, ils ont été entendus, puisque de manière très large, dans les associations, les procédures sont en quelque sorte mises en examen, j' ajoute qu'il était temps .


Il est étonnant que la mise au point d' une psychanalyse inscrite dans son temps ait été favorisée par l' adversité d'un député pugnace, cerné par ses arguments auto-référents et logiquement irrecevables, pour autant plus qu' on veuille bien se pencher sur les conditions de la fabrique, où l' on s'aperçoit que les psys ne sont qu' une toute petite pièce de la machine à décerveler qui s'est mise en place1 .


La lutte contre cette méthode de gestion des foules, qui s' oppose à toute conception soit démocratique soit républicaine, n' a rien à voir avec la lutte de pur prestige des uns montés contre les autres, malaxée du dehors du « carré psy », qui rentrait dans les intérêts du calcul gestionnaire . C' est une lutte froide, sensée, vitale, où chacun doit à sa pratique l'examen des conditions de son maintien, au-delà de l'exposé du bien fondé de chaque méthode, puisqu' il y en a d'autres que freudiennes sur le terrain . Et c'est précisément là qu' historiquement la compétence des psys d'aujourd' hui sera jugée à l' aune de leur capacité à résister pied à pied au malaxage du champ psy par le pouvoir, pour le maintien en soumission des foules, sans le moindre respect pour les institutions qu'elles se sont construites au fil du temps, qui n' ont jamais été juste au service des gouvernants .


Alors à l'heure où ceux-ci voient leur chemin de Damas dans la pensée gestionnaire et pensent la politique dans des termes de justification comptable servie aux électeurs, on ne peut guère s' attendre à voir apparaître une société pacifique et productive ; il serait même temps que les politiciens viennent recevoir des leçons, de ceux-là même auxquels ils pensent avoir à en donner, au prétexte d'un savoir haché ramassé sans critique lors d'un séminaire de gestion de fin de semaine, et reçu dans des conditions de transfert exacerbé par le prestige alloué par le luxe de déclarations emphatiques de la plaquette publicitaire du séminaire en question .


A bon entendeur salut .


DK

1Voir http://la-liste-noire.nouvelle-religion.fr/9.html toutes les pages sont à lire...

lundi 26 mai 2008

Précis et judicieux


J'ai une proposition à vous soumettre.


Si, lorsque vous demandez à un médecin que vous consultez de vous prescrire un scanner parce que vous pensez que vous êtes atteint d'une maladie grave, un cancer, et que celui-ci vous rassure de quelques bonnes paroles qu' il n' y a aucune raison de faire un examen, vous laisse partir sans prescription, diagnostic, examen ou conseil d' aller consulter un autre médecin, faites-le savoir, fuyez sa consultation, et consultez autant qu' il faudra jusqu' à ce que les avis convergents auront assez de solidité et d'étayage pour vous convaincre au cas où rien n' est détecté.


Cela vous sauvera sans doute la vie.



Certains médecins en effet se sont fait une idée idéalisée et aberrante des " bonnes pratiques " que la triste gestion droitière, calculatrice mais piètre comptable de la sécurité sociale soumet à leur exercice, -ce dont ils peuvent très largement se décoller-. D' autres médecins sont hélas très incompétents. D' autres encore ont des comptes à régler pour des raisons transférentielles avec certaines professions, psy notamment mais d' autres aussi.


Une amie infirmière psychiatrique en Alsace à qui son médecin a dit que " c'était dans la tête ", jusqu' à ce qu'elle aille consulter un rhumatologue qui blêmit en lui découvrant une maladie de Hodgkin au stade IV; une autre amie infirmière, dans les pyrénées, déja soignée auparavant pour un cancer, que son médecin refuse d' écouter durant quelques mois, malgré ses protestations, jusqu' à ce que la petite tache grossisse; moi-même, qu'un spécialiste de la bouche a rassuré après une biopsie bâclée au cabinet, assurant qu' il s'agissait de stress, (-intéressant, n' est-ce pas, le stress : pas de preuve, pas d' argument, et surtout, pas de contenu psychique); et à qui un médecin, averti pourtant des antécédents, a à nouveau refusé un scanner sous le prétexte " qu'on n' en fait pas pour cela " ... et pour finir, reçoit une engueulade (polie tout de même si un fort déplacée) de l' orl (très chaleureux) consulté à l' IRC de Toulouse, pour devoir avoir été suffisamment averti pour ne pas "laisser traîner" ... -et la confiance faite au médecin ? - Encore faut-il qu'il en soit digne.


Je n' ai pas cherché à collationner les histoires : mais chaque fois que j' ai posé la question à un malade atteint gravement j' ai trouvé en antécédent le récit d'un médecin qui avait refusé d' écouter.


Concernant ce qui m' arrive, et pour élever le débat, il se trouve que le médecin que j' ai consulté dans le village de N. (32), fait partie d' un groupe de médecins qui se réunissent régulièrement pour discuter de leurs « cas » ; ils ont cette tradition du « premier patient du mardi matin » dont ils font récit après tirage au sort; en voilà au moins un qui sera un peu mieux traité ; ces réunions se font « à la Balint » , mais sans psychanalyste, et ce, alors que jamais seulement l'un d'entre eux eût été en analyse ou eût jamais participé à un vrai groupe Balint. D' ailleurs, une des participantes me l'a assuré, tous les participants se sont formés en quelques week-ends à la programmation neuro-linguistique, (la trop fameuse PNL), dont ils ont eu grâce à sa publicité autoréférente et massive, pratique grâce à laquelle les participants se trouvent dès lors à leurs yeux parés, mais de quoi donc ? D'une très imaginaire maîtrise de la communication ; qui n'est rien d'autre que la croyance fermement martelée, par des techniques d'hypnose, de l' adéquation pleine et entière entre leur pensée projetée sur l' autre et la réalité de l' autre. Il est facile d'en convaincre des individus que leur formation ne prépare pas au maniement critique de concepts psychologiques ou philosophiques qui demandent des années d'études critiques et de préparation éristique, heuristique, et méthodologique. Les effets de transferts latéraux ne sont même pas entr' aperçus et pire, soupçonnés. C' est en somme le règne de l'innocence paradisiaque, où l' arbre de la connaissance, c'est la reconnaissance par l'autre de l'intention noble de soigner bien ; alors il n'y a rien à chercher ailleurs, tout ce qu'il pourrait y avoir à savoir est supposé déjà su dans le groupe ; et ce qui se trouve divisé dans ce partage, et perd de sa densité dans ce type de division, c'est l' hypothèse même qu' une telle structure groupale dispose du savoir pertinent pour aborder les questions transférentielles, alors qu'il n'en a ni le concept, ni la méthode, ni les exigences éthiques. Rien de bon ne peut émerger d'une pratique telle, on ne peut en attendre que des dégâts dans un contexte de méconnaissances et de dénis.


Ainsi l'on voit comment l' ignorance, dont Lacan rappelait, après Descartes, le caractère passionnel, trouve ses alliances avec les délires partagés pour protéger des pratiques perverties (celle des groupes Balint), perverses (PNL), mortifères (association de méconnaissances), et de ce fait crée et propage des maladies iatrogènes sous le meilleur prétexte de rationalisation des soins et des coûts, tout cela vous a un petit goût de thé chez la baronne, en toute innocence pétris de bons sentiments. L' éthique médicale existe, elle est très exigeante, c'est très dommage que si peu de médecins soient assez rigoureux, humbles et honnêtes pour se tenir à sa hauteur ; mais il y en a, j' en fréquente quelques-uns, qui m'ont convaincu qu' il y a une possibilité de dialogue entre médecins et psychanalystes, entre médecine et psychanalyse. Les psychanalystes consultent des médecins, et il est beaucoup moins massivement reçu que les médecins consultent les psychanalystes. C'est bel et bien du côté des médecins que se trouve la résistance massive, le repli quasi psychotique à l' encontre de la psychanalyse, et il n'est malheureusement pas rare d' entendre, au cours même d'une consultation chez un médecin, les propos les plus scabreux, faux, méprisants à l'égard de la psychanalyse et des psychanalystes : une telle réaction face à un névrosé qui demande une introduction conduit plus d'une fois à une aggravation que la chimiothérapie souvent inadaptée, -l'essentiel de la formation des médecins étant effectuée par les visiteurs envoyés par les laboratoires pharmaceutiques- , et quand ce n' est pas qu' une aggravation, aboutit trop souvent à des suicides qu'on peut dire directement provoqués par la surdité et le manque de tact, pour ne pas parler de la psychopathologie du médecin, enterrée sous un fatras défensif contre la psychanalyse qui provoque une réaction contre-transférentielle agressive mortifère chaque fois qu' un patient, pour son malheur, demande conseil ; je ne suis à ce jour, pas du tout convaincu que seule le masochisme de tel patient dans le choix de son médecin soit la seule mise en cause possible dans ce type « d' accident » que l' on pourrait très largement éviter si l'Ordre des Médecins s'occupait de ses propres charlatans au lieu de les pousser à combattre des cliniciens qui eux au moins savent de quoi il retourne et ne comprennent pas très bien pourquoi ils devraient encore continuer longtemps à se taire sur des pratiques insoutenables dans quelqu' ordre que ce soit.


Vous n'oubliez pas, si vous pratiquez ce blog ponctuellement, qu'il est issu de la chasse aux sorcières contre les psys initiée par un médecin sous le prétexte mauvais d'une vengeance personnelle, dont le fait déclencheur n'est d'ailleurs établi que très vaguement, par un simple dire qui demande à être cru sur parole, la parole d'un qui vaut mieux que faits, arguments et preuves ; qu'une telle chasse au sorcière fasse suffisamment de bruit pour mener l'agitateur à une position éminente, c'est une chose étrange; que les conséquences de l'agitation soient ensuite étouffées car elles pourraient bien profiter aux psys quand on souhaitait qu' elle les éliminât, c' est encore plus étrange. Il faudra bien un jour que l' instigateur s' explique devant le tribunal de la raison.


Mais le constat que cette campagne, qui a agité le bonnet des médecins, et dans le sens innocemment imprévu de faire entendre à certains d' entre eux, qu'ils devaient largement user de leur position, ou pour refuser de soigner, ou pour refuser d' indiquer, et jusqu'à déconseiller les seuls soins adaptés, laisser mourir les patients venus là en toute confiance, ce constat n'est pas étrange, mais amer, et malheureusement, réaliste. J'invite les spécialistes de l'inconscient que mes propos choquent d'en débattre ici ou par e-mail. Je ferai ici état quoi qu'il en soit des protestations éventuelles de mes collègues si certains devaient trouver mes propos déplacés. Cela nous mènera sans doute à des perspectives intéressantes sur la création des paranoïas plurielles.



Cela étant, il y a également des pôles d'excellence, des lieux pour lesquels le terme n'est pas ridicule. L' IRC de Toulouse en est un exemple, et cela s'y manifeste à chaque endroit et à chaque corps de métier, compétence, ouverture, gentillesse, sourires. Quelque chose qui ne se simule pas, croyez-moi. C'est très dommage que cette excellence serve trop souvent à rattraper les dégâts provoqués en amont par des consignes contradictoires, contre productives, incohérentes sauf dans leur létalité.


Pour ne pas terminer sur une note triste, tous mes remerciements à mes amis médecins de leurs efforts, de leur courage, de leur pugnacité dans ces temps d' aberrations géantes.




vendredi 7 mars 2008

Note à Béné sur le projet de décret pour l’exécution de l’article 52 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute.

ADJONCTION DU 11 MARS 2008 :

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-03-05-chomage

juste pour remettre les pendules en l'état.

____________

Un nouveau projet circule, serpente, s'insinue dans nos coeurs, et que nous veut-on ? Pour ceux qui n'ont pas suivi cette affaire les derniers jours, je glisse l'adresse suivante, [http://www.lta.frdm.fr/20080100-Projet-de-decret-pour-l-execution-de-l-article-52-relatif-a-l-usage-du-124], excellente comme d'habitude.


Mon propos conduira ailleurs : je remarque en effet que de manière concomitante, (comme qui ?), reviennent sur le devant de la scène des propos de gens à présent haut perchés, qui n'ont guère été rassurés par la tranquillité bonasse de toutes ces professions qui s'occupent de soigner les fous par la conviction qu'ils forment une part non négligeable et oh combien méconnue de l'humanité.


Et ça recommence, ces propos incongrus sur les sectes, toute cette pensée de bazar, ces cogitations ineptes, ces creuses agitations verbeuses. L'INPES s'est ridiculisé auprès de tous les professionnels compétents en dépensant deux cent millions d'euros, si j'ai bien lu, pour une campagne d'idéologie pure, (faites très attention à l'idéologie pure, on sait où ça mène); le niveau de compétence pour la matière en question, à savoir la psychopathologie, mis en jeu dans cette campagne, aurait conduit n'importe quel étudiant à l'échec; quant à la qualité de la communication, elle repose essentiellement sur la réaction des milieux concernés qui se sont attachés à redresser la barre.


Par comparaison, on peut observer que pour une somme inférieure de vingt pour cent, la Grande Bretagne a décidé de former des psychothérapeutes, ayant décidé de prendre en compte les très faibles résultats des antidépresseurs dans la plupart des cas, comparables aux placebos. C'est donc une campagne follement chère.


Il est difficile de comprendre ce qui arrête les idées de ceux qui se penchent sur la matière psy pour la réglementer; ne faudrait-il pas commencer par laisser là l'utilitarisme de convenance, pour être pris au sérieux par ceux qui ont la moindre compétence dans ce domaine ? Après quoi un certain degré de retour à la réalité pourrait peut-être se manifester : à quoi bon se mettre à dos les cinquante mille personnes sur lesquelles reposent la tranquillité sinon la largeur d'esprit de soixante millions d'autres ? Je ne parierais pas sur les propos d'Accoyer et de son entourage contre l'avis de toutes les professions psy unanimes sur la question de la dimension sectaire : à savoir que le sectarisme, ça existe effectivement, et s'il fallait qu'il y ait une secte derrière chaque manifestation d'étroitesse d'esprit ou derrière chaque méprise, je ne vois pas très bien comment on pourrait aboutir à construire un jour une République. Mais pour ma part, je n'en ai pas encore abandonné le motif.


D.K.

liens:

http://la-liste-noire.nouvelle-religion.fr/3.html

"Se référer à une loi fasciste italienne n’est pas très heureux pour une commission d’enquête parlementaire d’un pays démocratique. Mais ce n’est pas le seul point commun avec le fascisme. Le seul gouvernement a avoir osé publier, avant la France, une liste de “sectes” à combattre fut celui du troisième Reich ! Dès 1933 son ministre de l’intérieur établissait la liste des sectes interdites au nom de “la protection du peuple et de l’Etat”. On retrouve d’ailleurs dans cette liste de 1933 plusieurs mouvements figurant dans celle de la commission d’enquête de 1995 (voir planches 4 et 5)."

mardi 8 janvier 2008

Zwichen le p'tit Hans - une lecture transverse de la présentation freudienne et de ses élisions.

Pour Félix, à la suite de notre discussion, il y a quelques jours, à Strasbourg, sur les «Cinq psychanalyses 1» de Freud, il faut bien réexumer ce texte d'où il gisait 2, pour marquer le coup ; tu verras, cher Félix, un bref exemple de cette tour de Babel que produit la rencontre de personnes qui sont prises dans des traditions où les codes de lectures sont différents; mais, tout de même, cette résurgence que je provoque de cette discussion qui a eu lieu, il y a quelques années, c'est dans l'espoir que cette fois-ci il y aura quelques personnes pour télécharger les deux pages d' Oedipe, qui en représentent environ vingt cinq en format habituel, et lire l'ensemble, très savoureux, des interventions : pour nous avoir permis ces échanges, encore un grand merci à Laurent Le Vaguerèse, avec mes meilleurs voeux pour son site 3 cette nouvelle année.

Et il se trouve, petite touche de nonsense de lune-bévue, que cette publication se produit exactement deux ans après celle d'Oedipe ? Ce n'est pas que de la suite dans les idées, mais aussi que pour une raison ou une autre, les dates fassent signe ...



8/01/06



Zwischen le p’tit Hans.


Je salue bien Michel Luciani dont je n’avais pas lu la plus récente réponse à Serge Hajlblum au moment d’envoyer « durch le p’tit Dick ». Avec une question : comment traduirait-il « abzugswehren », au cas où l’erreur de frappe de Serge Hajlblum aurait respecté l’homophonie du texte qu’il a reproduit ? La question de la traduction de Freud a évidemment quelques particularités du fait des conséquences de la traduction sur l’interprétation rendue possible ou laissée de côté par les choix de traductions, si éclairés soient-ils.


Les règles de composition de mots en allemand ne posent pas particulièrement de problèmes sinon de fluidité de la langue à la traduction ; il s’agit de génitifs marqués par la suppression de l’espace entre les mots, le second étant soumis au premier, qu’il s’agisse d’appartenance ou de complémentation partitive. De sorte que si le « s » de « Vorstellungsrepräsentanz » est effectivement un « Fugen-s » et non la marque d’un génitif saxon, il ne paraît pas que le traduire par « représentant-représentation » comme font Laplanche et Pontalis soit plus particulièrement exact ou limpide que les termes de « représentant de la représentation » …



Je voudrais cela dit en revenir à ce qui fait l’intérêt de cet échange, à savoir la question de savoir comment lire Freud, traduit ou non.


Je pars de cette remarque : l’élision du (l) de « klein », dans la transcription qu’en fait Freud « zu k(l)ein, zu k(l)ein », fait apparaître qu’il y aurait eu une sorte de forçage de sa part, à introduire ce (l) élidé à son entendement, pour tirer l’interprétation du côté de la comparaison phallique. L’hypothèse d’un frère plus âgé, incapable de prononcer cet « l », me semble en effet relativement improductive.


On peut également penser que cette élision de sa part aurait été une marque d’ironie, à la fois une moquerie adressée à son jeune frère pour le faire enrager de sa maîtrise imparfaite de la prononciation, également l’évocation du « Zuglein », du petit train qui était peut-être l’objet du désir du petit Hans, plutôt que le cheval de bois offert par son parrain, à la place d’une girafe autrement plus proche du singe (« Giraffe, Gir-Affe ») . L’intérêt de ce jeune garçon pour les tramways, (wegen Wagen), ne laisse pas de doute sur la présence signifiante de l’expression « die Pferde hinter den Wagen spannen », (« entraver le cheval à l’arrière de la voiture », soit « mettre la charrue avant les bœufs ») ; surtout si l’on veut bien se souvenir qu’il existait encore des tramways tirés par des chevaux, ou placés à l’intérieur d’un wagon (« Wagen ») sur une bande roulante. Sans doute peut-on se hasarder (« sich wagen ») à dire que Freud monte sur ses grands chevaux, («sitzt sich aufs hohe Pferd »), en laissant tomber le « Zug » ; le reprendre donnerait ceci :


Soit


« Zuglein Zuglein Zuglein Zuglein… »

(petit train petit train petit train)

soit


« Zug kein Zug kein Zug kein Zug… »

train pas de train pas de train pas de train…)


où l’on entend très bien le tchouc tchouc caractéristique du « Strassenbahn », (tramway électrique), qui manque au « Pferdebahn », (tramway à chevaux). Alors que disait-il, le grand frère, outre le sens que Freud attribue ?


Entre (zwischen) le p’tit Hans et Freud, il y a la question que pose cette élision du « l » ; parce que si l’on élide cette même lettre dans le nom donné par la traduction à ce qui fait cas pour Freud, on tombe sur une autre question. Freud n’écrit pas « le petit Hans », le titre est autre; eût-il procédé à la même élision dans l’écriture du cas, nous nous serions confronté à « der k(l)ein Hans », au « pas de Hans », au fait que l’apparition de Hans tient au désir de ses parents : Freud n’est pas sans lui répondre, « j’ai toujours su qu’un jour… ».


À la manière dont Hans traitait son père dans ses moments de rage, « toi table, toi chaise… », peut être son frère l’assigne-t-il au train, au petit train, au petit, au klein, au rien, au kein. Du moins les traductions ne nous laissent elles pas ces potentialités fermées (zu) ; on peut espérer qu’elles ne nous laissent pas fermés au p’tit (rien), (« zu k(l)ein »).


Parce qu’à donner ces « l », Freud, qui ne les a pas entendus, ouvre plus tard ses portes à Mélanie Klein, qui se précipite dans l’ouverture faite par la psychanalyse naissante à la notion d’équivalence symbolique, notion bien évidemment forcée et qui mène au forçage, puisqu’il n’y a d’équivalence qu’imaginaire, et d’ordre que symbolique. La confusion se produit sur l’assimilation de la réflexivité à la symétrie, alors que la distinction s’opère entre symétrie et anti-symétrie. C’est peut-être embêtant de rappeler ici ces notions dans leurs sens mathématiques, mais en tout cas cela ne nous fera pas perdre l’associativité de lalangue…


Ce qui revient à dire qu’on ne peut plus guère traduire Freud après Lacan en omettant ce qu’il rappelle du travail de la langue, si l’on cherche à traduire ce que Freud nous dit de l’inconscient. Voilà, c’est une question, là, sur le tapis. Une question de « profane » 4.


D.K.

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1http://fr.wikipedia.org/wiki/Cinq_psychanalyses

2En fin page à cette adresse : http://www.oedipe.org/forum/read.php?8,7750

3http://www.oedipe.org/fr/accueil

4http://www.manifestepourlapsychanalyse.org/archives.htm

jeudi 27 décembre 2007

Titre de psychothérapeute - décrets d'application de l'article 52

Selon des sources convergentes, il semble que la rédaction des décrets d'application de l'article 52 concernant l'usage du titre de psychothérapeute soit en cours et que l'on s'acheminerait vers une signature de ces décrets en janvier 2008.


voir par exemple:


http://www.lta.frdm.fr/20071227-Liberation-L-article-52-applique-en-janvier-2008-112



Cette loi et ses conditions d'applications ont soulevé des vagues de passion, du fait surtout du flou dans les esprits concernant le statut juridique du sujet chez les uns, ou l'apparente opacité des conditions de travail rendues exigibles par le transfert chez les autres; sans compter qu'il a pu paraître politiquement intéressant durant quelques temps d'instrumentaliser les peurs et les rancunes chez les uns, les fantasmes chez les autres, chacun en somme restant part à lui-même dans son coin avec son vocabulaire et surtout sa surdité naturelle, intrinsèque et inextinguible. Certains n'auront même pas hésité à se servir des souffrances des familles d'autistes pour appuyer quelque clinique plutôt fragile et chancelante, comme si le fait était destiné à échapper à toute mémorisation... Bien entendu les conduites des uns et des autres sont coextensives à leurs théories de la mémoire, de l'apprentissage, des notions fondatrices de chaque conception de l'humanité, celle-ci s'en sortant fort chancelante pour ne pas dire groggy.


Je ne puis donc que souhaiter qu'ayant pris le temps de consulter et d'entendre les différents représentants, les services des ministères concernés trouvent une sortie honorable à une crise plutôt malvenue et injustifiée au regard de ce que l'on peut observer sur le terrain, à savoir la complexité des problèmes et des questions soulevées, ainsi que la fragilité des moyens dispensés.


Je voudrais ici remercier très chaleureusement François-Régis Dupond Muzart pour le travail de bénédictin qu'il poursuit depuis plus de quatre ans, indispensable à toute intelligibilité de la dimension légale du travail avec autrui dans le champ des folies.


DK


samedi 1 décembre 2007

20071201 - Campagne dépression INPES – 7 - Extraite des chiffres, docteurs, la vérité, c'est un sophisme!

On pourra se frotter les yeux d'incrédulité: mais qu'est-ce que ce qui suit vient faire ici, sous le titre « Campagne dépression INPES – 7 - Extraite des chiffres, docteurs, la vérité, c'est un sophisme! »? Ce que « cela », cette réaction au grignotement de la vie privée, a à voir avec la dépression version INPES, c'est que cette mobilisation contre les abus d'autorité est une voie de guérison dans un pays malade de son inertie, de sa passivité, de ses compulsions à l'enfermement. On pourra dire que « cela » est hors-champ de la psychanalyse; eh bien qu'on le dise alors, mais qu'il y ait de l' hors-champ de la psychanalyse, c'est justement ce qui donne du champ au champ freudien. Il faut donc faire un écart pour comprendre; que cette coexitence pacifique entre la dépression-maladie-version INPES, et l'investigation illégale et abusive dans la vie privée, sont les deux faces d'un même chiffrage de la méthodologie en matière de décision politique. Et cela, relève précisément d'une conception où les psychanalystes ont tout à fait à marquer leurs positions.


Bon, le temps passe et on oublie les choses; pour se rapprocher du point de départ:

http://www.psychanalyse-en-mouvement.net/articles.php?lng=fr&pg=189

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J'ai reçu, ce matin, ce qui suit:

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Merci de faire circuler cette info

Quand l’imagination est au pouvoir… du racisme et de la haine elle est sans limite !

Fraude à l’identité ! extraordinaire ça ! ce qui ferait l’identité d’un être humain c’est sa nationalité, et non ce qu’il est, les signifiants qui les représentent, comment il les fait vivre auprès des autres. L’identité ramenée à des traits et des documents, objectivables ! Une identité évaluable ! Vichy n’est pas loin….et les sombres pratiques des terribles heures de notre histoire non plus.

Ce qui fait la nationalité c’est d’être inscrit sur le registre de la nation. Chacun est donc peu à peu réduit à un ensemble de chiffres.

Agents référents, réseaux, plan… ça ne vous dit rien ? Partout nous baignons dans ces mots qui engluent toute vie

« Tout va pour le mieux dan le ire des mondes possibles » comme dit Philippe Sollers

Bien amicalement

Philippe Cousty

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La Préfecture de la Haute Garonne bafoue le secret professionnel des fonctionnaires et agents publics et le droit au respect de la vie privée et renforce l’organisation de la chasse aux étrangers


APPEL AUX SECTIONS, FEDERATIONS ET REGIONS.

La Préfecture de Haute-Garonne met en place, sous couvert de « lutte contre la fraude documentaire », un processus de signalement des étrangers en situation irrégulière aux services de police.

Vous trouverez ci-dessous le texte du communiqué que la section de Toulouse a publié, avec une forte couverture médiatique locale.

Les informations dont nous disposons indiquent que ce projet concerne l’ensemble des départements.

La CNIL est d’ores et déjà saisie par la LDH au niveau national.

Nous vous demandons d’enquêter dans votre ressort géographique, à la mesure de vos moyens d’investigation, sur les initiatives qui seraient prises à ce sujet.

Vos relais syndicaux seront certainement utiles

Et de nous faire remonter dans les meilleurs délais vos constatations.

Merci à toutes et tous de votre diligence.

Contact : communication@ldh-france.org - tel 01 56 55 51 07

Toulouse, le 27 novembre 2007

La Préfecture de la Haute Garonne bafoue le secret professionnel des fonctionnaires et agents publics et le droit au respect de la vie privée et renforce l’organisation de la chasse aux étrangers

Une note interne fait apparaître que, sous prétexte de "lutte contre les fraudes", la Préfecture de la Haute-Garonne tente actuellement de mettre en place, dans le plus grand secret et dans le mépris du secret professionnel des fonctionnaires et du droit des citoyens au respect de leur vie privée, un système d'échange d'informations entre tous les services administratifs et de dénonciation aux services de police et de gendarmerie par l'ensemble des fonctionnaires et agents des services publics du département.

Sous l'égide de la Direction de la réglementation et des libertés publiques de la Préfecture de la Haute-Garonne, est mis en place un "groupe de référents départementaux et des organismes sociaux en matière de lutte contre les fraudes à l'identité". Des agents "référents" de la CPAM, de l'URSSAF, de la CAF, des services fiscaux, des ASSEDIC, de l'ANPE, de la CRAM, de la DTEFP, de la DDASS, de l'ANAEM devront participer à une formation organisée par la Police de l'Air et des Frontières (PAF). Selon cette note, les agents des administrations devraient notamment faire appel à la PAF, à la police et à la gendarmerie à chaque fois qu'ils auront un simple doute sur l'authenticité des documents qui leur sont présentés par les administrés, contrôler l'identité des patients. De plus, dans une note datée du 10 octobre 2007, la Direction de la réglementation et des libertés publiques, qui, sous prétexte d'efficacité, souhaite agir dans la confidentialité, forme le vœu d'une extension des fichiers au niveau national et de "la possibilité de croiser les informations sans croiser les fichiers nationaux car interdiction de la CNIL" en instituant des réseaux de correspondants dans chaque organisme ou administration.

Il est prévu que les entreprises publiques ou remplissant une mission de service public soient également impliquées.

Dans une note préalable, la Préfecture de Haute-Garonne annonçait clairement que cette initiative, répondant à une « logique de réseau », se situait dans le « plan de lutte contre les fraudes commises par des ressortissant étrangers».

La note du 10 octobre implique, entre autres incitations :

- l’identification des personnes en situation irrégulière ou d’éloignement

- les fraudes à l’hébergement, la « couverture » de situation irrégulière

- l’amélioration du contrôle de la résidence déclarée

La Police aux frontières (PAF) est le maître d’œuvre de ce dispositif.

Il s’agit donc bien d’organiser, au niveau des organismes sociaux, un système de signalement systématique, et de faire de leurs agents des auxiliaires de police.

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Il est symptomatique que la Justice, en l’occurrence le Procureur de la République, soit absente du processus envisagé, les seuls interlocuteurs désignés étant les services de police.

Les organisations signataires s'insurgent contre cette nouvelle tentative de bafouer, hors de tout cadre légal et dans le plus grand secret, le secret professionnel auquel sont soumis les fonctionnaires, qui protége l'usager du service public contre la divulgation d'informations à caractère secret. Le respect de cette obligation est le corollaire du respect de la dignité de la personne humaine, principe doté d'une valeur constitutionnelle, et du droit de tous les citoyens au respect de leur vie privée.

Après la loi Perben II du 9 mars 2004 et la loi sur la prévention de la délinquance du 5 mars 2007, les atteintes au secret professionnel sont désormais renforcées par de simples pratiques et notes administratives sans valeur légale.

Une telle initiative indique très clairement que se poursuit, en la renforçant, une politique de « xénophobie d’Etat », par la mise en place de fichages et d’incitation, voire d’obligation administrative, à dénoncer des situations irrégulières ou anormales. En l’occurrence, tous les citoyens et personnes résidant sur le territoire national sont menacés.

SIGNATAIRES au 27/11/2007 :

CGT, Union départementale 31, FSU 31, Ligue des droits de l’Homme – Toulouse, Solidaires 31, Syndicat des avocats de France, Toulouse, Syndicat de la Magistrature, Toulouse, UNSA Conseil Général 31, UNSA Education

Notre site
http://resf71.charolles.info/


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Ndé: voir aussi à propos du non à Vichy, un échange en 2004 , entre différentes personnes soucieuses de maintenir un écart entre les psychanalystes et les pouvoirs publics.



vendredi 3 août 2007

L'ouverte, ou du moins décachetée...

Ci-dessous, une ébauche ancienne, lettre ni fermée ni ouverte, que je livre là sans plus de commentaire ou d'autre justification, que de souligner que le temps ici n'a pas encore fait son oeuvre, et qu'une question reste entamée.


20/04/04


Lettre ouverte au sénateur qui me représente (?).



L’inconscient existe-t-il ? Telle est la question qu’il convient de poser avant d’entamer une démarche de réglementation de son champ. Mais le législateur est-il qualifié pour savoir y répondre? Sans doute serait-il ahuri de constater la prudence qui est convenue chez les psychanalystes pour en répondre, et sans doute tout aussi étonné et ébaubi des différences, divergences et contradictions dans leurs propos sur cet « inconscient » dont le débat à présent séculaire, paraît sorti des rails de la raison pour se glisser dans ceux de la raison d’état.


Je ne puis qu’être peiné de ce fait, puisque l’un des premiers enseignements de la psychologie clinique, est que le délire ne consiste pas à sortir des rails, mais à croire qu’il y a des rails. Si l’inconscient n’existe pas, la réglementation court le risque d’entériner des pratiques fondées sur un savoir inconsistant. Si l’inconscient existe, la réglementation court le risque de figer les pratiques qui lui sont relatives sur des positions qui rendront son investigation et sa prise en compte impossible.


La psychanalyse, elle seule, est la méthode d’investigation de l’inconscient inventée et sans cesse réenvisagée à la lumière de ce qu’il laisse apparaître et élaborer théoriquement. Elle ne vise pas principalement les effets thérapeutiques qu’elle obtient et qui peuvent parfois venir à l’appui de ses développements théoriques, mais jamais sans le risque de l’artefact : il n’y a aucune autre approche susceptible en effet d’expliciter raisonnablement l’effet placebo auquel l’on doit tant de succès thérapeutiques indéniables ; alors je frémis des conséquences possibles d’une réglementation de son approche.


Il existe indéniablement une grande quantité de méthodes de psychothérapies dont la visée est l’application des explorations de l’inconscient menées dans le cadre des cures psychanalytiques à un certain nombre de buts jugés thérapeutiques. J’y vois frapper les deux faces de la monnaie du malentendu. D’une part ces psychothérapies ne sont pas toujours menées par des personnes formées par et à la psychanalyse, ce qui a pour conséquence qu’il y a souvent une référence à l’inconscient sans les moyens de son repérage, ce type d’écoute qui ne se transmet que du divan. D’autre part et même lorsque ces psychothérapies sont menées par des personnes dont la référence à l’inconscient freudien est authentique, l’adaptation de la cure à des buts déterminés à l’avance réduit l’espérance raisonnable des personnes qui s’y soumettent à une confiance aveugle et préliminaire en un jugement du thérapeute, estimé supérieur à celui auquel une cure psychanalytique pourraient les mener à construire, porté sur leur propre bien : et vous voyez ici comme l’argument d’une éthique de la psychanalyse se situe sur un terrain entièrement sapé par les développements de la psychanalyse elle-même.


L’amendement dit Dubernard, intégré à l’article 18 quater de la loi sur la santé publique, dans ce qu’il propose de réglementation des psychothérapies, a différents travers que je vais tenter de vous présenter. Mais n’attendez pas de cela une prise de position déontologique, dans la mesure où il ne s’agit pas de défendre les intérêts supposés d’une profession, surtout au détriment d’une autre, mais simplement de vous convaincre que le législateur doit laisser à la psychanalyse les moyens de persister, en confiant au temps nécessaire aux débats théorico-cliniques la responsabilité de trancher la question de son intérêt éthique, culturel, humanitaire, et, si l’on veut, scientifique ?


Il y a deux points très importants que je ne discuterai pas ici, parce que tous les arguments en ont déjà été donnés, la question de la formation et du sort des psychothérapeutes ailleurs que dans les sociétés de psychanalyse, et celle des psychanalystes non régulièrement inscrits dans ces associations, dont l’existence est nécessaire à la survie du débat entre sociétés, et dont l’apport à la psychanalyse est historiquement, indéniablement reconnu.


Je commenterai ici deux aspects indissociables de cet amendement. Le premier est la responsabilité donnée aux associations de psychanalystes (entre autre possibilités) de la formation des psychothérapeutes. Le second étant cet espèce de schisme qu’il imprime de l’extérieur et par contrainte légale, dans le fonctionnement des associations de psychanalyse, entre psychanalystes et psychothérapeutes.


La responsabilité donnée aux associations de nommer, donc de former des psychothérapeutes, nécessite de déplier un commentaire. Je vous propose un classement de ces associations selon leurs modalités, en trois types.


Le premier type concerne les associations de psychanalystes, où l’on demande une formation avant d’avoir été psychanalysant ; où en général le psychanalyste est désigné au candidat à la formation après examen de ses dispositions, capacités et conformations préalables ; et où la formation est présentée comme un cursus incluant un certain nombre de séances minutées, des séminaires et une formation dite clinique consistant en un stage hospitalier. Dans ce type de sociétés à formation standardisée, l’on accède à un titre de psychanalyste par voie d’habilitation cooptative ; les capacités caractérielles du psychanalyste et les modalités de son acte y sont supposées connues et irrémédiables : au point que l’on peut dans ces sociétés refuser un candidat par certitude de ne pouvoir aborder cliniquement les composantes de son caractère de manière à le rendre apte à l’acte psychanalytique, ce qui en dit long sur la profondeur atteinte par la cure. Les candidats jugés aptes entament donc leur formation dans la quasi-certitude de leur devenir, pour autant que leur caractère justement les rende aptes à la soumission exigées aux aînés car ils dépendent de leur jugement. Ce type de formation n’est évidemment pas sans lien avec certaines conformations cliniques, et a été discuté et critiqué depuis une bonne cinquantaine d’années, discussion dont la conclusion est que la psychanalyse ne saurait se réduire à être représentée par ce type de sociétés seul.


Un deuxième type d’association est ouvert aux psychanalystes, aux psychanalysants et à toute personne intéressée à la psychanalyse. La formation passe pour y être essentiellement constituée de la cure psychanalytique. Ces associations ne conçoivent pas que le futur psychanalyste soit tenu à une demande de formation préalable à sa position de psychanalysant, cette demande étant considérée comme un fait qui requiert un entendement clinique. On y accède à la fonction et non à un titre, de psychanalyste par habilitation cooptative, le psychanalyste étant simplement désigné comme étant d’une de ces sociétés. Y coexistent également des psychanalystes non habilités par ces associations, parce qu’il n’ont pas demandé d’habilitation. C’est à dire que dans ces associations l’on ne considère guère que les psychanalysants aient à s’adresser à une association pour obtenir une liste qui ne vaudrait guère, n’étant garantie, et encore, que par ces associations elles-mêmes.


Troisième type, assez proche du second, ouvert à tout un chacun, où le « candidat » serait également renvoyé à l’examen de sa demande dans un cadre clinique, mais où la divergence qui se manifeste est que l’on y considère que « le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même…et de quelques autres ». C’est dire que la passe qui est mise en place pour nommer son candidat à un titre de « psychanalyste de l’école », -école qui lui reconnaît ou pas, selon les associations, le titre ou la fonction de psychanalyste dans le social-, n’y est pas jugé un préalable nécessaire à l’exercice de la psychanalyse. C’est dire également que les listes de membres n’y ont qu’une fonction interne essentiellement de communication des activités des membres de ces sociétés, même si cette communication est adressée dans des cercles plus larges.


Cette typologie imparfaite et volontairement non nominative vous permettra d’apercevoir que les conséquences de l’amendement Dubernard vont jouer paradoxalement dans la vie de ces sociétés savantes.


Il y a deux faits à reconnaître. Le premier est que les deux derniers types d’associations présentés et les personnes qui les fréquentent plus ou moins régulièrement sans s’y inscrire représentent à peu près les neufs dixièmes des psychanalystes en exercice. Le deuxième fait est que ce qui distingue résolument ces deux derniers types de sociétés du premier, c’est le sens donné au terme de « formation clinique », réduit pour le premier type à un stage hospitalier qui n’a rien de spécialement référé à la psychanalyse, entendu pour les deux autres types comme l’ensemble constitué par l’apprentissage de la méthode d’entendement freudien par le biais de la cure personnelle, des échanges lors des rencontres, et de la confrontation à l’expérience dite du « contrôle ». Où les pratiques institutionnelles et l’indiscrétion du cabinet fermé par des miroirs sans teint sont jugées contre-productives pour un rapport juste à l’inconscient.


DK







dimanche 29 juillet 2007

L'identité comme question intrasubjective.

Depuis quelques décennies les sociétés modernes semblent piégées par un mythe de l'identité, qui à la fois les isole les unes des autres , conditionne une certaine fermeture des liens sociaux traditionnels au bénéfice d'un renforcement de la centration des énoncés publics sur les liens civiques. Il s'agit là sans doute du résultat paradoxal de la lutte centenaire contre l'internationalisation de la lutte des classes. Il est curieux que dans tous les cas de figure l'on n'aboutisse jamais à autre chose qu'à un renforcement de la figure centrale du chef. La question n'est pas là de discuter de sa dignité, -terme bien plus approprié que celui de sa « compétence »-, ou de sa compassion à l'égard de ceux qu'il représente, mais plutôt de tirer quelque chose du constat de la solidité étonnante des structures archaïques de l'identité, en quelque sorte externalisées dans les jurisprudences, et d'y fonder un discours qui tempère l'examen hâtif des résultats, -idées, problèmes-, de la psychanalyse, de manière à faciliter l'admission de la psychanalyse avec le psychanalyste dans les lieux où la dimension de l'identité se pose de manière trouble, confuse, autant qu'aigüe.


Ce que le psychanalyste promeut, sous cet angle de l'identité, et c'est là ce qui reste oublié derrière ce qui s'entend de ce qui s'ourdit, n'est pas seulement l'examen de ce qui reste ignoré et généralement hors de portée de la constitution de la personnalité dans et avec son symptôme, mais également la reconstruction de ladite personnalité dans le cadre éthique du respect du désir du plaignant.


Ce respect de l'altérité et de la dimension de vérité parlante du symptôme, c'est exactement ce qui distingue les psychanalyses des techniques de réaménagement de l'habitus d'une personne en fonction des modes idéologiques qui l'imprègne.


Et c'est pour autant que les psychanalystes doivent s'échiner à faire entendre leurs voix dans tous les lieux où il est question d'identité, pour ne pas contribuer à l'écrasement de la dimension subjective, désirante, par la nécessité de l'adaptation. Il suffit de se changer à peine de terrain pour constater que la question qui se pose par ailleurs, d'adaptation de l'homme à l'économie ou de l'économique à l'homme, bute sur la notion de « l'homme ». Si la philosophie n'a cessé d'apporter ses éclairages, il n'y en a pas moins à tolérer les quelques lumières que les psychanalyses donnent à la réflexion, ne serait-ce d'abord que sur la question du « genre ».


DK

jeudi 12 juillet 2007

Rêve du noyé : rêve et interprétation, association libre, sens sexuel, noyade et sauvetage.

17/03/04


Je me promène près d’une rivière. Une amie pêche au lancer, avec une canne, tandis que ma femme essaie d’attraper des poissons avec un simple fil et un ameçon, après le passage d’un bateau de touristes, nous sommes sur un pont, il y a d’autres détails obscurs fort gênant de désir et d’infidélité, comme si quelqu’un se cachait derrière la figure de cette femme au lancer précis, mais infécond.


Je vois soudain des mains sous l’eau, qui remontent, le cadavre d’un homme, habillé d’un imperméable, les quelques personnes présentes constatent avec nous qu’il bouge encore ; je cours le long du pont qui curieusement est parallèle à la rivière, le courant est fort, ces détails me faisant penser que c’est sans doute à Paris que cela se joue, parce qu’il n’y a pas cela dans mon village, ni dans ma ville d’origine. Je cours en appelant les gens assis au long du quai, qui n’ont pas trop envie de se mouiller, quant à moi ce serait plutôt, il semble, que j’ai aussi peur de sauter, (ma foi). Puis je saute après avoir couru, et sans me mouiller je ramène à terre une effigie en bois ciré de la personne qui flottait, dans laquelle j’ai d’ailleurs cru reconnaître un ami, tandis que plus loin en amont, plusieurs personnes repêchent le noyé de sa tentation, et lui font évidemment la morale, il ne savait pas qu’ils l’aimaient, et eux ne savaient pas que sa vie se jouait.


Je me réveille alors à l’idée que la psychanalyse ne saurait être à la fois sauvée in effigie ou in absentia, comme le noyé l’est dans le rêve, mais par d’autres que moi. (Il faut excuser l’ambigüité de cette dernière phrase, qui me laisse également un sens assez mystérieux).


Je laisse ce rêve aux pharaons qui sauront bien l’interpréter sans mes associations libres , si la psychanalyse n’est pas une histoire sans qu’il y ait rien de sexuel. La personne à qui ressemble le noyé de ce rêve est un psychologue qui a été en analyse, qui y est peut-être encore mais a toujours prétendu qu’il ne servait à rien pour un psychologue de se dire analyste, pour cause de concurrence médicale, et que se dire analyste sans être psychologue ni médecin était une gageure quand il s’agit de remplir la marmite et de ne pas perdre son temps en attendant que le téléphone sonne. Position qui laisse fort peu de place à la laïcité.


C’est sa figure qui s’est jetée à l’eau pour se noyer, et que je laisse à d’autres, par manque de discernement, le soin de repêcher pour n’en tirer de l’eau que l’effigie ; mais ces autres ne sont-ils pas justement ceux qui sont responsables de sa noyade ? La cause / de la noyade. Je laisse ce rêve aussi à quelqu’un que j’ai vu avant la réunion du « manifeste pour la psychanalyse » au CMME dimanche, qui n’a rien d’un pharaon, ce serait plutôt à son honneur, pour ce qu’elle me disait de laisser ceux qui se trompent (à notre avis partagé) se noyer (ou s’enfoncer) plutôt que leur porter la contradiction. Il y a un détail plus refoulé qui me revient, c’est qu’à un moment le noyé, que j’interpelle, se retourne et je lui fais signe de tousser, ce qui lui permet de respirer à nouveau, c’est à dire que je ne le sauve qu’à moitié en le réveillant, et à lui de savoir nager engoncé dans son imperméable trempé.


C’est que j’ai fait ce rêve après avoir entendu les différents intervenants en gardant bouche close, pour simplement remercier Jack Ralite d’être venu, lui qui nous a rappelé que nous avons des rêves : alors pourquoi ne pas les utiliser pour faire de la politique.


Entre politique de la psychanalyse, et psychanalyse de la politique, il y a plus d’un renversement. Les politiques de la psychanalyse se sont jetés à l’eau, mouillés, certes, mais n’ont-ils pas noyé les baigneurs qu’ils sont d’une geste suicidaire, avec le caractère de demande d’amour que l’on peut supposer à ce geste, en attendant qu’ils nous le confirment, en se jetant tout habillés de leurs habilitations imperméables qui ne servent plus à rien une fois immergés dans ce fort courant politique qui ne va que dans un sens et dans lequel ils n’ont aucun réflexe natatoire salvateur. Et peut être pas envie de se baigner.


Ceux qui sont assis au bord de l’eau, sur le quai, regardent peut-être avec une certaine indifférence passer le corps de leur ennemi. Les femmes qui m’accompagnent dans ce rêve savent que le passage des bateaux fait remonter les poissons, même si ce n’est pas ce genre de poisson qu’elles pêchent, celui qui remonte à la surface en tendant les mains vers la lumière. Je reconnais au passage l’intelligence des mains qui cherchent à attraper l’air qui manque au respir d’un corps qui se trompe de milieu. Aquatique le psychanalyste ? Je ne sais. Je ne repêche qu’une effigie, tandis que le vrai corps est remonté, palpé et sermonné un peu plus loin, par d’autres. Image qui préfigure sans doute le travail des commissions d’habilitation… et des bureaux de recommandation des habitus de la nouvelle pensance ; (rien que ce mot!). Et ce désir contrarié de l’intérieur, de sauver la psychanalyse de la noyade, qui ne sauve qu’une apparence… Si tout le monde se jette à l’eau pour mettre au sec le représentant de la représentation, quel barbotage, -l’on va s’éclabousser mutuellement.


Freud n’a pas reculé à livrer les énoncés de ses rêves avec quelques unes de ses associations ; il s’agissait de donner des exemples crédibles de l’application de sa méthode à des productions de la vie psychique. Il se trouve que la situation de la psychanalyse aujourd’hui vient infiltrer des pensées de ce rêve, peut-être cela signifie-t-il qu’elle est plus préoccupante que ma faible implication jusqu’à présent ne pouvait me le laisser croire. Le rêve m’indique à quoi conduit ce que je fais : sauver l’effigie du psychanalyste, en tentant de tirer de l’eau ce qui s’y noie, et n’est pas perdu pour autant. Certes les enseignements de Freud et de Lacan sont dans la ligne de mire des amendements, mais après tout ce ne sont que des restes de présence, moins important que les vivants qui les portent, et dont il faut sauvegarder l’activité qui est l’expression de leur subjectivité, elle amendable de ses failles. Freud écrivait, en conclusion d’un texte sur l’efficacité thérapeutique de la psychanalyse si mon souvenir est bon, « la vie ne vaut peut-être pas grand’chose, mais c’est tout ce que nous avons ». Je me permets le pastiche, quoiqu’il amoindrisse sa sidérante lucidité : les psychanalystes ne valent peut-être pas grand’chose, mais ce sont les seuls que nous avons.


D. Kuntz


...resté sans réponse, sans com', sans dec'?
Et avec mes remerciements à Laurent Le Vaguerèse pour la première publication, (cliquez sur le titre! ou ici!)