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dimanche 27 juillet 2008

Le ventre

Voici un extrait du communiqué concernant l' usage du titre de psychothérapeute destiné au Président de la République, au Premier ministre, à M. Accoyer, Président de l'Assemblée nationale, au ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi qu' aux présidents des commissions des affaires sociales des trois assemblées.


On peut lire l'intégralité de ce communiqué sur le blog Buvard & Désencré à cette adresse:


http://buvard-desencre.blogspot.com/2008/07/les-psychiatres-et-larrt.html



Extrait :


«Communiqué :

Position de la majorité des organisations représentatives des psychiatres, sur les projets de textes concernant l’usage du titre de psychothérapeute

La récupération sur le plan réglementaire de l’usage du titre de psychothérapeute à des fins de planification économique du soin psychique n’apparaît plus comme un risque, mais comme un projet délibéré. Le « psychothérapeute » s’y inscrit comme le maillon d’un système de sous-traitance « low cost » de toute souffrance psychique. Dans un tel système, le psychiatre se verrait réserver le rôle d’expert, prescrivant au besoin des psychothérapies dont il n’aurait pas lui-même la pratique. »


Si les prises de position des psychanalystes pouvaient être prévisibles, plus ou moins, il est particulièrement notable que les organisations de psychiatres s' expriment sur un projet de planification du soin psychique, reconnu comme fait, dangereux, et repoussé, et partagent l'analyse politique faite par les psychanalystes qui se sont exprimés. Le fait de cette prise de position apparaît d' autant plus méritoire sur le fond du silence de beaucoup d' associations de psychanalyse, et d' autres prises de position pas toujours pertinente dans leur fondement ou revendication (1).


Evidemment il est clair pour tous à présent que les services ministériels ont opposé dès le départ une règle de surdité dépourvue de la moindre ambivalence à l' encontre des associations qui ont tenté malgré tout d' exposer les contraintes que l' éthique fait subir à des pulsions de soin débridées composées pour une bonne part de jouissance sado-maso.


Alors, pourquoi précisément les psychanalystes n'ont-ils pas réussi à se faire entendre ? Ventre affamé n'a point d' oreille ?


DK


1. Voir à ce sujet sur LTA : 20080406-Note-3-sur-Psychanalystes-et-leurs-Associations.doc , à titre de rappel...

lundi 26 mai 2008

Précis et judicieux


J'ai une proposition à vous soumettre.


Si, lorsque vous demandez à un médecin que vous consultez de vous prescrire un scanner parce que vous pensez que vous êtes atteint d'une maladie grave, un cancer, et que celui-ci vous rassure de quelques bonnes paroles qu' il n' y a aucune raison de faire un examen, vous laisse partir sans prescription, diagnostic, examen ou conseil d' aller consulter un autre médecin, faites-le savoir, fuyez sa consultation, et consultez autant qu' il faudra jusqu' à ce que les avis convergents auront assez de solidité et d'étayage pour vous convaincre au cas où rien n' est détecté.


Cela vous sauvera sans doute la vie.



Certains médecins en effet se sont fait une idée idéalisée et aberrante des " bonnes pratiques " que la triste gestion droitière, calculatrice mais piètre comptable de la sécurité sociale soumet à leur exercice, -ce dont ils peuvent très largement se décoller-. D' autres médecins sont hélas très incompétents. D' autres encore ont des comptes à régler pour des raisons transférentielles avec certaines professions, psy notamment mais d' autres aussi.


Une amie infirmière psychiatrique en Alsace à qui son médecin a dit que " c'était dans la tête ", jusqu' à ce qu'elle aille consulter un rhumatologue qui blêmit en lui découvrant une maladie de Hodgkin au stade IV; une autre amie infirmière, dans les pyrénées, déja soignée auparavant pour un cancer, que son médecin refuse d' écouter durant quelques mois, malgré ses protestations, jusqu' à ce que la petite tache grossisse; moi-même, qu'un spécialiste de la bouche a rassuré après une biopsie bâclée au cabinet, assurant qu' il s'agissait de stress, (-intéressant, n' est-ce pas, le stress : pas de preuve, pas d' argument, et surtout, pas de contenu psychique); et à qui un médecin, averti pourtant des antécédents, a à nouveau refusé un scanner sous le prétexte " qu'on n' en fait pas pour cela " ... et pour finir, reçoit une engueulade (polie tout de même si un fort déplacée) de l' orl (très chaleureux) consulté à l' IRC de Toulouse, pour devoir avoir été suffisamment averti pour ne pas "laisser traîner" ... -et la confiance faite au médecin ? - Encore faut-il qu'il en soit digne.


Je n' ai pas cherché à collationner les histoires : mais chaque fois que j' ai posé la question à un malade atteint gravement j' ai trouvé en antécédent le récit d'un médecin qui avait refusé d' écouter.


Concernant ce qui m' arrive, et pour élever le débat, il se trouve que le médecin que j' ai consulté dans le village de N. (32), fait partie d' un groupe de médecins qui se réunissent régulièrement pour discuter de leurs « cas » ; ils ont cette tradition du « premier patient du mardi matin » dont ils font récit après tirage au sort; en voilà au moins un qui sera un peu mieux traité ; ces réunions se font « à la Balint » , mais sans psychanalyste, et ce, alors que jamais seulement l'un d'entre eux eût été en analyse ou eût jamais participé à un vrai groupe Balint. D' ailleurs, une des participantes me l'a assuré, tous les participants se sont formés en quelques week-ends à la programmation neuro-linguistique, (la trop fameuse PNL), dont ils ont eu grâce à sa publicité autoréférente et massive, pratique grâce à laquelle les participants se trouvent dès lors à leurs yeux parés, mais de quoi donc ? D'une très imaginaire maîtrise de la communication ; qui n'est rien d'autre que la croyance fermement martelée, par des techniques d'hypnose, de l' adéquation pleine et entière entre leur pensée projetée sur l' autre et la réalité de l' autre. Il est facile d'en convaincre des individus que leur formation ne prépare pas au maniement critique de concepts psychologiques ou philosophiques qui demandent des années d'études critiques et de préparation éristique, heuristique, et méthodologique. Les effets de transferts latéraux ne sont même pas entr' aperçus et pire, soupçonnés. C' est en somme le règne de l'innocence paradisiaque, où l' arbre de la connaissance, c'est la reconnaissance par l'autre de l'intention noble de soigner bien ; alors il n'y a rien à chercher ailleurs, tout ce qu'il pourrait y avoir à savoir est supposé déjà su dans le groupe ; et ce qui se trouve divisé dans ce partage, et perd de sa densité dans ce type de division, c'est l' hypothèse même qu' une telle structure groupale dispose du savoir pertinent pour aborder les questions transférentielles, alors qu'il n'en a ni le concept, ni la méthode, ni les exigences éthiques. Rien de bon ne peut émerger d'une pratique telle, on ne peut en attendre que des dégâts dans un contexte de méconnaissances et de dénis.


Ainsi l'on voit comment l' ignorance, dont Lacan rappelait, après Descartes, le caractère passionnel, trouve ses alliances avec les délires partagés pour protéger des pratiques perverties (celle des groupes Balint), perverses (PNL), mortifères (association de méconnaissances), et de ce fait crée et propage des maladies iatrogènes sous le meilleur prétexte de rationalisation des soins et des coûts, tout cela vous a un petit goût de thé chez la baronne, en toute innocence pétris de bons sentiments. L' éthique médicale existe, elle est très exigeante, c'est très dommage que si peu de médecins soient assez rigoureux, humbles et honnêtes pour se tenir à sa hauteur ; mais il y en a, j' en fréquente quelques-uns, qui m'ont convaincu qu' il y a une possibilité de dialogue entre médecins et psychanalystes, entre médecine et psychanalyse. Les psychanalystes consultent des médecins, et il est beaucoup moins massivement reçu que les médecins consultent les psychanalystes. C'est bel et bien du côté des médecins que se trouve la résistance massive, le repli quasi psychotique à l' encontre de la psychanalyse, et il n'est malheureusement pas rare d' entendre, au cours même d'une consultation chez un médecin, les propos les plus scabreux, faux, méprisants à l'égard de la psychanalyse et des psychanalystes : une telle réaction face à un névrosé qui demande une introduction conduit plus d'une fois à une aggravation que la chimiothérapie souvent inadaptée, -l'essentiel de la formation des médecins étant effectuée par les visiteurs envoyés par les laboratoires pharmaceutiques- , et quand ce n' est pas qu' une aggravation, aboutit trop souvent à des suicides qu'on peut dire directement provoqués par la surdité et le manque de tact, pour ne pas parler de la psychopathologie du médecin, enterrée sous un fatras défensif contre la psychanalyse qui provoque une réaction contre-transférentielle agressive mortifère chaque fois qu' un patient, pour son malheur, demande conseil ; je ne suis à ce jour, pas du tout convaincu que seule le masochisme de tel patient dans le choix de son médecin soit la seule mise en cause possible dans ce type « d' accident » que l' on pourrait très largement éviter si l'Ordre des Médecins s'occupait de ses propres charlatans au lieu de les pousser à combattre des cliniciens qui eux au moins savent de quoi il retourne et ne comprennent pas très bien pourquoi ils devraient encore continuer longtemps à se taire sur des pratiques insoutenables dans quelqu' ordre que ce soit.


Vous n'oubliez pas, si vous pratiquez ce blog ponctuellement, qu'il est issu de la chasse aux sorcières contre les psys initiée par un médecin sous le prétexte mauvais d'une vengeance personnelle, dont le fait déclencheur n'est d'ailleurs établi que très vaguement, par un simple dire qui demande à être cru sur parole, la parole d'un qui vaut mieux que faits, arguments et preuves ; qu'une telle chasse au sorcière fasse suffisamment de bruit pour mener l'agitateur à une position éminente, c'est une chose étrange; que les conséquences de l'agitation soient ensuite étouffées car elles pourraient bien profiter aux psys quand on souhaitait qu' elle les éliminât, c' est encore plus étrange. Il faudra bien un jour que l' instigateur s' explique devant le tribunal de la raison.


Mais le constat que cette campagne, qui a agité le bonnet des médecins, et dans le sens innocemment imprévu de faire entendre à certains d' entre eux, qu'ils devaient largement user de leur position, ou pour refuser de soigner, ou pour refuser d' indiquer, et jusqu'à déconseiller les seuls soins adaptés, laisser mourir les patients venus là en toute confiance, ce constat n'est pas étrange, mais amer, et malheureusement, réaliste. J'invite les spécialistes de l'inconscient que mes propos choquent d'en débattre ici ou par e-mail. Je ferai ici état quoi qu'il en soit des protestations éventuelles de mes collègues si certains devaient trouver mes propos déplacés. Cela nous mènera sans doute à des perspectives intéressantes sur la création des paranoïas plurielles.



Cela étant, il y a également des pôles d'excellence, des lieux pour lesquels le terme n'est pas ridicule. L' IRC de Toulouse en est un exemple, et cela s'y manifeste à chaque endroit et à chaque corps de métier, compétence, ouverture, gentillesse, sourires. Quelque chose qui ne se simule pas, croyez-moi. C'est très dommage que cette excellence serve trop souvent à rattraper les dégâts provoqués en amont par des consignes contradictoires, contre productives, incohérentes sauf dans leur létalité.


Pour ne pas terminer sur une note triste, tous mes remerciements à mes amis médecins de leurs efforts, de leur courage, de leur pugnacité dans ces temps d' aberrations géantes.




vendredi 11 avril 2008

L'AVENIR DE L'ESSENTIEL

L'essentiel a-t-il un avenir?


L'essentiel, blog mal nommé puisqu'en tapant « l'essentiel » sur les moteurs de recherche on trouve l'essentiel de la coiffure et ce que vous voudrez d'autre allant de l'automobile à « l'Humanité ». En inscrivant « l'essentiel de la psychanalyse », vous aurez plus vite trouvé l'article wikipedia sur « le livre noir de la psychanalyse », (qui est finalement la cause première de ce blog!), que ce blog même... Je remarque en outre en étudiant quelques statistiques que beaucoup de lecteurs arrivent ici parce qu'ils cherchent des renseignements sur le rêve, etc... (avis aux collègues qui désiraient des précisions, me contacter).


Ce que je voudrais préciser aujourd'hui à ses abonnés aux flux RSS ainsi qu'aux autres lecteurs assez réguliers de ce support, qui ont peut-être constaté les derniers temps une activité moindre, c'est que j'ai été amené à relâcher mes efforts de ce côté-ci, d'une part parce que j'ai un article à terminer pour une revue en langue étrangère, (publication bilingue, avis au amateurs, précisions dès parution), et que d'autre part, j'ai été rattrapé par des problèmes de santé, qui m'ont conduit à arrêter toute activité de consultations et de séances depuis il y a quelques jours jusqu'à début juillet.


Le maintien en vie de ce blog me demande donc plus d'effort que d'habitude, mais par fidélité envers ses lecteurs, mes amis, collègues, « compagnons de lutte »(!), autant que possible je continue pour autant que j'ai les mains libres et un ordinateur relié au web à portée de corps, (la voilà la place du corps dans l'espace virtuel!).


Autant dire que les témoignages de sympathie seront accueillis avec la gravitude qui convient.


Quelques conséquences : le numéro 3 de « l'essentiel underground papers » qui est la version papier de ce blog, (voir éditions des branas), que je prévoyais pour juin ou juillet, sera probablement retardé d'un mois ou deux, et devrait compter environ une centaine de pages, alors que le premier numéro qui est un numéro double, en compte 155 dont une quarantaine de photos. D'autre part, ayant choisi de saisir au bond, de traiter de ce que j'ai à ma portée, il est possible que pour quelques temps, la suite du blog traite davantage des rapports entre médecine et psychanalyse, et ce, un peu comme de coutume, pour ceux qui y sont sensibles, à la manière du journalisme gonzo, les lecteurs de Hunter S. Thomson s'en étaient avisé, je l'espère.


Quoique cette référence ne fasse pas forcément de ce blog le pendant psychanalytique de « Las Vega parano », je suis tout de même conduit à me demander d'où vient la maladie qui me frappe, d'autant que quelques amis me susurrent, mais enfin, n'est-ce pas un peu étrange, que toi, psychanalyste, tu sois atteint de cette chose justement à cet endroit... Alors si seulement je pouvais répondre à tous en une fois pour éviter de me lasser à chasser les intentionnalités ambigües de mes entours ! Oui, sans doute, il peut y avoir quelque chose qu'on appelle somatisation, mais d'abord, trouvez moi un médecin qui m'en démontre l'arc réflexe, sans quoi, l'on est dans le champ de l'imaginarisation du symbolique, ou au mieux, de la symbolisation de l'imaginaire ; mais toute la question, c'est de savoir celui de qui, entre ma personne et celle qui me parle. Cela d'une part. Et d'autre part pour autant que je puisse imaginer des causes pathogènes à un certain nombre de choses qui m'ont atteint les dernières années, je tirerais d'abord mon chapeau aux thérapeutes qui se sont amusés à me qualifier de raver de manière telle qu'en typant mon nom sur google on trouve d'abord leur méchante prose, -s'en prendre à un individu isolé, quel courage-, et s'ils réussissent à me rendre malade de leurs assertions, sans doute devraient-ils être capable de m'en guérir; enfin je vous ferai savoir publiquement leurs excuses dès réception, advienne que pourra- . Et ensuite, mais loin derrière, j'incriminerais des trahisons, des manquements et oublis.


Et puis, je soulignerais que ceux qui, de mon proche entourage, ont nettement, formellement et fortement marqué leur soutien et leur amitié, avec une mention spéciale pour Mont de Marsan, m'ont certainement permis de ne pas y laisser la peau. Comme dit Serge, « azoï iz es ». Tout cela permet largement d'oublier les boudeurs qui font encore le tournedos.


Cela étant dit, les lecteurs de la version papier du blog m'ont dit qu'il était agréable de la manier, de la prendre en main, d'en lire quelques lignes, puis d'y regarder quelques images ; agréable à poser et à reprendre : en somme la lecture idéale de salle d'attente, dans son oecuménisme même; elle pourrait même être chic chez les médecins et dentistes, mais enfin, j'avais plutôt pensé aux collègues psychanalystes et psychologues, en décidant d'une version papier. Il est vrai que le numéro double peut paraître un peu cher, mais pas plus que d'autres revues... Comme c'est de la micro-édition, rareté, il faut une quinzaine de jours pour le recevoir, mais comme cela paraît tous les six mois... Et puis, ne pas oublier qu'on ne le trouvera jamais en librairie...


Alors voilà, cette note supplique publicitaire étant à nouveau jouée aujourd'hui dans ces conditions et avec cette annonce, il est évident que l'avenir du blog et de « l'essentiel underground papers » s'avère avoir à tendre vers une dimension critique d'autant plus incisive et lourde que le temps de lecture sera allégé; c'est à dire, si je n'ai droit qu'à un mot pour me faire entendre, ce sera, par exemple, le rut d'abracadabrut!


Z'à une prochaine, mes amis.


D.K.

jeudi 13 mars 2008

Sectarisme, sectaire, sectes, sexe, dans leur rapport à la perversion, ou père-version.

Une fois n'est pas coutume, un extrait:

"Depuis sa publication en Janvier 1996, le contenu du rapport de la commission d’enquête n’a cessé d’influencer les réflexions et les décisions des autorités politiques et administratives. Malheureusement, ce fut au détriment de la liberté de conscience, de religion et des droits des 172 minorités citées dans le rapport.

Dans bien des cas, il suffit de faire remarquer qu’une association spirituelle figure sur la “liste noire” parlementaire pour que ses membres subissent un traitement discriminatoire. Les témoignages sont chaque jour plus nombreux : des membres de ces groupes sont évincés d’un emploi public ou privé, se voient refuser le droit de passer un contrat avec l’administration, d’exercer leur art, d’utiliser des équipements municipaux ou des salles de concert. Ils peuvent être victimes de boycotts économiques et il leur arrive d’être dénoncés en public. Ces agissements sont tolérés si ce n’est suscités par des fonctionnaires de l’Etat ou des élus."

.....

"Nous sommes aujourd’hui en droit de demander sur quoi reposaient les conclusions de la commission d’enquête parlementaire, reprises dans un rapport aux conséquences désastreuses. Comment la liste des “sectes” fut-elle réellement compilée ? Qui en fixa les critères, et à partir de quels faits ?

Car ce rapport n’est pas seulement une étude bâclée : il a été vivement critiqué par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et de nombreux universitaires spécialistes du domaine religieux qui ont étudié les méthodes de travail, les conclusions et les recommandations de la commission.

De plus, par quatre fois au moins, des tribunaux français ont réfuté toute valeur juridique au rapport parlementaire."

lire l'intégralité:

http://la-liste-noire.nouvelle-religion.fr/index.html

merci au "Figaro", ou le lien apparait comme sponsorisé en fin de page

[cliquez ici pour atteindre la page du Figaro]

mardi 26 février 2008

Je ne sais que dire; je suis très en colère depuis plusieurs semaines; il y a une campagne qui a réveillé ce qu'elle cherchait à endormir en faisant sauter les moutons sous le lit; après le mariage, il y aura l'enterrement ou quoi? Il y a un type que je n'aime pas, qui fait de la politique, dont je m'interdit d'écrire le nom pour ne pas lui faire une pub qu'il ne paye pas et ne pas lui donner une considération qu'il n'a pas gagnée; mon voisin, agriculteur à la retraite, près de soixante dix ans, les hanches en plastique, tout en faisant de la maçonnerie décorative dans son intérieur avec son frêre aîné, m'a raconté ce matin que ce même type aurait traité publiquement et médiatiquement de con un gars qui refusait de lui serrer la main car il désirait la garder propre; j'ai répondu à ce voisin qu'il a raison, cet homme, c'est un con et de plus un con célèbre, grâce à lui; je vais vous dire une chose, cher Laurent, mais gardez cela pour vous afin que chacun l'apprenne: il y a des poignées de mains obligatoires dans ce pays qu'on ne peut pas refuser de prendre, (car les poignées de mains, n'est-ce pas, étant indépendantes des personnes qui se servent des mains pour distribuer des claques, comment peut-on refuser une poignée d'une main et donner de la même main, une claque qui ressemble à un applaudissement?), et donc, faire remarquer à celui qui les distribue qu'il n'a rien serré de ce pays de cons où les cons votent pour le plus con des cons, afin de se faire traiter chacun comme le roi des cons, car en France, on est sans doute très con, mais on n'a pas oublié qu'en coupant la tête au chef on est déjà un tout petit peu moins con; du reste, dans certain cas de figure, cette perte de tête prise ne diminue pas l'intelligence du chef d'un iota, ce qui était important, c'était de gagner à qui a la plus grande gueule pour traiter l'autre de con; et cela, vous le savez aussi bien que nous tous autres, pour y briller, il faut commencer dès très jeune à s'entraîner devant le miroir de la salle de bain en tenant dans son bec un fromage, (qui est là pour qu'on se trouve le corps beau, -très con, n'est-ce pas?). Et encore, je ne vous dis même pas ce que je pense, parce que je sais qu'on a pas encore tout vu en matière (pas grise du tout) de connerie au sommet; c'est difficile d'être le premier con à faire quelque chose, le premier con sur le Mont Blanc était déjà pris, le premier con possédant un Mont Blanc aussi; mais le premier con à l' Elysée, ce n'est pas comme président qu'il y a commencé; vous croyez peut-être que je vais parler du précédent, mais non, cela en ferait un, de précédent, j'ai parlé de lui à propos de la vache folle, et je trouve que ça fait le tour de la question; celui-ci serait plutôt du style de la cravache folle, on reste dans la même chaîne signifiante; ça finira par la cravache molle, et puis après, il se prendra le temps, le con, de découvrir les montres molles; à se prendre pour le surmoi de tous il en deviendra le plus petit commun dénominateur, la catachrèse d'un con, sa catagénèse, et aura enfin atteint le sommet du rêve de tous les cons, d'aboutir à la perfection, et être le premier con parfait. Sinon, comment ça va, chez vous, ça boume?

Didier K

ps: vous pouvez faire passer ça à certains copains malheureux en université, pour leur dire que je les aime, il paraît que c'est le jour de l'amitié aujourd'hui, je n'ai eu qu'une lettre, de mon beau-frêre, mais quelques visites, aussi, très belles...

Oedipe sur internet a écrit :

La colère, dit le dicton, est mauvaise conseillère. Elle peut en effet nous pousser, pour nous défaire de la tension qu’elle suscite en nous, à passer à l’action. Elle peut nous conduire à ignorer les barrières construites pour pacifier notre lien social, et produit dans les couples de très curieux fonctionnements alliant la provocation aux plaisirs de la chair. Les politiques savent bien utiliser la colère pour manipuler les populations. Une masse en colère est une masse qui ne réfléchit plus mais qui agit et qui soutient ceux qui en désignant les supposés coupables, légitiment la transgression et la violence que la colère engendre naturellement. La transgression fait naître la culpabilité toujours quelque peu pénible à supporter chez les névrosés que nous sommes. Si par contre une autorité nous en donne l’autorisation, celle-ci se fera moins présente à notre esprit. Dans une démocratie le vote sert le plus souvent d’exutoire à la colère des peuples, c’est même sa fonction ultime, pourtant voter est un acte extrêmement complexe. Faire la part belle à l’impulsivité est un jeu extrêmement dangereux.

lire la suite

Laurent Le vaguerèse

mardi 12 février 2008

20880210 ROBERT HUE - LA MUTUALITE - FORUMPSY


Paris, la Mutualité
Le 10 février 2008


Robert HUE


Sénateur, Président de la Fondation Gabriel Péri


Mesdames, messieurs, chers amis,

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation de Jacques-Alain Miller à participer à cette rencontre. Pour une raison simple : mon engagement politique rejoint votre discipline, depuis toujours, dans le souci de l’émancipation de l’homme, de sa « désaliénation ».

Or, après une période faste d’extension des libertés individuelles, d’accroissement du niveau de vie général, de démocratisation de l’enseignement supérieur et de progrès de la protection sociale, cette émancipation est de plus en plus menacée, comme en témoignent notamment les attaques répétées contre l’enseignement de la psychanalyse au profit du cognitivisme.

Cette remise en cause est éminemment politique. Elle l’est au sens large, c’est-à-dire d’un choix de société. À ce propos, j’ouvre une courte parenthèse pour évoquer la violente campagne de dénigrement de la psychanalyse à laquelle s’est livrée le Parti communiste durant la Guerre froide, au nom, précisément, d’un choix de société. Le rapport des communistes à cette discipline était, à la fois, de fascination et de répulsion, et surtout de malentendus.

Le renouveau de la psychanalyse venait alors des États-Unis, où s’étaient exilés quelques-uns des grands théoriciens d’Europe, et son courant majoritaire proposait une interprétation particulière du plaisir, qui en faisait, selon lui, un facteur d’harmonie sociale. Les conflits de toutes sortes – entre époux, voisins, ouvriers et patrons – se voyaient ainsi réduits à une utilisation négative de l’agressivité, à un écart désagréable du moi, auxquels l’intervention du thérapeute allait mettre fin. Il n’en fallait pas plus pour stigmatiser la psychanalyse comme véhiculant des valeurs « paternalistes », « bourgeoises », et « individualistes » destinées à « anesthésier la lutte des classes ». L’intérêt de Louis Althusser pour la lecture lacanienne des théories de Freud mit heureusement fin à cette période, et le dialogue entre communistes et psychanalystes put reprendre.

Jacques-Alain Miller a récemment déclaré, dans un entretien à Libération, que s’il lui fallait choisir entre l’évaluation et le marché, il préfèrerait encore le marché. Je serais tenté de dire qu’il aurait alors les deux. Le second ne va pas sans la première ; ils sont intimement, structurellement liés. La « culture du résultat » constitue désormais le quotidien des salariés – et même maintenant des ministres – : leur activité est jaugée en permanence, et de manière le plus souvent chiffrée. Les ressources humaines évaluent les compétences, les performances et le « potentiel » de chacun. Le marché capitaliste, en ce qu’il promeut et se soumet au primat du quantitatif, a besoin, entre autres, de cette évaluation pour maîtriser les hommes.

La dernière phase de mutation du capitalisme, débutée dans les années soixante-dix, est désormais bien connue. La dénonciation de sa déconnexion de l’économie réelle, qui engendre quotidiennement tragédies sociales et souffrances multiples, est parfaitement fondée.

Mais cette description demeure partielle. La financiarisation du capitalisme, au-delà du fonctionnement purement économique, a encore renforcé le poids de son « discours », au sens lacanien. Permettez que je cite à ce propos la tribune du psychanalyste Pierre Bruno dans L’Humanité du 14 avril 2001 : « Le discours capitaliste, au sens de Lacan, n’est pas une somme d’énoncés, mais un lien social – un rapport social, disons, pour le lecteur plus familier de Marx. Ce qui caractérise ce discours, et le singularise à l’égard de tout autre, est, dit Lacan en 1972, je cite, “d’exclure la castration”. Il fait ainsi accroire au prolétaire, dépouillé de tout, qu’il peut, grâce au fonctionnement du système, s’enrichir jusqu’à pouvoir jouir de tout. Un tel discours relève d’un impératif quasi sadien, affiché ou masqué : “Tu peux jouir de tout en écrasant ton semblable, sachant que ton semblable peut jouir de tout en t’écrasant…” ». Fin de citation.

La logique quantificatrice est bien la logique même du capitalisme tel qu’il a évolué après la Seconde Guerre mondiale. Elle fonde tout à la fois une nouvelle conception de la production et de son pendant consommatoire.

Au niveau de la production, à la différence du taylorisme, et pour reprendre les formules du jargon contemporain du « management », la « mobilisation de l’intelligence » et celle du « savoir-être », qui inclut les compétences comportementales et relationnelles, sont considérées comme des facteurs-clés du développement de la productivité. En référence aux sciences cognitives, l’intelligence est tenue pour un simple mécanisme de traitement de l’information à optimiser selon les besoins de l’entreprise. Les sensations, les sentiments, les valeurs, sont pris en compte dans cette même logique qui résume l’homme au travail à une mécanique qu’on pourrait maîtriser et manipuler à loisir. L’une des facettes de la mutation du capitalisme s’exprime dans sa tendance à réduire les individus à des producteurs, et ces producteurs à des machines dont les paramètres de gestion peuvent être totalement connus et maîtrisés. L’entretien psychologique dans le cadre d’un bilan de compétence est un parfait exemple de l’instrumentation des savoirs psy par le marché, en l’occurrence celui du travail.

Mais la production croissante à l’infini s’étoufferait elle-même sans une consommation idoine. Le philosophe Bernard Stiegler a montré comment le capitalisme a progressivement pris en compte l’évaluation et la canalisation des affects pour soutenir, voire augmenter la consommation de biens. Il décrit ainsi concrètement le fonctionnement du discours du capitaliste tel que Lacan l’avait formalisé : « Aujourd’hui, dans les sociétés de modulation que sont les sociétés de contrôle, les armes esthétiques sont devenues essentielles : il s’agit de contrôler ces technologies de l’esthétique que sont par exemple l’audiovisuel ou le numérique, et, à travers ce contrôle des technologies, il s’agit de contrôler les temps de conscience et d’inconscience des corps et des âmes qui les habitent. ».

L’efficacité des techniques quantificatives pour gérer nos flux psychiques aboutit ainsi à une situation digne du Meilleur des Mondes : ceux dont l’exploitation fonde le système ne le pérennisent pas seulement en tant que producteurs, mais aussi en tant que consommateurs aux désirs suggérés qui en deviennent les promoteurs inconscients. Voilà la socialité qu’est en train de construire le dogme de l’évaluation : une sorte de nouvelle servitude volontaire, fièrement proclamée par le slogan de Nicolas Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus » auquel on pourrait ajouter, dans un souci de véracité, « pour consommer plus ».

Si, en tant qu’idéologie dominante, « l’esprit du capitalisme a en principe la capacité de pénétrer l’ensemble des représentations mentales propres à une époque donnée, d’infiltrer les discours politiques et syndicaux, de fournir des représentations légitimes et des schémas de pensée aux journalistes et aux chercheurs, si bien que sa présence est à la fois diffuse et générale », comme l’écrivent avec raison les sociologues Luc Boltanski et Eve Chiapello, la résistance dans laquelle, vous, psychanalystes, êtes entrés voilà deux ans a toutes les chances, à mon avis, de durer.

Pour contrer cette hégémonie qui infiltre tout et ouvrir d’autres perspectives que la généralisation de cette « culture de l’évaluation », de ce « nouvel esprit du capitalisme », il faut que psychanalystes et politiques progressistes prennent conscience de la convergence de leurs combats. À ce titre, peut-être serait-il profitable de réfléchir sur la place de la psychanalyse dans le dispositif de santé publique, afin d’en élargir l’accès au plus grand nombre. Car la souffrance psychique concerne l’ensemble des couches sociales, et les plus fragiles sont aussi les plus touchées par les transformations du monde du travail et les nouvelles techniques de marketing que j’évoquais à l’instant.

Convergence de combat, disais-je, mais aussi de sujet, puisque comme l’écrit Jean-Claude Milner dans son Lacan et la science moderne, je cite : « Le sujet de la psychanalyse est le sujet forclos de la science », c’est-à-dire le sujet qui échappe par essence à l’action de la science, et en particulier à cette grimace de science qu’est la culture de l’évaluation. Ce sujet, c’est, en des mots simples, l’être de l’être humain, l’humanité de l’humain. C’est donc aussi le sujet d’une politique de progrès, et c’est pourquoi vous pouvez, dans votre lutte contre cette culture de l’évaluation, contre ce qu’elle sert, compter sur le progressiste que je suis.


lundi 12 novembre 2007

Le traitement de masse de la depression bat la campagne, et fait l'economie de l'ethique; communication de la depression, 4

« Le Monde », 16/10/07

[http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-967538,0.html]


« Deux années de discussions auront été nécessaires pour aboutir au lancement, mardi 9 octobre, par le ministère de la santé et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), d'une première campagne nationale "La dépression : en savoir plus pour en sortir". Ce dispositif d'information (guide, site Internet, spots radio et télé) intervient alors même que les décrets d'application réglementant l'usage du titre de psychothérapeute n'ont toujours pas abouti. Et qu'il n'est pas question, "dans un contexte de déficit de la Sécurité sociale", a justifié Roselyne Bachelot, ministre de la santé, de prendre en charge l'accès à un psychologue. »


(souligné par DK)


On peut retenir également de ce passage, la phrase qui précède celle soulignée: « Ce dispositif d'information (guide, site Internet, spots radio et télé) intervient alors même que les décrets d'application réglementant l'usage du titre de psychothérapeute n'ont toujours pas abouti ».


Donc:


  1. durant deux ans, le ministère de la Santé et l'INPES, dans un contexte qui ne justifie certainement pas que les psychanalystes restent ignorés, discutent de mesures à prendre relatives à quelque chose qu'ils nomment « dépression »;

  2. le « déficit de la sécurité sociale » chasse hors de portée la prise en charge non pas la consultation d'un psychologue, mais « l'accès à » un psychologue.


L'on comprend mieux que la campagne concoctée par l'INPES exprime contre tout examen raisonné des faits la conviction que « la dépression » soit « une maladie ». Et ne promeuve pas, par conséquent, « l'accès à » un psychologue.


On pouvait lire, dans le Figaro du 6/11/07, ceci:

« L’Inspection générale des affaires sociales estime que les informations délivrées aux médecins sur les médicaments au cours des visites médicales sont trop souvent biaisées.

Le ministère de la Santé, après quelques tergiversations, a fini par rendre public le rapport de l’Inspection générale des affaires so­ciales (Igas) sur l’information des médecins généralistes sur le médicament. C’est surtout la visite médicale qui est le «cœur de cible» de ce rapport.

Quelques chiffres donnent la mesure du poids stratégique de ce secteur : l’industrie dépense chaque année 25 000 euros par médecin généraliste, soit l’équivalent de 39 % du revenu libéral moyen net d’un généraliste (64 000 euros) «pour apporter des informations » aux mé­decins. Un petit calcul des quatre inspecteurs de l’Igas montre que sur la base d’une consultation à 22 euros et de quatre consultations par heure, les sommes consacrées à la visite médicale sont l’équivalent pour le médecin de 285 heures d’activité ! Or, ce «mode d’information médicale fait obstacle au développement de démarches plus exigeantes de recherche d’information par les médecins».

[http://www.lefigaro.fr/sante/2007/11/06/01004-20071106ARTFIG00001-les-visiteurs-medicaux-epingles-par-ligas-.php]


Il apparaît par le biais de cet article qu'il est plus simple d'utiliser l'aliénation quoi qu'il en soit de son coût, pour figer l'ordre social, que d'alléger son poids. S'aliéner les psychanalystes? Le Ministère vous a de ses exigences!


DK



jeudi 1 novembre 2007

Le traitement de masse de la depression bat la campagne; communication de la depression, 2

« L'architecte parle souvent de ses dessins comme de « gribouillages » : « Je regarde à travers le papier pour tenter de lui arracher l 'idée formelle; c'est comme quelqu'un qui se noierait dans le papier. C'est pourquoi je ne considère pas ce que je fais comme des dessins; je ne peux pas. C'est seulement après, quand je les regarde. » En procédant ainsi, Gehry passe du rôle d'auteur lancé dans ses gribouillages/écriture semi-automatiques à celui de lecteur curieux de démêler les formes potentielles dans les multiples lignes et contours de ses dessins. Selon Barthes, « un texte est fait d'écritures multiples, issues de plusieurs cultures et qui entrent les unes avec les autres en dialogue, en parodie, en contestation; mais il y a un lieu où cette multiplicité se rassemble, et ce lieu, ce n'est pas l'auteur, comme on l'a dit jusqu'à présent, c'est le lecteur ». Intuitivement, Gehry réussit à combiner le conscient et l'inconscient, le gribouillage/écriture semi-automatique avec l'ébauche de plans schématiques basés sur le programme préliminaire et sur l'état du site. Même une fois qu'il pose son crayon feutre, signifiant que la phase de dessin est terminée, le processus créatif continue quand l'architecte retourne à ses croquis en tant que lecteur. Subséquemment, il peut découvrir par hasard des formes qui s'ajouteront à son vocabulaire ou seront rejetées, tout cela en vue d'un seul objectif: « Dessiner est un moyen. La maquette n'est qu'un outil. Tout est outil. L'édifice est la seule chose qui compte – l'édifice achevé. »


(Extrait de « Frank O. Gehry, Musée Guggenheim Bilbao », Coosje van Bruggen, p 40, Guggenheim Museum Publications, Distribué par les Editions de la Martinière, Paris)



Pour manifester une réaction à la campagne d'information sur la dépression qui élimine simplement la psychanalyse des recours proposés à ceux qui s'informent sur « la maladie », le mieux est semble-t-il de procéder par petites touches, en délicatesses avec les savoirs, mais nombreuses; mieux vaut, autrement dit, être un peu tachiste, quitte à passer pour pointilliste, car il ne serait pas de bon ton de laisser la culture de côté, et précisément la culture de masse. Pour donner une idée de l'échelle de cette « petite touche », je publie ci dessous un texte qui a eu son autonomie et a un peu circulé indépendamment, il y a une dizaine d'années, sans que ses lecteurs ou son auteur voient nécessairement bien son statut exact; mais aujourd'hui, il se pose là comme indice de ce qui est au principe de causalité de cette dépression- « maladie » contre laquelle on bat... une campagne. Ce n'est pas tant qu'il faille prendre la mouche, position dépressive pour position dépressive... Mais qu'il y eût, à ce collectif déprimé, que les anti-dépresseurs soignent si mal, (parce que sinon, n'est-ce pas, en serions nous là?), des antériorités nettement plus délirantes. Et si, comme le dit une certaine nouvelle revue de psychanalyse N° 67 de la Cause Freudienne, « Tout le monde délire », faut-il souligner que d'habitude, les psychanalystes n'y sont pas les premiers, et les médias, pas en reste? La bonne méthode est-elle de « faire autorité »? -Il y aura donc autant de « petites touches » qu'il en faudra pour sortir la dépression, « maladie », ou singularité, de sa cloche de Gauss.




...surfer sur la vache folle ...



(Didier Kuntz 21 Juin 1996)


Quelques semaines sans s’informer sont sans doute une folie que l’on peut rarement se permettre à notre époque, il n’en reste pas moins qu’il est impossible d’être totalement coupé des images et rumeurs ; le passé récent ressemble alors à l’un de ces rêves mauvais, particulièrement oiseux, pas loin du cauchemar, dont on se souvient parfois après un sommeil de plomb . Comme les rêves, cela s’analyse, cela révèle les désirs et complexes cachés, il est particulièrement tentant de mettre en rapport les bribes restantes et d’associer librement, pour voir où ça mène ... si cela permet de mettre au jour une organisation cachée, une cohérence subliminale aux charmes surréalistes ...

Alors avant de partir en vacances, encore quelques petits mots sérieux pour lever le nez des copies d’examens avant que la publication des résultats en ait à nouveau rompu le charme.

Ce dont il me souvient, donc, après ces quelques semaines loin des médias, c’est un melting-pot tournant autour des vaches folles, un vrai délice de cuisine politique française, pas loin de la sarabande de sorcières; l’austérité seule des objets en cause nous sépare du délire érotique que toute cette histoire évoque à tour de bras .

Ainsi donc quelque chose d’imprécis a changé en France depuis les lustres du nouveau pouvoir, nouvelles méthodes, nouveaux moyens, comme il se doit, puisque la sémantique permet d’appréhender la pensée collective, pourquoi ne pas gouverner à l’aide du déplacement freudien ? Ainsi avons-nous vu les Français dupés de ce tour de passe-passe qui est venu sublimer la vache enragée en vache folle: autres mots, autres remèdes . S’il n’est pas facile de leur proposer autre chose à bouffer, on peut du moins leur retirer la viande du plat .

Il n’est pas difficile de constater la surdétermination qui fait de la vache folle un chiasme où viennent se croiser les fils conducteurs de la vie politique et de souligner comment son traitement forme un véritable remède de cheval pour les calamités qui nous rongent . Soit dit en passant, qui s’étonnera que la métaphore se joue sur le terrain agricole, puisqu’elle est destinée à stigmatiser le style du président Chirac, qui a testé autrefois sur ce terrain les méthodes d’action avec lesquelles il a longtemps séduit l’opinion ? Ces méthodes, nous devons en saluer le charme poétique, puisqu’elles tirent leur incontestable efficace du travail du verbe dans les images collectives...

Passant de la vache folle à la vache enragée, celle-ci faisant oublier celle-là, on soulignera le lien subjacent entre l’apparition de la rage bovine et la baisse des crédits perpétuellement reconduite de l’Institut Pasteur, auquel je dois une partie pas nécessairement négligeable de ma formation, ce qui est une raison suffisante pour dénoncer l’inefficacité de la baisse de crédit pour en améliorer le rendement: on voit là clairement un résultat . Si l’économie réalisée a pu permettre de financer les balles avec lesquelles les vaches ont été spectaculairement abattues, on remarquera également que la prévention ainsi réalisée permet une solide économie en amont du déficit à venir de la sécurité sociale . La suppression des lits a vraisemblablement atteint sa limite, surtout en ce qui concerne ceux des hôpitaux psychiatriques, comme en témoigne l’apparition de cette histoire proprement délirante .

Puisque maintenant les vétérinaires font de la prévention à l’aide des tireurs d’élite que leur a adjoint une armée en pleine mutation, -au moins là on en a pour son argent-, je profite de la transition pour parler de la prévention du sida . L’on n’imagine pas à quel point sont proches ces thématiques, si l’on oublie la proximité phonématique des vaches avec le V.I.H.; que voilà donc un traitement de rêve (et je pèse mes mots), pour un problème dont on ne voit pas le bout, puiqu’il y a, paraît-il, des difficultés à se suffire d’un numéro vert pour résoudre le problème: pourquoi alors ne pas en fonder un deuxième ?

Un monceau de cadavres de vaches empilées, rassemblées à renfort de bulldozer, des vaches menées au bull-dozer, voyez comment l’on vous montre la vache menée au taureau, comme est morbide la métaphore qui adjoint à la vache une rustaude mécanique humaine; et comme il n’y a qu’un pas du bulldozer au taureau, du taureau à la vache, de la vache au V.I.H., du V.I.H. à l’homme, et de l’homme au singe vert: métaphore d’amour et de mort où la vache a fini de rire . Cela est-il destiné à nous signifier qu’il vaut mieux abattre que de se laisser abattre ? A moins qu’il s’agisse, en matière d’amour, d’un phantasme d’abattage ?

Toujours est-il qu’avec les vaches anglaises est arrivée tout naturellement la question de l’origine . Les psychanalystes savent depuis longtemps quel lien cette question entretient avec le phantasme primordial où le sujet imaginarise sa propre apparition . Pour en revenir à la surface du problème, puisque je suis dans l’étendue, (pour ne pas dire dans les temps durs), il faut remarquer qu’aucun doute ne saurait entacher l’origine française même bovine, et que l’anglais a longtemps été, dans l’imaginaire français, la figure ambivalente de l’ennemi auquel on s’allie de temps à autre depuis la guerre de cent ans, en un mot le rival amoureux . Il suffit de remarquer les défenses que mobilise l’immixtion des langues, pour faire oublier le rapport particulier, si ambigu, du chef de l’état actuel à l’Angleterre, ce qui est au fond assez gaullien . Qu’on tue donc les vaches anglaises pour garantir les nôtres ...

Or donc, depuis peu, chez mon épicier arabe, est apparu ce panonceau stupéfiant, qui garantit l’origine purement française de la viande de boeuf ! Quand je dis épicier arabe, j’ai d’ailleurs l’impression de commettre un pléonasme, qui est la seule alternative à la concentration des chaînes de distribution alimentaire . Ce panonceau a le mérite de remettre à sa vraie place la garantie de l’origine; seul un électrochoc de cette nature peut déplacer la folie de l’origine, du moins pour un temps: l’emploi des électrochocs en psychiatrie, lorsqu’on ne fait plus confiance aux vertus de la parole, a mis en évidence le peu de cas qu’on y fait du sujet, pour qui c’est toujours une meurtrissure de plus ... Et l’on en vient à se demander si cette rhétorique de pouvoir n’est pas plus dangereuse qu’un traitement symptomatique des problèmes, où l’on ne chercherait pas à les résoudre par le cadavre exquis des vaches transformées en boucs émissaires des angoisses françaises . La méthode est efficace et assez charmante pour calmer les esprits en leur offrant un support imaginaire incontestablement adéquat, puisqu’il exorcise jusqu’aux vieux échos de mort-aux-vaches en les figurant dans une mise en scène somptueuse (pour ne pas commettre un somp-tueuse), mais elle ne s’attaque pas à la cause du malaise dans la société, -il faut bien laisser une petite chose aux analystes, n’est-ce pas ?


La France d’aujourd’hui, lorsqu’on scanne sa rumeur, semble bien gouvernée par un émule de Frédéric Dard; on ne contestera pas que c’est préférable à la politique du père Ubu: l’image des coups assenés n’est sans doute pas moins ravageur que les coups eux-mêmes, objectera-t-on; la pensée qui s’insinue en moi me dit que l’image de coups est plus évocatrice pour celui qui en a été la victime . Et peut-on encore se permettre une mauvaise pensée dans un pays terrassé de trous, infecté de peste brune, mais aussi en pleine révolution rampante ?



lundi 3 septembre 2007

Autisme, diagnostic et pronostic, ou diagnose?


Je vous présente là un point de vue, étant entendu qu'il y en a beaucoup d'autres.


En psychanalyse on ne s'occupe pas de poser un diagnostic, parce qu'il induit un pronostic, parce que les gens sautent sur des dictionnaires et ce qui arrive généralement, c'est qu'ils se conforment à ce qu'ils lisent, par amour du médecin, -ils sont patients, ce qui ne fait rien avancer-. Un psychanalyste écoute. Lorsqu'on vient à lui avec un diagnostic d'autisme, le diagnostic a été posé ailleurs, et a peut-être parfois provoqué des aggravations, au sens d'un état qui reste stable puisque c'est ce qui confirme le mieux le diagnostic.


Que peut faire un psychanalyste mis en présence d'une personne qui lui est présentée comme autiste? Tenter de rentrer en contact, et cela ne marche pas toujours: ce n'est pas parce que la famille à des attentes qu'un transfert peut s'établir avec quelqu'un.

Les histoires sont trop différentes pour que l'on puisse en tirer quelque chose comme une généralité. La nosographie nomme l'autisme mais ne nomme pas sa cause; l'autisme est un comportement, ce que l'on en sait d'autre n'est qu'un certain nombre de suppositions dont certaines sont forcément erronées puisqu'elles sont contradictoires. Je ne pense pas que l'autisme existe, à proprement parler, comme entité clinique; je pense que la nosographie nomme ainsi un syndrôme qui peut avoir des causes très diverses, dont parfois biologiques, comme dans les situations où des lésions neurologiques ont été constatée.


La psychanalyse peut elle améliorer les choses? Dans la plupart des cas oui, et ce n'est pas toujours dans le sens d'une guérison, mais parfois seulement d'un allègement de la souffrance causée par l'autisme, chez son "dépositaire" comme dans son entourage. Il s'agit de quelque chose à quoi les psychanalystes ont peu affaire, -j'ajoute, malheureusement-. Il me semble qu'on peut tout à fait dire que toutes les théories qui se sont présentées comme psychanalytiques à propos de l'autisme sont entachées d'une erreur épistémologique, dans la mesure où si l'autiste fait cas, l'autisme ne fait pas entité en psychanalyse. C'est un point qui est en général tenu dans l'ombre lors des débats.


La question de la culpabilité ressentie éventuellement par les familles: on fait du psychanalyste la cause, le producteur de cette culpabilité, alors qu'il n'en est sans doute que l'occasion, mais cela, c'est très difficile à faire entendre, parce qu'il est constatable que, travaillé par des reliquats de transfert, un psychanalyste peut n'être pas parfois aussi neutre et aussi futé que la situation l'exige.


Pour autant, "la psychanalyse" ne préconise rien, pas plus qu'ailleurs; on peut tout de même consulter un psychanalyste pour cette raison comme pour toute autre; certains acceptent de s'y frotter, et ce n'est pas facile, loin de là, la décision à prendre est souvent de se ne pas trop vite s'identifier à la position de « parent d'enfant autiste » dans ce qu'elle a de normalisateur; et comme toujours, consulter un psychanalyste suppose qu'on veuille bien le créditer de la masse de confiance qu'on accorde sans barguigner aux autres spécialistes: ce n'est pas la psychanalyse qui opère, c'est le psychanalyste qui laisse passer le "patient" d'une position à une autre, et cela non plus ne doit pas être oublié.


Cordialement,


Didier Kuntz



PS: mise à jour et adjonction du 13/12/2007


On peut trouver à cette page de LTA un tour d'horizon des différentes réactions publiques à propos de l'autisme. Il semble que les pouvoirs publics se lavent publiquement les mains d'une situation qu'ils ont largement contribué à créer en laissant de côté les avis des psychanalystes les mieux avertis, pour se contenter de recueillir les on-dits qui leurs sont attribués. On peut ainsi reprocher à la psychanalyse, à ses théories ou à ses praticiens tout ce que l'on reproche au bouc émissaire de l'autisme et de l'autiste. Pour ma part, j'ai eu à travailler avec des enfants qualifiés d'autistiques, ainsi qu'avec leurs proches, et cela m'arrivera encore aussi souvent que l'on me consultera pour cela.

J'ai pu constater régulièrement l'effet de coup de massue asséné par le diagnostic d'autisme; j'ai constaté aussi que ce diagnostic témoignait, plus que d'un quelconque savoir clinique, d'un embarras face à l'aspect inabordable du patient dans sa relation à l'institution et/ou au psychiatre; d'un embarras face à la décision de traitement ou de placement qui s'impose parfois dans la hâte précipitée par l'angoisse de l'intervenant interpellé à une place de soignant, voire de prestataire de solution urgente; d'un embarras enfin face à la responsabilité d'énoncer, en même temps qu'un diagnostic, un pronostic écrasant sur l'évolution pressentie du patient.

Ce diagnostic, régulièrement, est posé sans calcul de ses effets sur la personne ou son entourage, dans la certitude de sa fiabilité tant que de celle du package de soins qui l'accompagne, d'où la psychanalyse autant que le recours à un psychanalyste sont imparablement exclu: d'où je pose que l'exclusion du recours au psychanalyste est la condition nécessaire à la production des symptômes classés dans l'autisme. Ceux qui veulent comprendre le comment et le pourquoi peuvent en trouver une présentation logique dans le livre que j'ai écrit, "les prolégomènes pour la psychanalyse", comme je l'appelle, dont on trouvera une trace sur ce blog ou ailleurs.

Je suis donc amené à redire ceci: là encore, dans ce tour d'horizon sur l'autisme, on oublie une chose, -parce c'est toujours plus difficile de remarquer une absence au milieu de la multitude de présences bruyantes-. C'est que l'on n'a pas encore entendu de psychanalyste énoncer son indifférence, ou son impuissance, face à l'autisme, à l'autiste ou à son entourage: on n'a entendu que ses accusateurs. Et on n'entendra pas, pas avant longtemps, que l'autiste lui-même, du fond de sa plainte, et dans son expression même, est le défenseur du psychanalyste et de sa psychanalyse.

Voilà ce qu'il m'a été donné d'entendre, dans mes contacts avec des autistes. Et pour être juste, il faudrait savoir ne pas empêcher le défenseur rencontrer celui que, par son symptôme, il défend, commis d'office, sans doute, il est vrai, par son symptôme.

Dans son dernier séminaire, intitulé "le moment de conclure", au moment de conclure, donc, une très longue et très riche expérience de parturient et de praticien de psychanalyse, que dit Lacan? Il dit: "L'important est que la science elle-même n'est qu'un fantasme; ... et que l'idée d'un réveil, soit à proprement parler impensable; voilà ce que j'avais à vous dire aujourd'hui." (*15 novembre 1977*).

Je laisse ceci en état; le lecteur pourra s'enquérir de ce qu'il y existe, ou non, quelqu'un qui puisse, avec des faits concrets me concernant, (ou concernant quiconque), infirmer la capacité que je prétends, (ou que prétend quiconque), relativement aux personnes concernées par un diagnostic d'autisme, de recevoir la personne et sa vérité. Chercher à savoir, en tel cas précis, qui peut ou non quoi, sera plus utile et individuellement et collectivement, aux autistes, que les grandes déclarations générales qui pêchent au chalut sur les grands fonds de la souffrance humaine déjà raclés à mort par la médecine épidémiologique.

Merci de votre attention.

13/12/07 - DK



vendredi 13 juillet 2007

Modernité... Les Temps Modernes, Chaplin, taylorisme et créativité au travail, exode rural, pauvreté, enrichissement.

11/11/05

Le psychanalyste pris dans les filets de la modernité.

Modernité.

(auto-interview)

-Qu’est-ce que la modernité ?

-Les temps modernes commencent avec Charlie Chaplin. Après Charlie Chaplin il y a Charlie-Hebdo, puis Charlie Brown. Il faut attendre le troisième Charlie pour voir enfin apparaître que le psychanalyste peut être absent.

Mon meilleur ami m’a fait remarquer récemment que les rouages sur lesquels danse Chaplin avec sa burette sont résolument propres, pas la moindre trace d’huile, et d’ailleurs, pas le moindre signe d’effort de Chaplin dans son travail. C’est l’époque où le travail est sans peine, la machine fait l’effort, l’homme l’entretient. L’homme exprime par sa danse sa joie d’être un pauvre émigrant sur une terre d’accueil. Ce que la caméra capte c’est sa danse, son expression, l’esthétique de son mouvement libre de toute ergonomie. Non seulement le pauvre émigrant est heureux d’avoir des moyens d’existence, mais la modernité du travail libère sa force d’expression, déploie ses capacités d’adaptation.

Mais ces aspects un peu merveilleux ne laissent pas de côté l’épique social. L’émigrant n’est pas très bien accepté par ses collègues à peine mieux implantés. La différence physique de taille exprime qu’il n’a pas encore beaucoup profité de la terre d’accueil. Il est nourricier plus que nourri. Celui qui s’oppose à lui, avec ses expressions de fâcherie outrée, ses rappels à l’ordre de la tristesse et de la dureté, n’est certainement pas mieux implanté. Peut-être que la joie d’exister, d’être là ne fait pas partie de son registre. Peut-être exprime-t-il la haine et la douleur liées à la perte de l’origine. Ou plutôt : sans doute croit-il nécessaire de se positionner en propriétaire et de l’origine, et du sens du travail. Le blues n’est pas encore là ; pour qu’il s’installe, il faut et il suffit que le lien physique avec l’origine soit rompu, et que le travail manque ne serait-ce que dans la mesure où il ne génère aucun espoir de supporter son sort ou de le changer.

-Le migrant, nourricier plutôt que nourri ?

-Chaplin ne le montre pas que par la différence de gabarit ; il le montre également par le régime végétarien qui dépasse de son sandwich, sa mastication pensive, le trajet visuel, exprimé par le roulement des yeux, de son bol alimentaire. Se nourrir est montré comme une affaire sérieuse et comique, à la fois pensée et objet de pensée. Le fait du végétarisme montre sa plus grande proximité de la terre, peut-être aussi un plus grand respect, un éloignement marqué du cannibalisme. Il est peut-être, comme signe d’une option philosophique, l’indice du parti pris de modernité du migrant. On oublie beaucoup que la modernité est un choix qui repose sur la triple contrainte du départ contre le statisme, de la ville contre la campagne, de la rupture contre le maintien des liens. La modernité n’est pas une farce, c’est une tragédie, jusque dans son scénario. Mais le migrant la nourrit, comme il nourrit chez les autres le phantasme d’une origine dicible.

-Les journaux appelaient récemment à brûler les psychanalystes… ?

-Eh bien oui, voilà par exemple une faiblesse de scénario de la modernité : à force de ne pas vouloir savoir que les psychanalystes passent pour être ce qu’on en fait, qu’ils sont saisis comme objets de fantasmes tant individuellement que dans leur collectivité, qu’ils n’existent que dans les temps de séances incombustibles, à se forcer à oublier que les effets de parole plutôt que d’atteindre le but visé échouent où ils peuvent, certains journaux ont réuni des matériaux que les provocations ont fait exploser. Ils participent maintenant à l’extinction des feux. C’est le rêve éveillé de la belle âme. Et c’est le migrant qui est visé, du fait de sa double inscription dans le travail, comme acteur, et comme protagoniste. Mais chacun sait que c’est le citoyen qui en fait les frais.

-Et maintenant Charlie-Hebdo !

Charlie-Hebdo est générationnel, on se le refile d’une génération à l’autre. C’est une attitude mentale, l’âge de la découverte du paradoxe : on ne peut pas croire tout ce qui est écrit, mais ce journal repose sur le principe que l’opinion a besoin de matière pour se construire, à la différence de l’opinion toute faite qu’on vous sert souvent ailleurs, sans le moindre souci d’examiner les faits. En cas de doute sur l’opinion il faut examiner les faits. Ce n’est pas du tout la même chose que d’examiner « l’opinion » par des micros-trottoir et de prétendre saisir la vraie vie par des caméras cachées. En ce sens ce journal saisit la modernité où elle se trouve, là où d’autres l’énoncent ex-cathedra, la dénoncent sans la comprendre. Or la modernité est une constante, toujours contemporaine et fuyante. La modernité ce n’est pas la rapidité, c’est le principe du déplacement. Ce n’est pas l’urbanisme, c’est l’urbanité. Ce n’est pas la continuité, c’est la rupture épistémologique haussée au principe de la révolution permanente. Ce qui est important ce n’est pas où elle mène, puisqu’elle ramène au point de départ. Ce qui est important c’est que ce point de départ est un point d’arrivée où nous trouvons la rupture épistémologique. Cela en dit long sur l’espoir d’en finir avec la psychanalyse : tant que nous serons dans la modernité ce sera une impossibilité logique. Et pour sortir de la modernité il faudra en finir avec l’être et le temps.

-Comme Charlie Brown ?

-Charlie Brown n’en finira jamais avec l’être, c’est une épure sur laquelle la pulsion de mort n’a pas de prise, son inconscient est son dehors ; mais dans son dehors il y a un ou une psychanalyste récurrent, parfois absent à son guichet, parfois présente pour le renvoyer à son désir d’avoir un témoin pour scander le fait de sa présence ; c’est cette scansion qui lui donne le temps, et qui lui donnant le temps lui restitue l’être. C’est une épure au sens où sa modernité, -toute en déplacement, en urbanité, et en poésie-, est allégée de la pulsion de mort.

-Alors, le psychanalyste, dans la modernité, n’aurait affaire qu’à la pulsion de mort ?

-Sans doute, mais pour rappeler qu’en aucun cas son acte ne consiste à l’y réduire, pas plus qu’il n’aurait à soutenir d’un silence qui prétend l’incarner.

-Voilà un propos d’auto-interview bien équivoque!

-Équivoque à soutenir en tous cas. L’auto-interview après tout, c’est un moyen comme un autre d’éviter que l’autodictée ne vire à l’autodictature… cette forme moderne d’arrêt public des idées.

(Réalisé le 11 novembre 2005, en mémoire)

DK

(j'ajoute aujourd'hui: et Eros là-dedans? Pour faire bonne mesure?)