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lundi 26 mai 2008

Précis et judicieux


J'ai une proposition à vous soumettre.


Si, lorsque vous demandez à un médecin que vous consultez de vous prescrire un scanner parce que vous pensez que vous êtes atteint d'une maladie grave, un cancer, et que celui-ci vous rassure de quelques bonnes paroles qu' il n' y a aucune raison de faire un examen, vous laisse partir sans prescription, diagnostic, examen ou conseil d' aller consulter un autre médecin, faites-le savoir, fuyez sa consultation, et consultez autant qu' il faudra jusqu' à ce que les avis convergents auront assez de solidité et d'étayage pour vous convaincre au cas où rien n' est détecté.


Cela vous sauvera sans doute la vie.



Certains médecins en effet se sont fait une idée idéalisée et aberrante des " bonnes pratiques " que la triste gestion droitière, calculatrice mais piètre comptable de la sécurité sociale soumet à leur exercice, -ce dont ils peuvent très largement se décoller-. D' autres médecins sont hélas très incompétents. D' autres encore ont des comptes à régler pour des raisons transférentielles avec certaines professions, psy notamment mais d' autres aussi.


Une amie infirmière psychiatrique en Alsace à qui son médecin a dit que " c'était dans la tête ", jusqu' à ce qu'elle aille consulter un rhumatologue qui blêmit en lui découvrant une maladie de Hodgkin au stade IV; une autre amie infirmière, dans les pyrénées, déja soignée auparavant pour un cancer, que son médecin refuse d' écouter durant quelques mois, malgré ses protestations, jusqu' à ce que la petite tache grossisse; moi-même, qu'un spécialiste de la bouche a rassuré après une biopsie bâclée au cabinet, assurant qu' il s'agissait de stress, (-intéressant, n' est-ce pas, le stress : pas de preuve, pas d' argument, et surtout, pas de contenu psychique); et à qui un médecin, averti pourtant des antécédents, a à nouveau refusé un scanner sous le prétexte " qu'on n' en fait pas pour cela " ... et pour finir, reçoit une engueulade (polie tout de même si un fort déplacée) de l' orl (très chaleureux) consulté à l' IRC de Toulouse, pour devoir avoir été suffisamment averti pour ne pas "laisser traîner" ... -et la confiance faite au médecin ? - Encore faut-il qu'il en soit digne.


Je n' ai pas cherché à collationner les histoires : mais chaque fois que j' ai posé la question à un malade atteint gravement j' ai trouvé en antécédent le récit d'un médecin qui avait refusé d' écouter.


Concernant ce qui m' arrive, et pour élever le débat, il se trouve que le médecin que j' ai consulté dans le village de N. (32), fait partie d' un groupe de médecins qui se réunissent régulièrement pour discuter de leurs « cas » ; ils ont cette tradition du « premier patient du mardi matin » dont ils font récit après tirage au sort; en voilà au moins un qui sera un peu mieux traité ; ces réunions se font « à la Balint » , mais sans psychanalyste, et ce, alors que jamais seulement l'un d'entre eux eût été en analyse ou eût jamais participé à un vrai groupe Balint. D' ailleurs, une des participantes me l'a assuré, tous les participants se sont formés en quelques week-ends à la programmation neuro-linguistique, (la trop fameuse PNL), dont ils ont eu grâce à sa publicité autoréférente et massive, pratique grâce à laquelle les participants se trouvent dès lors à leurs yeux parés, mais de quoi donc ? D'une très imaginaire maîtrise de la communication ; qui n'est rien d'autre que la croyance fermement martelée, par des techniques d'hypnose, de l' adéquation pleine et entière entre leur pensée projetée sur l' autre et la réalité de l' autre. Il est facile d'en convaincre des individus que leur formation ne prépare pas au maniement critique de concepts psychologiques ou philosophiques qui demandent des années d'études critiques et de préparation éristique, heuristique, et méthodologique. Les effets de transferts latéraux ne sont même pas entr' aperçus et pire, soupçonnés. C' est en somme le règne de l'innocence paradisiaque, où l' arbre de la connaissance, c'est la reconnaissance par l'autre de l'intention noble de soigner bien ; alors il n'y a rien à chercher ailleurs, tout ce qu'il pourrait y avoir à savoir est supposé déjà su dans le groupe ; et ce qui se trouve divisé dans ce partage, et perd de sa densité dans ce type de division, c'est l' hypothèse même qu' une telle structure groupale dispose du savoir pertinent pour aborder les questions transférentielles, alors qu'il n'en a ni le concept, ni la méthode, ni les exigences éthiques. Rien de bon ne peut émerger d'une pratique telle, on ne peut en attendre que des dégâts dans un contexte de méconnaissances et de dénis.


Ainsi l'on voit comment l' ignorance, dont Lacan rappelait, après Descartes, le caractère passionnel, trouve ses alliances avec les délires partagés pour protéger des pratiques perverties (celle des groupes Balint), perverses (PNL), mortifères (association de méconnaissances), et de ce fait crée et propage des maladies iatrogènes sous le meilleur prétexte de rationalisation des soins et des coûts, tout cela vous a un petit goût de thé chez la baronne, en toute innocence pétris de bons sentiments. L' éthique médicale existe, elle est très exigeante, c'est très dommage que si peu de médecins soient assez rigoureux, humbles et honnêtes pour se tenir à sa hauteur ; mais il y en a, j' en fréquente quelques-uns, qui m'ont convaincu qu' il y a une possibilité de dialogue entre médecins et psychanalystes, entre médecine et psychanalyse. Les psychanalystes consultent des médecins, et il est beaucoup moins massivement reçu que les médecins consultent les psychanalystes. C'est bel et bien du côté des médecins que se trouve la résistance massive, le repli quasi psychotique à l' encontre de la psychanalyse, et il n'est malheureusement pas rare d' entendre, au cours même d'une consultation chez un médecin, les propos les plus scabreux, faux, méprisants à l'égard de la psychanalyse et des psychanalystes : une telle réaction face à un névrosé qui demande une introduction conduit plus d'une fois à une aggravation que la chimiothérapie souvent inadaptée, -l'essentiel de la formation des médecins étant effectuée par les visiteurs envoyés par les laboratoires pharmaceutiques- , et quand ce n' est pas qu' une aggravation, aboutit trop souvent à des suicides qu'on peut dire directement provoqués par la surdité et le manque de tact, pour ne pas parler de la psychopathologie du médecin, enterrée sous un fatras défensif contre la psychanalyse qui provoque une réaction contre-transférentielle agressive mortifère chaque fois qu' un patient, pour son malheur, demande conseil ; je ne suis à ce jour, pas du tout convaincu que seule le masochisme de tel patient dans le choix de son médecin soit la seule mise en cause possible dans ce type « d' accident » que l' on pourrait très largement éviter si l'Ordre des Médecins s'occupait de ses propres charlatans au lieu de les pousser à combattre des cliniciens qui eux au moins savent de quoi il retourne et ne comprennent pas très bien pourquoi ils devraient encore continuer longtemps à se taire sur des pratiques insoutenables dans quelqu' ordre que ce soit.


Vous n'oubliez pas, si vous pratiquez ce blog ponctuellement, qu'il est issu de la chasse aux sorcières contre les psys initiée par un médecin sous le prétexte mauvais d'une vengeance personnelle, dont le fait déclencheur n'est d'ailleurs établi que très vaguement, par un simple dire qui demande à être cru sur parole, la parole d'un qui vaut mieux que faits, arguments et preuves ; qu'une telle chasse au sorcière fasse suffisamment de bruit pour mener l'agitateur à une position éminente, c'est une chose étrange; que les conséquences de l'agitation soient ensuite étouffées car elles pourraient bien profiter aux psys quand on souhaitait qu' elle les éliminât, c' est encore plus étrange. Il faudra bien un jour que l' instigateur s' explique devant le tribunal de la raison.


Mais le constat que cette campagne, qui a agité le bonnet des médecins, et dans le sens innocemment imprévu de faire entendre à certains d' entre eux, qu'ils devaient largement user de leur position, ou pour refuser de soigner, ou pour refuser d' indiquer, et jusqu'à déconseiller les seuls soins adaptés, laisser mourir les patients venus là en toute confiance, ce constat n'est pas étrange, mais amer, et malheureusement, réaliste. J'invite les spécialistes de l'inconscient que mes propos choquent d'en débattre ici ou par e-mail. Je ferai ici état quoi qu'il en soit des protestations éventuelles de mes collègues si certains devaient trouver mes propos déplacés. Cela nous mènera sans doute à des perspectives intéressantes sur la création des paranoïas plurielles.



Cela étant, il y a également des pôles d'excellence, des lieux pour lesquels le terme n'est pas ridicule. L' IRC de Toulouse en est un exemple, et cela s'y manifeste à chaque endroit et à chaque corps de métier, compétence, ouverture, gentillesse, sourires. Quelque chose qui ne se simule pas, croyez-moi. C'est très dommage que cette excellence serve trop souvent à rattraper les dégâts provoqués en amont par des consignes contradictoires, contre productives, incohérentes sauf dans leur létalité.


Pour ne pas terminer sur une note triste, tous mes remerciements à mes amis médecins de leurs efforts, de leur courage, de leur pugnacité dans ces temps d' aberrations géantes.




samedi 22 mars 2008

PEDAGOGIE INSTITUTIONNELLE

Communiqué amical:

Mise en place et pratique de la
Pédagogie Institutionnelle

3e jeudi du mois, 19-22 heures
Espace Relais
2 rue Pasteur
92230, Gennevilliers

— entrée libre —


Rencontres mensuelles destinées aux personnels des écoles. Les enseignants des CLIS, EGPA, UPI, RASED, classes relais, etc., toutes structures d’éducation accueillant des enfants en difficulté, sont les bienvenus. Les problèmes de pratique les plus divers pourront être abordés.

Nous tenterons, par leur analyse avec les outils de la P.I, d'ouvrir d’autres perspectives sur le fonctionnement de la classe, d'apporter un soutien aux maîtres et, en les aidant à dénouer certains conflits, de dépasser les situations d’échec, souvent stéréotypées, où vont échouer certains élèves.

Le caractère d’ateliers de ces rencontres tient à la participation de chacun. Les témoignages des uns et des autres constitueront l’ordre du jour. Chaque séance sera introduite par un invité, enseignant pratiquant la P.I., qui parlera de son expérience et nous aidera dans la discussion de l'ordre du jour.

La projection de documents filmés est envisageable, au cinéma Jean Vigo voisin.


Programme 2007-2008

5 décembre
Cécile Bent (prof. E.P.S en collège)
17 janvier
Delphine Blind (prof. CM1/2)
21 février
Anouk Ribas (prof. en primaire)
27 mars
Yasmina Sebbar & Blandine Soulerin
(référentes P.R.E.)
Alain Poudoulec (La Borde)
Patrice Buxéda (enseignant P.I)
17 avril
Carelle Mesnil (prof. E.P.S en collège)
22 mai
(à compléter)
19 juin
Catherine Pochet (enseignant P.I)

Accès
Métro : ligne 13, Gabriel Péri
Bus : ligne 304, Camélinat-Jaurès


CONTACTS


Michel Roussan 01 48 04 88 33
mail : m.roussan@free.fr
Jean-Marc Guérineau 06 60 69 40 55
mail : jean_marc.guerineau@club-internet.fr

vendredi 8 février 2008

Politique de la psychanalyse

Avis:

Le texte qui suit, d'intervention de Madame Bachelot-Narquin, est repris par copier-coller, tel quel, d'un envoi d'abonnement à une liste électronique de l'ECF. Ceci pour mémoire: je commente ici rapidement, en cours de lecture, et parsème de quelques questions avec lesquelles on pourra accompagner la lecture de son discours...

1) Afin que chacun ne reste pas dans son coin à digérer le discours de l'autre, il convient tout d'abord de se rappeler que les psychanalystes ne participent pas en tant que tel au système de soin et encore moins à sa politique, ou à quelque politique de soin que ce soit; et ce, sans qu'il y ait forcément de frottement, contradiction ou divergence, se souvenir qu'une politique de la psychanalyse est nécessairement une divergence de fond quant à toute politique de la santé; le bénéfice que la politique de soin peut escompter en tirer: l'examen de son efficacité symbolique; -il n'y a en effet pas à considérer de manière préliminaire ces rapports entre politique de la santé, (qui est mise en oeuvre par l'État), et politique de la psychanalyse, (qui est la question que pose collectivement la communauté analytique, à dix mille voix une par une), soit rapport de force ou de pouvoir; la psychanalyse, aujourd'hui, on le constate, a pour politique de rouvrir le dialogue intime de la politique de la santé avec elle-même, à un moment où elle sort, la tête haute, d'une phase de confusion préliminaire; et il convient de garder à l'esprit que si nous voulons que la politique de la santé en sorte la tête haute, il est de notre devoir de l'amener à se délester du souci du contrôle de la pensée, toute norme en ce domaine ne menant qu'à une dégénérescience, pourrait-on dire, de l'accueil fait aux citoyens en situation de fragilité, qui sont, faut-il le rappeler, la cause des institutions.

2)Les psychanalystes peuvent-ils participer à la politique institutionnelle de soins? En tant que tels et en tout état de cause, l'impossibilité construite de leur présence en tant que telle sur le terrain institutionnel, donne la mesure du chemin à parcourir pour que la présence du psychanalyste soit inscrite comme possibilité dans les institutions de soin; et ce non pas au titre de psychologue ou de psychiatre ou de psychothérapeute, mais comme psychanalyste, et à ce « titre »: quelque concession que ce soit sur ce point précis rend inutile quelque discussion que ce soit du contenu même de la formation du psychanalyste et du contrôle du contenu de ce titre, que ce soit par les associations de psychanalystes, ou par quelque struture institutionnelle pour l'instant inexistante, et il faut bien le dire, indésirée tant des psychanalystes que de ceux qui s'adressent à eux, ceux à qui cette situation ne convient pas ne manquent pas par ailleurs d'adresses, celles-ci déjà citées: à savoir psychanalyste – tiret - quelque chose, ou bien, autre chose que psychanalyste, diplômé ou non.
3) Quelque soit l'intérêt des démarches pluridisciplinaires, les psychanalystes n'éprouveront guère d'intérêt à complémenter les démarches de soins qui leur font les yeux doux aux fins de tautologies bien illusoires; non que la psychanalyse ait à résister aux soins, mais a à ne pas participer à leurs incantations; me semble-t-il du moins.
4) Par conséquent, n'ayant à participer aux soins qu'à titre d'être consultés pour les discuter, ou entendre les discussions que soulèvent les soins et leur élaborations par des bonnes pratiques, celles-ci codifiées pour rendre applicable une politique de santé dont les buts sont nécessairement en partie voilés et les finalités structurellement incertaines, les psychanalystes ont donc à faire l'effort extraordinaire de se rendre disponibles pour être à même d'émettre un refus ou une acceptation à toute demande d'entretien, qu'elle émane d'un particulier ou d'une représentation institutionnelle : c'est en somme ce que la psychanalyse exige du psychanalyste, qu'il sache attendre d'er, à ce titre consulté, serait-ce par une institution. Ce serait bien confortable qu'il en soit autrement, mais tout autre politique à pour effet de faire disparaître la psychanalyse des terrains où elle se situe, universités, hôpitaux, on l'a vu par le passé. Il ne s'agit là que de discipline, de la discipline psychanalytique, puisqu'on ne peut pas parler des déontologie dans ce secteur d'activité, et que l'éthique recoupe un tout autre champ que celui d'un maintien en vie d'une matière, (discipline, méthode, ou ce que l'on voudra).

Mes amitiés et mes voeux les plus chaleureux aux participants du forum des deux jours qui viennent... À part ça, abonnez-vous au nouvel âne, qui va être indispensable dans les temps qui viennent, en plus d'être un journal vraiment excellent.

DK

ndé: lien sous titre http://www.passant-ordinaire.com/revue/34-228.asp


ecf-débats
liste électronique du Conseil de l'Ecole de la Cause freudienne
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Modérateur :Luis Solano 7 février 2008

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Intervention
par Madame Roselyne BACHELOT-NARQUIN
Ministre de la santé, de la jeunesse et des sports
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COLLOQUE

sous la Direction de Mr. Jacques-Alain MILLER

DÉPRIME - DÉPRESSION
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-Vendredi 1er Février 2008-
à 18h00
(MINISTÈRE DE LA SANTÉ, DE LA JEUNESSE
ET DES SPORTS)




Mesdames et messieurs,

Cher Jacques-Alain Miller,


Au risque de vous surprendre, risque que j’assume avec un plaisir non dissimulé, je voudrais ouvrir mon intervention par une citation du Président de la République : « la politique de la vie, c’est une politique qui part du principe que la qualité est plus importante que la quantité, que s’agissant de ce qui touche intimement à la vie, les critères qualitatifs sont plus importants que les critères quantitatifs ». Et d’ajouter : « c’est bien pour cela que la politique existe : parce que tout n’est pas quantitatif ».

La ministre de la qualité des soins que je veux être reprend volontiers à son compte de tels propos. Il convient, en effet, d’accorder ici aux mots toute leur valeur, d’en restituer la portée éthique, d’en déchiffrer, oserais-je dire, le sens.

En matière de santé, comme c’est aussi le cas pour la culture ou l’éducation, l’action publique ne saurait, sans trahir sa finalité, se réduire à la seule gestion des choses.

Cette maison qui vous accueille aujourd’hui, et dont vous saurez interpréter comme un signe, l’hospitalité, est une de ces maisons communes dont la vocation publique justifie l’ouverture au débat.

L’administration de la santé elle-même ne saurait être, par principe, par destination, une administration sans âme et sans épiderme, insensible aux exigences de la vie.

Et cela, d’autant moins, je tiens d’entrée de jeu à le souligner, que c’est bien la finalité qualitative de notre politique qui doit désormais structurer notre appréhension des problèmes.


Ainsi, les questions de santé publique qu’il nous revient de traiter ici, compte tenu de leurs enjeux éthiques, ne sont pas, malgré leur complexité, ou plutôt devrais-je dire, à cause de cela, l’affaire de quelques spécialistes isolés.


L’élaboration d’une politique de santé exclut, par définition, le cloisonnement disciplinaire : expression en elle-même assez éloquente sans qu’il soit nécessaire d’en redoubler l’énoncé par quelques commentaires.


La complexité des enjeux exige plutôt une méthode toute particulière, adaptée à l’objet de notre réflexion. Esprit de géométrie et esprit de finesse doivent ainsi s’allier pour appréhender une réalité qui, par définition, ne saurait se réduire à quelques abstractions mathématiques.

Sachons donc résister à ce triste tropisme qui consiste à tenir séparés des domaines de compétences qui devraient, au contraire, se fertiliser réciproquement par la pratique de l’échange.

La science, elle-même, pour quiconque est un peu sérieusement instruit de son histoire, est plutôt rétive aux réponses toutes faites, et ne doit ses progrès qu’à la capacité de questionner son propre savoir.

Certes, la certitude est généralement plus rassurante que le doute. Cependant, à mes yeux, ce sont, plutôt que le dogme asséchant, les bonnes questions, celles qui dérangent, qui valent d’abord d’être entendues.

Ce sont elles qui, toujours, nous aident à progresser dans la réflexion, nous protègent des simplifications abusives, de la grossièreté scientiste.

Aussi je ne puis que me réjouir que résonne entre ces murs cette parole vive, cette libre parole qui interroge.

Je suis fière, en effet, de vous donner ici l’occasion de tenir ce colloque sur déprime et dépression, l’occasion de poser les questions qui font et qui doivent faire débat, compte tenu de leurs implications éthiques.
*

Je voudrais m’arrêter ici, un instant, pour invoquer, non pas quelques principes abstraits, mais plus précisément le scrupule méthodologique dont la vertu essentielle est d’infléchir sensiblement notre manière d’être vis-à-vis de celui qui souffre.

Cette exigence éthique que Freud situe au cœur de la pratique analytique, et qui a profondément modifié le regard que nous portons plus généralement sur l’humain, sur sa vulnérabilité, détermine bien le sens de la politique que je veux conduire, suivant une démarche résolument qualitative.

Le fondateur de la théorie psychanalytique a aussi mené en son temps un combat pour la liberté, contre le préjugé et l’ignorance.

Les progrès accomplis depuis, en matière de diagnostic et de traitement, et plus largement dans la perception même des troubles psychiques sont, pour une part sensible, redevables à ce combat.

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que les troubles psychiques, appelés hystéries, suscitent encore, à l’époque de Freud, la méfiance du clinicien.

Si, jeune neurologue viennois, le père de la psychanalyse élabore l’hypothèse révolutionnaire de l’inconscient, c’est d’abord pour expliquer des phénomènes pathologiques dont la médecine jusqu’alors ne savait rendre compte scientifiquement.

Objet d’étonnement, de réprobation, condamnés avant d’être soignées, craintes et parfois tournées en dérision, ces pathologies ont été jugées bien avant que d’être comprises. Ces temps, nous pouvons l’espérer, sont révolus.

Il reste, cependant, encore beaucoup à faire et à apprendre. Certes, le regard social a changé. Les traitements se sont perfectionnés. Les derniers développements des sciences humaines, les contributions croisées de la philosophie, de la psychanalyse et des sciences ont favorisé l’émergence de nouvelles problématiques.
*

L’humain, en raison de l’indétermination ontologique qui fonde sa complexité, résiste à toute modélisation.

La prise en compte de cette complexité impose, de toute évidence, de s’inscrire dans une démarche pluridisciplinaire.


C’est dans cet esprit, notamment, que je compte initier une politique de prévention innovante qui puisse davantage bénéficier de l’apport des sciences humaines.


Alors même que la nouvelle donne planétaire induit partout de profondes mutations, nous ne devons pas hésiter à réviser quelques unes de nos glorieuses certitudes et à réformer nos modalités d’intervention.

A cet égard, il conviendra sans doute de repenser la manière même dont nous nous adressons aux individus, en veillant à nous rendre plus disponibles à la surprise de l’événement singulier.

Aussi, je crois que la réflexion analytique a un rôle essentiel à jouer dans les débats de santé publique.

Je crois aux vertus de l’échange entre les différentes disciplines, échange qui suppose toujours la pluralité des points de vue et des expériences spécifiques, échange qui permet aussi parfois d’éviter la fadeur artificielle du consensus mou.
*

Je suis donc très heureuse que puisse se tenir ici, dans cette maison que je ne conçois pas comme une citadelle sans porte ni fenêtre, un colloque dont les contributions riches et variées ouvriront des perspectives de réflexions fructueuses.

Je vous souhaite à toutes et à tous bonne continuation dans vos travaux dont le programme chargé indique bien votre souci d’explorer, suivant ses nombreuses configurations, le territoire contrasté de la dépression.

Je suivrai, soyez-en assurés, avec la plus grande attention les conclusions de ces journées. Vous savez d’où je parle.

Je vous remercie.
________________________

dimanche 18 novembre 2007

Jacques Lacan et Jacques-Alain Miller, D'un discours qui ne serait pas du semblant.

Une magnifique illustration en première de couverture, un portrait de l'empereur de Chine Kangxi, représenté, par des artistes anonymes de la cour, en scribe ou dessinateur assis à sa table précieuse, comment ne pas y voir à la fois une représentation ou Jacques-Alain Miller nous donne ironiquement à voir comment, dans ce travail de transcripteur-co-auteur, il se donne image à lui même, comment ne pas être sensible au clin d'oeil qu'il fait à tous les autres transcripteurs qui ont travaillé à décrypter une expression subtile et équivoque, si l'on veut bien se pencher davantage sur le document qui repose sur cette table, et s'apercevoir qu'il s'agit sans aucun doute d'une carte géographique, qui nous induit à revoir l'empereur préparer, pinceau à la main, un plan de campagne? Ne faudrait-il pas y voir un rappel au sérieux de la chose analytique, dans son insertion à la réalité sociale, celle des autres, et non pas seulement celle de l'entre-soi du lien social des sociétés analytiques, et ce au moment même où il semble que les psychanalystes n'aient plus guère à compter que sur eux-mêmes, pour ce qui concerne la représentation de leur présence ailleurs que dans l'imaginaire phobique qui se construit à leur endroit?


C'est alors qu'on lira ce titre, « D'un discours qui ne serait pas du semblant », comme une provocation à ne pas laisser les inscriptions de la psychanalyse être effacées par les fracas des propagandes sanitaires qui visent à renforcer l'emprise d'un système de soin inscrit dans une idéologie ultra-consumériste, ne laissant d'être au sujet que ce qu'il a d'utilitaire sur le marché du travail. Comment sortir de cette bécane bruyante et chaotique qui veut nous convaincre que l'universel suppose la destruction du particulier?


Et puis, cette quatrième de couverture(1), absolument magnifique, aguichante, mettant en quelques mots l'imaginaire à sa place, du côté de l'éthologique, définissant les semblants comme des signifiants imaginaires, et l'enjeu comme étant d'y trouver matière à science, en les distinguant bien du réel de la jouissance, qu'ils voilent et présentifient à la fois, d'emblée incite à une relecture de ce séminaire XVIII, qui, dois-je l'avouer, est l'un de mes préférés, pour sa concision dans le dit, sa tension vers le trait épuré, la simplicité dans le dire. Et à vrai dire j'envie les lecteurs pour lesquels cette version authentique de ce séminaire, puisque c'est bien ainsi qu'elle se situe au regard de l'histoire, sera la première qu'ils tiendront, pour le raffinement qu'elle leur présente, d'une psychanalyse freudienne enfin débarrassée de ses mythologies.


Eloge, ne taris point! A force d'y lire, on finira par y entendre! Encore un manuel anti dépression (2)!


DK


notes et liens url:

sous-titre: http://720plan.ovh.net/~causefre/peel/achat/produit_details.php?id=229

(1):
http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://www.causefreudienne.net/site/wp-content/themes/vero-2007/images/titre_publications.gif&imgrefurl=http://www.causefreudienne.net/publications/actualites/&h=350&w=130&sz=2&hl=fr&start=1&sig2=TUXG_ufvf1BAAvfC1D-4aA&um=1&tbnid=-uii2jSBrbHAAM:&tbnh=120&tbnw=45&ei=6NM_R4edF4yewwGa99TUCA&prev=/images%3Fq%3DJacques%2BLacan%2Bet%2BJacques-Alain%2BMiller,%2BD%2527un%2Bdiscours%2Bqui%2Bne%2Bserait%2Bpas%2Bdu%2Bsemblant.%26svnum%3D10%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN

(2): http://www.hydra.umn.edu/lacan/vid/ et aussi

http://www.evene.fr/livres/livre/jacques-lacan-television-3871.php

mercredi 18 juillet 2007

Encore plus : séminaire Encore, Ecole Freudienne de Paris, du nouage entre psychanalystes.

Encore du colloque.


Ce n’est pas la déception que j’y ai trouvée, à ce colloque. Je dirai plutôt, j’essayerai de le faire savoir, qu’elle a été la grande absente à ce rendez-vous pas du tout manqué. Je soutiendrai que c’est la déception qui a manqué à cette rencontre, pour être à la hauteur de nos espoirs.


Il est vrai que j’ai été plutôt verni ; je ne voulais pas venir, pour des raisons que je me représentais comme de distance ; j’ai évidemment subi d’autres colloques avec d’autres espoirs qui ont été régulièrement déçus, dans la mesure où non seulement j’en étais reparti sans y avoir appris quoi que ce soit, mais chagriné par l’ambiance épaisse et confinée de rapports sociaux établis et inamovibles ; j’avais un préjugé acquis, sévère, désespérant.


Par rapport à quoi, heureuse surprise, s’est enfin matérialisé à mes sens qu’il restait quelque chose d’absolument vivant de ce qui a eu lieu avec, par et au travers du, des séminaires de Jacques Lacan, des séminaires en tant qu’ils font partie intégrante et indissociable, je dirai même plus, indissoluble de son travail de psychanalyste. J’ai trouvé, ce qui ne pouvait sembler sans doute à la plupart des personnes présentes que retrouvaille amortie, alanguie, que le nœud qui réunissait ceux qui ont été membres de l’école freudienne de Paris, n’avait pas été défait par la dissolution de celle-ci voulue par Lacan, et que la persistance de ce lien après et avec la dissémination fait la preuve de la robustesse de l’institution de la passe comme institution d’un lien, d’un nouage entre les psychanalystes au-delà des institutions qu’ils se donnent par écrit, pour s’inscrire dans le social, pour s’écoller, pour travailler ensemble. Je le dis, je le constate, j’en assume le paradoxe. Peut-être y verrez-vous une fantasmagorie, un désir d’une école disparue ? Ce dont je me suis aperçu au contraire, c’est que la succession de l’ex-EFP a été prise par un certain nombre d’écoles dont il me paraît vain de faire la liste, qu’il me paraît vain de chercher à dénombrer, parce que la liste ne peut se clore, parce que leur labilité est l’une des meilleures garanties de persistance de psychanalyses.


Dans cette perspective, ce que j’ai entendu me conduit à rapporter qu’aucune des positions énoncées par les différents intervenants ne marque la moindre tentative de mainmise ou de hiérarchisation d’école sur « la » psychanalyse, ou des écoles entres elles. J’ai constaté, c’est une heureuse surprise, une attention et une tolérance aux énoncés d’autrui chez tous. Une attention et une tolérance d’ailleurs sans la moindre nuance niaiseuse, puisqu’il y a eu un peu de houle pour bien marquer les divergences, des bousculades de provocations qui pourraient chagriner si l’on oubliait qu’il s’agit là de propos échangés entre des personnes qui s’entendent assez pour pouvoir se parler sans détours, et destinés à la cantonade (à laquelle s’adressait Lacan ?) pour y rappeler que le psychanalyste n’est pas en sucre.


Si j’ai quelque chose à retracer, c’est que ce colloque a été un témoignage porté par ceux qui ont parlé de la ou des positions où ils ont été menés du fait de leur passage chez Jacques Lacan. Je suis absolument ravi de n’y avoir pas entendu la moindre bigoterie lacanienne. (note du 18/07/07: en vlà une!). Cela marque que le travail de transcription, pour sérieux qu’il soit, ne constitue pas plus d’église que de chapelles.


J’avais idée, il y a quelque temps, que le travail de transcriptions, en tant que travail à faire ou ne pas faire, était un domaine réservé à ceux qui avaient été aux séminaires, tel un legs à dissiper ou à transmettre. Tout du moins, comme il apparaît clairement que le texte du séminaire n’existe pas en tant qu’écrit par Lacan, et que pour des raisons de légalité comme de légitimité il ne peut en venir à exister que co-écrit, il ne me paraît pas moins limpide qu’il convient de distinguer le travail de transcription auquel chacun peut s’essayer, du travail d’établissement d’une rédaction à diffuser, à éditer, qui met en jeu le principe de référence à la loi, mais renvoie aussi par un certain biais je crois, à la question de l’arbitraire du signe. Pas la peine que j’en dise plus là-dessus, j’accepte bien le sarcasme sur la transgression, que je trouve plein de drôlerie distinguée, d’autant qu’il fait la part des choses entre la transcription/lecture/interprétation qui s’effectue un peu partout, (dans tous ses errata), et les diffusions « micrologiques » qui non seulement risqueraient de ne pas trouver preneurs, mais éloignent les écoles des questions macrologiques qui se tendent vers elles, et qu’elles négligent, dédaignent, et confondent avec des questions sociologiques pour des raisons dont René Lew nous a donné un aperçu.


Peut-être vais-je choquer si je dis que la position de Jacques-Alain Miller de ne pas dévoiler d’avance quel séminaire il projette de mettre en chantier pour la suite, ne m’étonne pas plus qu’elle ne me chagrine : j’y vois une position qui relève de l’association libre, dans toutes les dimensions qu’on veuille bien donner ici à ce terme. Si je dis que j’y vois une position éthique, l’on me sifflera le contre-argument que l’éthique consisterait à avoir déjà donné tout tout de suite, dans le bon ordre sur lequel on peut consensualiser, et je répondrai que c’est faire beau jeu du droit, irai-je jusqu’à dire celui qui consiste à prendre place de témoin sur la scène primitive, en espérant que les sifflements s’accordent pour produire une harmonie perdue. Je dis juste qu’il n’y a pas à désespérer de l’établissement des séminaires, un par un, et à espérer qu’ils seront lus comme ils n’ont pas été entendus.

Les jeunes : depuis vingt-cinq ans, je constate régulièrement que je suis l’un des plus jeunes à ce genre d’occasions. Je ne sais pas si les «jeunes» se régulent de trop près sur le principe d’abstinence freudien, s’ils sont trop ou pas assez charriés de et par Lacan. Cela n’a rien d’insultant de dire qu’il y a une vulgate lacanoïde qui se propage, simplificatrice, dogmatique, alexique. La micrologie est effectivement un outil de réparation des ravages de cette vulgate, mais ne suffit peut-être pas à en éteindre la cause, et il semblerait que le mal se propage plus vite que le remède, d’autant que celui-ci a un effet de sélection plus que de réduction du trouble aphasique en question. L’édition populaire des séminaires n’y portera remède que si la micrologie s’emploie à en disséminer la partition plutôt que la lettre : je ne crois pas à une version d’un retour à la lettre, je penche plutôt vers un maniement de la lettre comme lettre volée, à condition que l’on admette qu’il y ait incertitude de principe sur l’identité de qui la détient, pourvu qu’on ne soit pas sans s’en délester au plus vite…



Alors je trouve que ce colloque laisse quelqu’espoir que la psychanalyse perdure avec ses alea de transmission que cache la forêt de transcriptions. Il y a eu des dialogues qui ont repris après quelques points de suspensions. C’est cela qui s’est passé, à ce colloque, non pas une ébauche, ou une reprise, mais un témoignage de ces dialogues auxquels les psychanalyses préparent : il ne tient qu’à ceux qui y sont intéressés de les poursuivre, de sorte qu’à la prochaine occasion, il soit à nouveau plus enviable d’être présent dans la salle qu’à parler du podium pour donner à entendre.


Bien cordialement à toutes et à tous, avec ma gratitude envers les colloqueurs et bien des colloqué(e)s.


D.K.