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samedi 22 novembre 2008

ENTRETIENS D’ACTUALITÉ - CPCT

Une contribution au travail de l' ECF sur les CPCT


le jeudi 20 novembre 2008


De la misère à l’ivresse du pouvoir

Très cher JAM,

Cela a été pour moi une bonne surprise, un soulagement, qu'il y ait une réaction au recouvrement momentané, mais problématique, de l'école – son fonctionnement, sa structure hiérarchique – par le mouvement en spirale des CPCT et de leurs promoteurs.

Manque et misère

Cette spirale est déterminé par l'emplacement de son point central, qui est la misère, finalement l'aporie, le manque.

ça manque. ça manque de lieux pour entendre pour les institutions et pour le social – ça manque de psychanalyste pour les victimes de l'exclusion générée par la structure des différents lieux d'accueil – ça manque de patients pour les jeunes ou les futurs psychanalystes – ça manque de vitrine d'exposition pour la psychanalyse, de lieu d'épreuve du discours analytique à opposer méthodiquement aux évaluateurs – ça manque de lieu pour dire l'utilité de la psychanalyse et sa loyauté à l'égard de la société et de ses lois – et, pour finir, ça manque d'argent pour faire tourner les CPCT.

Cette question de l'argent, par le biais de la subvention, a été le point exquis qui a révélé la limite à partir de laquelle les CPCT courent le risque de sortir du discours analytique pour répondre à la demande sociale, institutionnelle étatique, et à son hystérie de l'urgence.

Voilà pourquoi ces Entretiens sont très précieux : ils nous montrent que les acteurs des CPCT ne sont pas massivement prêts à faire le "n'importe quoi" de convenance pour laisser les CPCT se développer à la manière de nodules cancéreux, ainsi qu'il est attendu.

Impossible de former du psychanalyste à partir des CPCT

Il n'est pas très étonnant que la question de la différence ou de la limite entre la psychanalyse pure et la psychanalyse appliquée pointe immédiatement le bout de son nez, puisqu'il est impossible de former du psychanalyste à partir des CPCT, même si ces lieux peuvent se trouver sur le parcours de la formation de psychanalystes.

Après tout, il y a vingt ou trente ans, lorsque nous commencions à exercer, beaucoup d'entre nous se sont trouvés dans la situation d'avoir à opérer des déplacements de leur pratique, et cela a permis qu'un psychanalyste soit présent dans des cadres pas tout à fait ad hoc (formation, actions auprès de publics ciblés), mais pourtant compatibles alors avec l'accueil et l'opérativité de certains registres imaginaires et symboliques. Des psychanalystes étaient là à l'oeuvre pour provoquer les sujets à sortir de cette position de plaideurs souffrants à laquelle contraignent certains lieux d'accueil (de vie, de soins, d'entraide, de rencontre...).

Par la suite, de nouvelles exigences institutionnelles d'évaluation, de chiffrage, d'affaiblissement des coûts, se sont interposées entre eux et ces publics (à la fois causes et cibles de toutes ces interventions), pour finalement éliminer leur présence du terrain et laisser en plan de nombreuses questions..

Les psychanalystes disparus

J'ai eu l'occasion de discuter avec Jean-Pierre Klotz, qui est passé me voir il y a quelques jours. Je lui ai dit que je pensais que vous aviez quelques coups d'avance, que vous vous doutiez de l'évolution que suivraient les CPCT.

En effet, on connaît les fonctionnements sociaux au niveau de la demande de subvention – qui s'effectue au coup par coup, où il s'agit de monter des coups pour des publics très restreints et de dénomination précise. Et ce sont les conditions mêmes qui ont provoqué la disparition des psychanalystes un peu partout depuis vingt ans.

On voit bien ce qu’a coûté à la psychanalyse l'erreur faite par Michel Rocard, en signant les décrets d'applications de la loi de 1985 : elle a pour effet que fort peu de psychologues se dirigent vers la psychanalyse, et qu’ils le font plus tardivement, avec une capacité de lecture sans doute moins bonne. Massivement, ils se dirigent vers les TCC qui les digèrent en deux ans.

Jean-Pierre m'a dit que vous n'aviez pas particulièrement prévu ou anticipé ce qui se passe. Quoi qu'il en soit, vous avez réagi au bon moment et au bon endroit. J'ai bien aimé l'argument des Lyonnais, small is beautiful, et qu'on les laisse rester petits...

Argent et vérité

Les CPCT ont fait apparaître que le scandale, le point de butée, c'est le fait d'avoir quelque chose à payer de sa poche pour rencontrer quelqu'un qui puisse être un opérateur de changement. Ce fait, il va falloir réussir à l'intégrer dans une réflexion globale sur la place de l'argent dans la symbolisation du désir au niveau des idéaux collectifs.

En effet, courir après les subventions, (une fois enrayé les processus de prolifération cancéreuse), n'est rien d'autre qu'un acting out. Quelle est la situation ? Le sujet se refuse à payer pour son désir, et tous les acteurs du système lui mentent – le psychanalyste aussi – en soutenant qu’il peut s’en passer, le conduisant ainsi à la misère, ou l’y fixant – j'ai assez travaillé dans le milieu de la misère pour le savoir. Cela conduit le sujet à se défausser de la vérité de son symptôme, même si le psychanalyste prétend qu'il ne saurait en être question.

C’est en fait un tour de passe-passe entre manque et profit : on vise un profit pour la psychanalyse au prix d'un relâchement éthique. Le sujet devient juste l'occasion de faire savoir que la psychanalyse existe, il ne sert qu'à sa représentation.

Pour produire cette publicité, on se met à courir derrière le plus-de-jouir de la subvention. Cela rapporte à l'Etat une tranquillité certaine du côté des psychanalystes, les subventionnés du moins – et les autres, on les oublie.

C'est à cela que, très salutairement, vous avez réagi, je crois. Est-ce qu'on en est toujours et encore à se compter?

L’ivresse du pouvoir

Vous avez réagi au bon moment et au bon endroit – mais qui d'autre, ayant réagi, aurait été entendu ?

Je me demande aussi quelle est la part de normalisation que votre intervention provoque en questionnant la dérive.

C'est tout de même franchement infect que la fuite en avant dans le "struggle for life" institutionnel ait pu avoir lieu dans des CPCT, où pourtant toutes les conditions de reprise, de contrôle et d'analyse sont en place. Cela fait bien voir que les CPCT peuvent être de l'Ecole, mais que l'Ecole ne peut être réduite aux CPCT, ni chienne, ni soumise.

De manière plus générale, il est tout de même remarquable que les problèmes de pouvoir et d'ivresse du pouvoir prennent autant de place dans l'Ecole.

Vu de loin, on dirait que dans l’École, le savoir n’est qu'un outil adéquat à acquérir du pouvoir. Et, comme toujours dans ce cas, c'est un pouvoir qui ne sert qu'à maintenir un semblant à la place du manque-à-savoir.

C'est une caractéristique de cette École, non? Et qu'il faudrait changer, je crois.

Bien à vous.

jeudi 24 juillet 2008

Du Nouvel Âne.

Le Nouvel Ane annonce la parution de son numéro 9 qui sera diffusé à partir de septembre. Quelques extraits visibles à cette adresse:

http://www.lnaglobal.org/

Dans ce contexte actuel si déplaisant, (voir Université de Psychanalyse ci -dessous), une goulée d'air indispensable en ce temps d'étouffement.

On peut également s'informer en lisant les quelques livres proposés ici, dont la version papier de ce blog, dont le numéro trois est en préparation.

J'admirais hier la pugnacité du SIUEERPP dans son adresse à Bernard Accoyer: ce dernier va-t-il se révéler féal et authentiquement porté par une volonté de vérité, dans son intention de protection du public? Ou bien le Président de l'Assemblée Nationale va-t-il, de son perchoir, dénoncer les engagements de fidélité pris envers les victimes, qu'il prétend si nombreuses, des charlatans dénués de diplômes hébergés par la laxité de l'administration envers les psys? Là où chacun s'étonne de voir avec quelle facilité les diplômés se transforment en charlatans dès qu'ils abordent le domaine psy, s'octroyant des titres inexistants d'expert ou de spécialiste en telle matière d'enfance, d'adolescence, de tel symptôme, Bernard Accoyer reste persuadé que ce sont les quelques sous-diplômés qui génèrent tant de plaintes si évidemment fondées... Alors, Accoyer ira-t-il jusqu'à se ranger derrière ceux dont la volonté de nuire à la psychanalyse est évidente et déclarée, en se protégeant derrière la grille du silence ou pire, du faux-fuyant en réponse à cette interpellation publique?

Eh bien voilà, parmi les surprises que l'été nous réserve, (1- que va-t-il advenir de l'enseignement de psychanalyse dans les universités, 2- comment les associations de psychanalyse vont-elles se positionner par rapport à la nouvelle université de psychanalyse, 3- qui est Bernard Accoyer révélé à la lumière de l'interpellation du SIUEERPP?), de quoi méditer en se préparant à l'action, puisqu'il y a un point de non-retour après lequel les mouvements vont se précipiter, on le souhaite de manière cohérente et organisée, structurante pour l'avenir de la psychanalyse et des dimensions de la culture avec lesquelles elle est en prise directe, (fait qui semble bel et bien avoir été totalement négligé par ses adversaires aveuglés par la haine et guidés par la bêtise.

DK

mercredi 9 juillet 2008

Université de Psychanalyse

J'ai reçu cette information très importante le 7 juillet; je la répercute avec un peu de retard; commentaire en cours de rédaction. -DK


Communiqué



Les instances de l’Institut du Champ Freudien en Espagne (Réseau de Formation Continue en Clinique Psychanalytique), de l’École Lacanienne de Psychanalyse et le réseau des CPCT en Espagne, associés dans la Fondation pour la Clinique Psychanalytique d’Orientation Lacanienne, ont donné leur accord de principe pour la création d’une Université Européenne de Psychanalyse.


En effet, le moment est arrivé de donner une réponse sur le registre universitaire, et depuis l’Orientation lacanienne, aux problèmes actuels qui ont vu le jour en Europe à partir des tentatives de réglementation du monde “psy” et des psychothérapies.


Miquel Bassols

commentaire:


I


(12/07/08)

A nouveau dans sa déclaration transcrite dans le Point avec quelques modifications, Bernard Accoyer reprend son thème du « vide juridique », que l'on retrouve aussi bien dans la version « originale » que dans celle parue dans le Point. Il y a certainement un glissement, une nuance qui enfin est venue troubler d'une ride le lisse très travaillé du discours de B. Accoyer : en effet il est là clairement énoncé que le « vide juridique » dont parle cet homme qui a décidé de prendre en charge la pensée collective et de créer un corps de métier destiné a en corriger les défauts, concernerait le fait de ce qu'il dénomme une « autoproclamation », alors qu'il est évident pour tous qu'il s'agit d'une déclaration auprès des institutions publiques, (Trésor, Impôts, Sécurité Sociale, Insee...). Qu'il n'y ait pas eu lieu de présenter un diplôme, (inexistant) de psychothérapeute pour exercer, personne jusque là n'avait eu lieu de s'en faire un cheval de bataille. Il semble que s'en prendre au corps de métier le plus fragile, qui est celui qui s'occupe des personnes les plus fragiles, et ce au nom des associations de parents et/ou de « personnes fragiles », soit politiquement des plus payant. Chacun se doute bien qu'il y a eu là un certain nombre de manipulations de ces populations, véritablement blousées à cette occasion. Jusque là, il avait semblé que le vide juridique portait sur la protection des personnes, et sur une certaine difficulté de recours, qui reste à mettre en évidence par autre chose que de vagues déclarations de portée générale qui noient le poisson.


Je vous laisse apprécier la présentation des arguments d'intention, si possible, à la lumière de l'article freudien « die Verneinung », « la dénégation »; vous apprécierez particulièrement ce passage qui justement a été modifié, dont on voit ce que chaque version cherche à masquer, sans y aboutir, pour une raison spécifiquement freudienne :


  1. « Ne prétendant ni encadrer la prise en charge psychologique, les psychothérapies, ni remettre en cause en quoi que ce soit la psychanalyse, le législateur a souhaité combler un vide juridique »...

  2. « Qui veut la mort des psys ? Certainement pas le législateur ! Ne prétendant ni encadrer la prise en charge psychologique, ni remettre en question, en quoi que ce soit, la psychanalyse »...

On appréciera...




version originale :


« Ne prétendant ni encadrer la prise en charge psychologique, les psychothérapies, ni remettre en cause en quoi que ce soit la psychanalyse, le législateur a souhaité combler un vide juridique par lequel tout un chacun peut, en France, s'autoproclamer psychothérapeute et visser sa plaque. Or, qui peut souhaiter que des personnes en souffrance psychique, psychosociale ou psychopathologique, se confient à n'importe qui, sans aucune garantie de formation ni de compétence? »

....


version parue dans le Point n° 1867 du 10/07/08 :


« Qui veut la mort des psys ? Certainement pas le législateur ! Ne prétendant ni encadrer la prise en charge psychologique, ni remettre en question, en quoi que ce soit, la psychanalyse, le législateur a souhaité par la loi du 9 août 2004 protéger les personnes, en comblant un vide juridique par lequel tout un chacun peut s'autoproclamer psychothérapeute, sans aucune garantie de formation ni de compétence.

« Les victimes de ces psychothérapeutes autoproclamés se comptent en France par milliers. Par incompétence ou par appât du gain. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, les familles de malades, les associations de victimes ne cessent de le répéter. C'est uniquement à cela que le législateur a entendu remédier. »



Depuis cinq ans Bernard Accoyer nous répète le même argument, à savoir qu'il se compte des milliers de victimes; il est malheureux que cet argument précisément ne doive justement pas conduire à ce que ces personnes en situation de fragilité ne deviennent victimes de personnes proclamées psychothérapeutes par l'Etat, et ce au mépris des professions concernées par la chose psy, et qui sont très loin, dans l'ensemble, de cette description du professionnel autoproclamé par appât du gain. Il est très étonnant qu'en cinq ans Bernard Accoyer n'ait rien voulu entendre ou retenir des réponses qui lui ont été faites par les personnes mêmes qui sont celles aptes à lui répondre. Et au contraire, voilà-t-il pas qu'une fois de plus les professionnels du travail psychique se trouvent mobilisés contre ces institutions sensées les accueillir sur le constat fait que ces mêmes institutions agissent à l' opposé de ce qu' il est convenu de cerner comme geste utile à la résorbsion d'une situation déjà critique. Il semble bien que les services ministériels aient perdu le nord.


II


(17/07/08)

Après ce rappel de la situation concrète et présente de la question psy en France, dont bien des éléments laissent penser que la crise créée par Bernard Accoyer et ce qui s' inscrit dans ce type de raisonnnement infalsifiable, (le discours du maître ne s'embarrasse pas d'un rapport constant et déterminé avec la vérité qui seul permet la formation du jugement solide), ne cessera pas de sitôt, et ce, quelques soient les réécritures successives des décrets d'application et autres arrêtés qui y sont appendus, quelque soit le moment où cette écriture en folie s'arrêtera pour publication et application des décrets. Certes François-Régis Dupond-Muzart nous a amplement fait la démonstration qu'il n'y avait qu'une lecture possible de cet amendement, et que par conséquent, les décrets d'application devraient d'autant moins poser de problèmes ou de questions qu'il serait avéré qu'ils soient destinés à offrir de meilleures garanties de qualités de formations des psychothérapeutes, et de meilleures garanties offertes au public d'une protection effective contre les praticiens abusant du transfert pour des raisons idéologiques ou névrotiques, la passion de l'argent n'étant guère la plus représentative des glissements de sens de la vocation, puisqu' un rapide examen des revenus des praticiens démontre amplement que n'importe quelle profession est préférable à celle de psy lorsqu' on souhaite s' enrichir, surtout sans trop de fatigue.


L'état réel de la formation des psychanalystes se trouve très loin au dessus de toutes les exigences jusque-là formulées pour l'obtention du titre de psychothérapeutes, il suffit d'observer les réactions des organisations de psychologues pour s' apercevoir que ce qui est renvoyé aux rédacteurs de ces décrets et arrêtés travaillant dans les différents services ministériels, c'est qu' invariablement ces décrets ne serviront qu' à faire baisser la qualité des services de psychothérapie dans un contexte où il n'y a par ailleurs pas à se glorifier, [une erreur de frappe m' a d' abord fait écrire « se gorifier » ; je le signale à l'attention des lecteurs un peu informés], du sérieux des formations dispensées.


Le moindre examen de l' offre de formation en matière psy, pour autant qu'on veuille bien ne pas trop se demander ce que signifie exactement ces termes « d' offre de formation » , conduit à conclure qu'en dehors de l'Université, (de psychologie ou du département de psychanalyse malheureusement unique) , et de quelques organisations de psychothérapeutes qui ne se contentent pas de quelques week-ends dans les prés, ainsi qu'en dehors des effets de formation produits conjointement par la psychanalyse personnelle et la fréquentation studieuse des associations de psychanalyse où l'on travaille beaucoup et en permanence, il n'existe rien d'assez considérable pour occuper plus que quelques centaines d' heures l'attention d' un sujet soucieux de se former à quelque chose. Et rien ne dit, évidemment, que ces quelques centaines d' heures transmettent un savoir nécessaire et suffisant.


On ne peut donc conclure qu' une seule chose : c'est que les différents services ministériels, pour plonger comme un seul homme dans la même erreur d' appréciation, et revenir invariablement dans les mêmes ornières dont les « psys » sont quittes de toute accusation de les y avoir invités ou poussés, sont nécessairement contraints de se plier à des consignes venues d' on ne sait où, de se plier à une cohercition qui submerge leurs capacités à anticiper et à corriger les effets pervers qui suivraient la mise en application des dernières écritures fournies. Et pire, en eux-mêmes, ce décret adjoint à ces arrêtés crée de fait une situation où le transfert au psychothérapeute, sur lequel repose la capacité de son action, se voit d' emblée amenuisé, dès lors que soumis à des conditions administratives, et dès lors que le savoir lui-même faisant office de contenu de sa matière serait défini par voie administrative : peut-on administrer le savoir sur le sujet comme l'on administre les sommes allouées aux thérapies ? C'est le pari fait par cette « voix venue d'en haut », qui dicte ses conditions et sa théorie de la conduite humaine, sans la moindre référence à quelque culture que ce soit de la question. Un tel savoir est un savoir fou. De cette mégalomanie ne sortira rien qui vaille qu'on se forme à l'appliquer. Quant aux demandeurs de psychothérapies, pour autant qu'il leur reste un rien de raison, il est prédictible qu'ils fuiront à grands pas ces psychothérapeutes d'Etat. Il serait bon que les différents « acteurs » sur le terrain en prennent la mesure de manière anticipative.




III


(suite et fin 21/07/08)

J'en viens enfin à ce qui fait proprement le propos de ce billet. Chacun se rend bien compte qu' il est actuellement difficile à une chatte d' y reconnaître ses petits. La seule évidence c'est que les services ministériels, après avoir promené les uns psychothérapeutes comme les autres psychologues ou psychanalystes durant plus de quatre ans, en reviennent à leurs positions de départ, très rigides et sourdes à toute argumentation raisonnée ; l'on garde l'impression que les ministères détiennent dès le départ une vérité ineffable sur la question, qui leur vaut de pouvoir s' abstenir de prendre le moindre avis auprès des quelques centaines de personnes qu'on peut estimer capables de fournir des éléments de réflexion dans ce domaine, et permettre une approche tant soit peu éclairée ; mais il nous faut comprendre que la clarté des lumières dont dispose abondamment nos ministères efface les autres et les chasse dans l' ombre ; il nous faut également comprendre que nos esprits sont trop misérables pour être accessibles à ces clartés qui aveuglent nos rédacteurs de décrets et autres arrêtés.


De manière collatérale, les enseignements dans les facultés de psychologie sont charcutés à la mode cognitiviste, cette mode qui ne retient de l' intelligence que la capacité de répétition au détriment de la construction du raisonnement argumenté ; où un petit nombre de vérités intangibles sont déclarées taboues, inamovibles, parce qu' occultation nécessaire à la construction d'une théorie tautologique, d'une part, et parce qu' impossible à amener par argumentation raisonnée, d' autre part.


Ces vérités sont qu'il serait possible et nécessaire d'exclure la subjectivité des sujets qu'on examine à l'aide de méthodes introspectives projetées ; que les pensées sont des objets observables par des techniques d' imageries, (quoique celles-ci restent pour une bonne part à inventer); cette école de pensée se résume à un rejet des connaissances et des analyses antérieures, pour poser la fiction d'un homme nouveau, constructible selon des plans prédéterminés politiquement pour un bien évanescent, mais certainement pas neutre d'un point de vue politique ; il n' y a pas lieu d'un effort démesuré pour reconnaître le trait unaire des systèmes totalitaires ; il convient d'y reconnaître un reste, un reste emmagasiné, engrammé, un reste résistant, un reste de la « révolution nationale » du Maréchal Pétain, en harmonie avec les systèmes autoritaires au pouvoir dans d'autres pays européens alors, Allemagne, Italie, Espagne, Union Soviétique : il convient d' y reconnaître le reste macéré du cadavre de ce rêve d'union du peuple dans l'identification au chef, qui a nourri les charniers du siècle passé, et continue, bon an mal an, sa lente traversée des continents, infligeant la ruine de tous les espoirs d'une vie vivable.


Autant cette origine fantasmatique explique les difficultés de la gauche à se positionner face à cette attaque contre la situation républicaine, du fait de sa participation jamais dénoncée à ce rêve de l' homme nouveau, -à cet avatar du sauveur au moment historique de la détumescence du christianisme dans la représentation politique-, autant la texture même -fantasmatique- de cet homo cognitionis en fait la grimace, le pendant, l' inverse symétrique de l' homme de science. L' homme du temps de la science, alors, ce sera l'ignorant, fidèle à sa foi dans l' expression parlée de son maître, apprise par annonnement auprès de tous les systèmes de médias dont il convient de ne pas s' éloigner pour n' en perdre aucune nuance : et nous nous trouvons là face à la complexité diabolique qui fait du maître la marionnette du propriétaire, dans cette situation où le capitaliste a trouvé cette ruse pour accaparer le pouvoir en substituant la violence symbolique à la violence réelle. Ne restent pas moins prévisible des effets de déferlement de cette violence incalculable parce qu' omniprésente; elle forme le tissu même où se joue le déroulement du texte de la vie sociale. Comment croire que ces enchaînements soient dénoués de toute logique et que les conséquences des décisions apparemment immotivées soient imprévisibles ? Il ne suffit en effet pas de révoquer Lacan et ses enseignements dans tous les lieux où ils se sont établis par nécessité de fait, institions de soins, hôpitaux, lieux d'accueil, et surtout, universités...


Personne aujourd' hui ne sera assez contrariant pour réfuter que dans ses positions actuelles, le gouvernement cherche à prendre la direction des universités pour orienter lui-même la direction des recherches se fondant sur une notion préétablie qui assimile vérité à science et résultat à finance : il n' est pas nécessaire d' être très ferré pour constater que c'est le fondement même de l'université qui s'en trouve sapé : les sapeurs minent les fondements de la science qui procède de la reconnaissance de la vérité pour extraire la réalité d' une masse de mythes et autres rêves dilatoires, pour les remplacer par des bricolages qui leur semblent plus solides, la croyance du chef unifiant le peuple pour lui donner sa réalité. Il y a là une régression symbolique dont nul ne sait aujourd' hui par quel effet la société se sortira de ce délire passionnel à visée collectiviste.



Conclusion


« En effet, le moment est arrivé de donner une réponse sur le registre universitaire, et depuis l’Orientation lacanienne, aux problèmes actuels qui ont vu le jour en Europe à partir des tentatives de réglementation du monde “psy” et des psychothérapies. » Ce qu'écrivait Miquel Bassols dans le communiqué ci-dessus se trouve ainsi justifié.

Bien que la question de la place de la psychanalyse à l'université n'ait cessé depuis cent vingt ans de rester une question ouverte, (voir par exemple l'article de Myriam Mitelman sur Buvard & Désencré), il ne fait pas de doute que si l'université publique se trouve à présent dans l' incapacité technique de soutenir un enseignement cohérent de la matière psychanalyse, ce que je ne regrette pas moins que mes collègues universitaires, c'est à présent à une université privée de prendre le relai, au moment ou au moins quelques sociétés de psychanalyse ont pris acte d' une situation politique et de ses conséquences dans les enseignements à l'Université, notamment dans les facultés de psychologie où les freudiens sont en butte à la fermeture de leurs enseignements au moment où les étudiants se bousculent pour en demander davantage, où on leur répond en leur assénant du cognitivisme, qu'ils reçoivent comme le lait amer d'un sein tari, sans que les cognitivistes en sachent percer la cause et en corriger l'effet, qui selon eux devrait se situer tout bonnement hors-sujet.



Il se trouve que cette initiative se trouve avoir été prise dans le champ freudien, et plus précisément en tension dans l'orientation lacanienne. Je pense qu' aucun psychanalyste n' aura le coeur de simuler la surprise ou de s' en indigner. Peu d' entre eux perçoivent déjà la différence topique entre la psychanalyse à l'université et une université de psychanalyse. C'est une différence fondatrice d' un renouveau de l'enseignement clinique qui a pâti, depuis plus de trente ans, de la guerre interne sournoise menée par les éléments les moins érudits de l' enseignement clinique, -cela, aucun étudiant ne le contestera, après seulement trois mois passés en première année de psycho, (beaucoup se défaussent de leur carte d'étudiant par déception, voilà le tri opéré par le cognitivisme)- .



Toutes les difficultés inhérentes à une telle entreprise sont réunies dans l'incomplétude même de la gens analytique ; les différentes associations seront-elles suffisamment lucides pour apporter leur soutien ou participer à ce projet qui pourrait ou sans doute devrait laisser place à l'exposition de toutes les théorisations en construction, au-delà de l'enseignement de l'histoire de la psychanalyse ou de l'épistémologie freudienne ? Je ne le sais pas, il faudra sans doute de nombreux mois et que beaucoup de dialogues se nouent pour que s' édifie cette Université qui est proposée là à l' attention de toutes les parties intéressées.


Je pense simplement que les associations qui souhaitent que la psychanalyse s'arrête avec leur propre génération s'abstiendront même de réagir autrement que par ricanements intermittents. J' ajoute à cela que cette Université par sa seule existence réarticulera de manière plus réaliste les rapports de la psychanalyse et de la médecine, et au-delà de cela et par ce biais, de la science et de la réalité. Là est l'enjeu de cette proposition que j'accueille avec soulagement et à laquelle je vous demande de bien vouloir réfléchir.

Merci de votre attention,


DK



mercredi 18 juin 2008

Qui s'y colle... (à l'examen des décrets)...

Comme cela, livré sans commentaire, pour information, cette nouvelle proposition de décrets d'application nous livre une opacité qui ne se dissout qu'au prix d'une lecture juridique rigoureuse, patiente, régulière . J'ai pu observer durant toutes ces années que sur ce forum comme sur tous les sites associatifs, il n'y a eu qu'une et une seule personne pour mettre sa compétence en matière de droit public au service des personnes intéressées et des associations, et ce de manière constante .


C'est un travail gigantesque qu' a entrepris François-Régis Dupond Muzart, connu également sous ses initiales frdm, tous ses commentaires étant à disposition sur le site LTA.frdm.fr . Depuis qu'il s'est aperçu de la situation juridique particulière de la psychanalyse, au point qu'il n'en est pas encore revenu, François-Régis continue, quotidiennement, à suivre l' affaire, et cette affaire, personne dans le champ psy n' y comprendrait quoi que ce soit sans ce travail . Etant donné qu'à la connaissance de tous, il n' y a strictement aucun autre juriste compétent en droit public qui se soit penché, et avec quelle générosité, et avec quel courage sous les horions, sur cette loi et ces décrets d'application en tant qu'ils nous concernent très concrètement, il est étonnant qu'il faille le rappeler à chaque tournant, il y a là quelque chose que les psys ne veulent pas savoir, et qui concerne la délimitation juridique de leur praxis, et qui se présente comme un refus de la castration symbolique. Je ne puis que les renvoyer à leur examen intime .


Et j'en ai lu, durant ces quatre ans et quelques, des réactions de rejet, d'incompréhension, et j'en ai vu, des haussements d'épaules, et jusqu' à des diagnostics jetés à l' emporte pièce sur la personne, avec pour seul point d'appui qu' il [frdm] se permette, alors non encore psychanalyste, de parler de la loi, et ceci, ces « jugements » cliniques, énoncés par des ex-membres de l'école freudienne de Paris, et de ceux qui nous jouent de l'éthique comme de l'harmonica blues ...


Alors, faut-il encore le préciser, si vous voulez apprécier ce que ce décret, tel qu'il est écrit pour l'instant, nous retranche, il vous faudra recopier l'adresse

http://www.lta.frdm.fr/20080613-Recapitulatif-sur-projet-de-decret-Art-52-du-3-juin-2008-soumis-au-133

et prendre la patience de lire précisément et en détail la lecture qui en est faite .


Vous apprendrez ainsi que les discussions et allées et venues continuent au ministère de la Santé, et que, malgré les indications, critiques, commentaires faits [par frdm] selon les procédures juridiques adéquates, dépôts de mémoire, etc, les rédacteurs du ministère restent curieusement maladroits dans leurs formulations, allant jusqu'à rédiger des décrets illégaux, prévoyant des « dispenses de formation », et laissant le sort des psychanalystes désirant venir s'inscrire, -sur ces listes de psychothérapeutes, pour des raisons que l'on a encore du mal à cerner, tant la situation concrète de l'emploi des psychothérapeutes par les services publics reste floue- , laissant leur sort à l'arbitraire administratif, et laissant en place une situation dans laquelle, aux yeux du public, les psychanalystes inscrits sur ces listes et eux seuls passeraient pour les psychanalystes certifiés par l'Etat, alors même qu'il n'y a aucun moyen de savoir ce qu'aura été leur formation, puisque dans une telle situation n'importe quoi peut apparaître comme psychanalytique .


Sur ce dernier point je ne puis que tirer une seule conclusion solide : les petites associations auront intérêt à se fédérer ou à s'associer à l'AMP ; les psychanalystes un par un devront la survie de leur praxis au fait d'accepter de s'impliquer davantage dans les associations, et c'est plus ou moins la fin des psychanalystes isolés; je précise que je ne vois là aucun drame, le déballage des dernières années leur a permis de s'exprimer et à mon sens, ils ont été entendus, tout le monde a compris en même temps que quelque chose devait changer et que les procédures devaient être revues à la lumière de cette apparition spontanée et non institutionnalisée même après coup, d'un grand nombre de psychanalystes qui se disent lacaniens, ils ont été entendus, puisque de manière très large, dans les associations, les procédures sont en quelque sorte mises en examen, j' ajoute qu'il était temps .


Il est étonnant que la mise au point d' une psychanalyse inscrite dans son temps ait été favorisée par l' adversité d'un député pugnace, cerné par ses arguments auto-référents et logiquement irrecevables, pour autant plus qu' on veuille bien se pencher sur les conditions de la fabrique, où l' on s'aperçoit que les psys ne sont qu' une toute petite pièce de la machine à décerveler qui s'est mise en place1 .


La lutte contre cette méthode de gestion des foules, qui s' oppose à toute conception soit démocratique soit républicaine, n' a rien à voir avec la lutte de pur prestige des uns montés contre les autres, malaxée du dehors du « carré psy », qui rentrait dans les intérêts du calcul gestionnaire . C' est une lutte froide, sensée, vitale, où chacun doit à sa pratique l'examen des conditions de son maintien, au-delà de l'exposé du bien fondé de chaque méthode, puisqu' il y en a d'autres que freudiennes sur le terrain . Et c'est précisément là qu' historiquement la compétence des psys d'aujourd' hui sera jugée à l' aune de leur capacité à résister pied à pied au malaxage du champ psy par le pouvoir, pour le maintien en soumission des foules, sans le moindre respect pour les institutions qu'elles se sont construites au fil du temps, qui n' ont jamais été juste au service des gouvernants .


Alors à l'heure où ceux-ci voient leur chemin de Damas dans la pensée gestionnaire et pensent la politique dans des termes de justification comptable servie aux électeurs, on ne peut guère s' attendre à voir apparaître une société pacifique et productive ; il serait même temps que les politiciens viennent recevoir des leçons, de ceux-là même auxquels ils pensent avoir à en donner, au prétexte d'un savoir haché ramassé sans critique lors d'un séminaire de gestion de fin de semaine, et reçu dans des conditions de transfert exacerbé par le prestige alloué par le luxe de déclarations emphatiques de la plaquette publicitaire du séminaire en question .


A bon entendeur salut .


DK

1Voir http://la-liste-noire.nouvelle-religion.fr/9.html toutes les pages sont à lire...

dimanche 30 mars 2008

Enigma

Une amie m'a envoyé il y a quelques jours l'interview de Jacques-Alain Miller dans l'hebdomadaire "le point", qui lui pose quelques questions sur la personnalité du chef de l'état et sa possible évolution sous les contraintes adaptatives du pouvoir. Un rien ironique sans doute, mais c'est peut-être lié à la contrainte adaptative au journal hebdomadaire, et si l'on me laisse le choix, je prendrai plutôt le journal de bord de JAM. Mais enfin, c'est tout de même à lire, pour la formation du goût républicain.

Dans le même ordre d'idées, -à savoir, dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es-, je vous ai trouvé un excellent article, "L’inquiétante pensée du mentor écologiste de M. Sarkozy", dans le monde diplo, il y a des jours comme ça, cryptiques, enigmatiques. Qu' est-ce que l'écologie a à voir là-dedans? Tout est politique, (y compris les tautologies).




samedi 15 mars 2008

Contre-modèle québecois en matière de législation des psychothérapies.


" 187.4.3. Toute poursuite pénale pour exercice illégal de la psychothérapie ou pour usurpation du titre de psychothérapeute est intentée par l'Ordre professionnel des psychologues du Québec, sur résolution du Bureau ou du comité administratif. »


Est-ce un cauchemar orwellien? Mais non, il s'agit seulement du nouveau projet de loi québecois visant à réglementer l'exercice de la psychothérapie. Et là, dans ce nouveau projet, pas la moindre nuance à l'égard de l'histoire, qui est simplement un songe révolu et un tissu d'erreur, ou alors, c'est incompréhensible. Voyez cela : cette loi crée de toutes pièces un exercice illégal de la psychothérapie et une usurpation de titre, titre qui est, il faut le souligner, créé par la même loi; si le législateur québecois ne s'embarrasse pas de nuance pour désigner un exercice illégal, c'est qu'il est en mesure de définir un exercice légal, que voici que voilà:


« La psychothérapie est un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser chez le client des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé. Ce traitement va au-delà d’une aide visant à faire face aux difficultés courantes ou d’un rapport de conseils ou de soutien.

L’Office, par règlement, établit une liste d’interventions qui ne constituent pas de la psychothérapie au sens du deuxième alinéa mais qui s’en rapprochent et définit ces interventions.

« 187.2. — Tout médecin, psychologue ou titulaire d’un permis de psychothérapeute doit exercer la psychothérapie en respectant, outre les lois et les règlements qui le régissent, les règles suivantes :

1° établir un processus interactionnel structuré avec le client ;

2° procéder à une évaluation initiale rigoureuse ;

3° appliquer des modalités thérapeutiques basées sur la communication ;

4° s’appuyer sur des modèles théoriques scientifiquement reconnus et sur des méthodes d’intervention validées qui respectent la dignité humaine.

« 187.3. — Pour obtenir un permis de psychothérapeute, une personne en fait la demande au Bureau de l’Ordre professionnel des psychologues du Québec et acquitte les droits annuels que le Bureau fixe par résolution. »



etc...

Je ne commente pas en détail l'ensemble du texte, que l'on peut trouver à l'adresse, [page LTA], grâce à la vigilance de François-Régis Dupond-Muzart, comme c'est toujours le cas dès qu'il s'agit de questions relatives aux aspects juridiques de la psychanalyse et des psychothérapies, et souvent le cas pour bien d'autres choses.



DK


jeudi 14 février 2008

20080213 - INPES – DEPRESSION – 11- Dormir sur ses deux oreilles rend fou.

Imaginez-vous ceci : vous vous allongez dans un endroit calme, reposant. Vous ne pensez à rien de particulier. Vous sentez vos jambes, vos bras, qui reposent tranquillement sur le doux matelas dans cette pièce tempérée et agréable. Vous sentez le contact de votre dos avec le matelas, relaxez-vous de plus en plus. Sentez le contact de votre tête avec l'oreiller. Ecoutez calmement la suggestion qui vous est faite de dormir sur vos deux oreilles. Et rien ne va plus. Vous vous retournez, afin de poser une oreille sur l'oreiller. Vous cherchez le contact de la deuxième oreille avec l'oreiller et vous vous retournez. Impossible malgré tous vos efforts de parvenir à poser simultanément les deux oreilles sur l'oreiller afin de dormir selon la manière qui vous est suggérée, paisiblement, de cette voix tranquille et lénifiante, si agréable à écouter dans la retraite construite par la voix omniprésente et persuasive. Vous aller conclure un peu vite que dormir est impossible et que toute vélléité de sommeil rend fou. Vous n'allez pas tarder à entendre qu'un traitement s'impose car à n'en pas douter, vous êtes déprimé.


Qu'est-ce donc que cette expression dont la réalisation concrète est impossible, sinon par le biais de la troisième oreille, et comment donc évaluer l'expression? Valez-vous bien de dormir sur vos deux oreilles ? Il s'agit à n'en pas douter d'une métaphore, c'est à dire, d'une expression dont le sens est porté plus loin : il ne s'agit pas là des oreilles, mais de ce qu'elles vous permettent d'entendre. Ce qui vous est proposé est de dormir sur ce que vous entendez, et surtout de ne pas mettre la pression critique sur le sens de ce que vous entendez. Sans quoi évidemment vous ne dormiriez que d'un oeil.


Qu'est-ce qui, donc, dans cette campagne organisée par l' INPES pour vous confronter de manière massive et persistante à la suggestion que vous pourriez être déprimé, a réveillé les psychanalystes autour de Jacques-Alain Miller ?


Ce n'est pas tant que l'organisation de cette campagne follement et très inutilement coûteuse induise la reprise et la massification de cette thématique dépressiogène par les revues plus ou moins people, de l'Express à Gala en passant par les magazines féminins, télévisuels et psychologiques, le Nouvel Obs et Doctissimo, et ait un véritable effet de propagande destinée à nous convaincre que décidément, rien de concret dans la vie sociale, politique, économique et culturelle, dans la France actuelle, ne pourrait se présenter comme cause tout à fait réelle de tristesse et de douleur morale, comme cause de ce sentiment que les choses se situent plutôt bas par rapport à quelque chose de plus haut antérieurement éprouvé, et ineffaçable, que l'on appelle cela mai 68 et de tous ses voeux, ou autrement.


Ce qui détermine la prise de position de ces psychanalystes, c'est que le discours qui est tenu sur cette dite dépression, ce nouveau nom donné au constat que le citoyen est délesté de son pouvoir de désirer, de manquer, pour s'offrir comme regard envieux à l'étalage massif de la jouissance du pouvoir, et que, d'autre part, ce discours on ne peut plus officiel situe cette déconvenue, ce dégoût, comme une maladie du corps, à présenter au médecin et à traiter par la pharmaco-chimie, à quoi les « bonnes pratiques » contraignent celui-ci.


Déconvenue et déception, ces deux grands affects du corps social actuel, se sont donc très maladroitement trouvé posés comme réactions maladives, comme s'il était évident pour tous que le spectacle que la société se donne à elle-même devait nécessairement plaire : si vous n'obéissez pas à l'injonction de trouver l'époque agréable, et l'estimez contrainte, vous n'êtes pas contrit, mais déprimé; et encore, vous dit-on, ne s'agit-il pas de névrose actuelle, que l'on pourrait vous conseiller de traiter par la psychanalyse : l'INPES fait le faux-pas supplémentaire de vous dire qu'il s'agit d'une maladie du corps, dont le contenu psychologique ou psychique éventuel est un épiphénomène, à traiter par le mépris et dans l'urgence.


De cette campagne bâclée, contre-productive, inutile, et orientée selon les préceptes sectaires d'une théorie psychologique, la pièce centrale est le cognitivisme, qui peine à asseoir son emprise dans les universités par autre chose que la désinformation clinique et par lobbying, et il faut maintenant conclure ce onzième et dernier volet par le rappel à l'opinion publique que c' est avant tout pour permettre que l'on puisse continuer à se parler sans courir le risque de tomber dans les pièges de l'influence manipulatrice y compris en clinique, que les cliniciens, chercheurs, enseignants et intellectuels se sont mobilisés, à l'appel lancé par Jacques-Alain Miller à travers forumpsy ou d'eux- mêmes : le mouvement est lancé, et il atteindra son but, qui est que l'on cesse de traiter l'humanité comme une variété de rats de laboratoire. L' INPES a été pris la main dans le sac. Il serait temps que les journalistes diffusent les résultats de leurs investigations.


DK

mardi 12 février 2008

20880210 ROBERT HUE - LA MUTUALITE - FORUMPSY


Paris, la Mutualité
Le 10 février 2008


Robert HUE


Sénateur, Président de la Fondation Gabriel Péri


Mesdames, messieurs, chers amis,

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation de Jacques-Alain Miller à participer à cette rencontre. Pour une raison simple : mon engagement politique rejoint votre discipline, depuis toujours, dans le souci de l’émancipation de l’homme, de sa « désaliénation ».

Or, après une période faste d’extension des libertés individuelles, d’accroissement du niveau de vie général, de démocratisation de l’enseignement supérieur et de progrès de la protection sociale, cette émancipation est de plus en plus menacée, comme en témoignent notamment les attaques répétées contre l’enseignement de la psychanalyse au profit du cognitivisme.

Cette remise en cause est éminemment politique. Elle l’est au sens large, c’est-à-dire d’un choix de société. À ce propos, j’ouvre une courte parenthèse pour évoquer la violente campagne de dénigrement de la psychanalyse à laquelle s’est livrée le Parti communiste durant la Guerre froide, au nom, précisément, d’un choix de société. Le rapport des communistes à cette discipline était, à la fois, de fascination et de répulsion, et surtout de malentendus.

Le renouveau de la psychanalyse venait alors des États-Unis, où s’étaient exilés quelques-uns des grands théoriciens d’Europe, et son courant majoritaire proposait une interprétation particulière du plaisir, qui en faisait, selon lui, un facteur d’harmonie sociale. Les conflits de toutes sortes – entre époux, voisins, ouvriers et patrons – se voyaient ainsi réduits à une utilisation négative de l’agressivité, à un écart désagréable du moi, auxquels l’intervention du thérapeute allait mettre fin. Il n’en fallait pas plus pour stigmatiser la psychanalyse comme véhiculant des valeurs « paternalistes », « bourgeoises », et « individualistes » destinées à « anesthésier la lutte des classes ». L’intérêt de Louis Althusser pour la lecture lacanienne des théories de Freud mit heureusement fin à cette période, et le dialogue entre communistes et psychanalystes put reprendre.

Jacques-Alain Miller a récemment déclaré, dans un entretien à Libération, que s’il lui fallait choisir entre l’évaluation et le marché, il préfèrerait encore le marché. Je serais tenté de dire qu’il aurait alors les deux. Le second ne va pas sans la première ; ils sont intimement, structurellement liés. La « culture du résultat » constitue désormais le quotidien des salariés – et même maintenant des ministres – : leur activité est jaugée en permanence, et de manière le plus souvent chiffrée. Les ressources humaines évaluent les compétences, les performances et le « potentiel » de chacun. Le marché capitaliste, en ce qu’il promeut et se soumet au primat du quantitatif, a besoin, entre autres, de cette évaluation pour maîtriser les hommes.

La dernière phase de mutation du capitalisme, débutée dans les années soixante-dix, est désormais bien connue. La dénonciation de sa déconnexion de l’économie réelle, qui engendre quotidiennement tragédies sociales et souffrances multiples, est parfaitement fondée.

Mais cette description demeure partielle. La financiarisation du capitalisme, au-delà du fonctionnement purement économique, a encore renforcé le poids de son « discours », au sens lacanien. Permettez que je cite à ce propos la tribune du psychanalyste Pierre Bruno dans L’Humanité du 14 avril 2001 : « Le discours capitaliste, au sens de Lacan, n’est pas une somme d’énoncés, mais un lien social – un rapport social, disons, pour le lecteur plus familier de Marx. Ce qui caractérise ce discours, et le singularise à l’égard de tout autre, est, dit Lacan en 1972, je cite, “d’exclure la castration”. Il fait ainsi accroire au prolétaire, dépouillé de tout, qu’il peut, grâce au fonctionnement du système, s’enrichir jusqu’à pouvoir jouir de tout. Un tel discours relève d’un impératif quasi sadien, affiché ou masqué : “Tu peux jouir de tout en écrasant ton semblable, sachant que ton semblable peut jouir de tout en t’écrasant…” ». Fin de citation.

La logique quantificatrice est bien la logique même du capitalisme tel qu’il a évolué après la Seconde Guerre mondiale. Elle fonde tout à la fois une nouvelle conception de la production et de son pendant consommatoire.

Au niveau de la production, à la différence du taylorisme, et pour reprendre les formules du jargon contemporain du « management », la « mobilisation de l’intelligence » et celle du « savoir-être », qui inclut les compétences comportementales et relationnelles, sont considérées comme des facteurs-clés du développement de la productivité. En référence aux sciences cognitives, l’intelligence est tenue pour un simple mécanisme de traitement de l’information à optimiser selon les besoins de l’entreprise. Les sensations, les sentiments, les valeurs, sont pris en compte dans cette même logique qui résume l’homme au travail à une mécanique qu’on pourrait maîtriser et manipuler à loisir. L’une des facettes de la mutation du capitalisme s’exprime dans sa tendance à réduire les individus à des producteurs, et ces producteurs à des machines dont les paramètres de gestion peuvent être totalement connus et maîtrisés. L’entretien psychologique dans le cadre d’un bilan de compétence est un parfait exemple de l’instrumentation des savoirs psy par le marché, en l’occurrence celui du travail.

Mais la production croissante à l’infini s’étoufferait elle-même sans une consommation idoine. Le philosophe Bernard Stiegler a montré comment le capitalisme a progressivement pris en compte l’évaluation et la canalisation des affects pour soutenir, voire augmenter la consommation de biens. Il décrit ainsi concrètement le fonctionnement du discours du capitaliste tel que Lacan l’avait formalisé : « Aujourd’hui, dans les sociétés de modulation que sont les sociétés de contrôle, les armes esthétiques sont devenues essentielles : il s’agit de contrôler ces technologies de l’esthétique que sont par exemple l’audiovisuel ou le numérique, et, à travers ce contrôle des technologies, il s’agit de contrôler les temps de conscience et d’inconscience des corps et des âmes qui les habitent. ».

L’efficacité des techniques quantificatives pour gérer nos flux psychiques aboutit ainsi à une situation digne du Meilleur des Mondes : ceux dont l’exploitation fonde le système ne le pérennisent pas seulement en tant que producteurs, mais aussi en tant que consommateurs aux désirs suggérés qui en deviennent les promoteurs inconscients. Voilà la socialité qu’est en train de construire le dogme de l’évaluation : une sorte de nouvelle servitude volontaire, fièrement proclamée par le slogan de Nicolas Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus » auquel on pourrait ajouter, dans un souci de véracité, « pour consommer plus ».

Si, en tant qu’idéologie dominante, « l’esprit du capitalisme a en principe la capacité de pénétrer l’ensemble des représentations mentales propres à une époque donnée, d’infiltrer les discours politiques et syndicaux, de fournir des représentations légitimes et des schémas de pensée aux journalistes et aux chercheurs, si bien que sa présence est à la fois diffuse et générale », comme l’écrivent avec raison les sociologues Luc Boltanski et Eve Chiapello, la résistance dans laquelle, vous, psychanalystes, êtes entrés voilà deux ans a toutes les chances, à mon avis, de durer.

Pour contrer cette hégémonie qui infiltre tout et ouvrir d’autres perspectives que la généralisation de cette « culture de l’évaluation », de ce « nouvel esprit du capitalisme », il faut que psychanalystes et politiques progressistes prennent conscience de la convergence de leurs combats. À ce titre, peut-être serait-il profitable de réfléchir sur la place de la psychanalyse dans le dispositif de santé publique, afin d’en élargir l’accès au plus grand nombre. Car la souffrance psychique concerne l’ensemble des couches sociales, et les plus fragiles sont aussi les plus touchées par les transformations du monde du travail et les nouvelles techniques de marketing que j’évoquais à l’instant.

Convergence de combat, disais-je, mais aussi de sujet, puisque comme l’écrit Jean-Claude Milner dans son Lacan et la science moderne, je cite : « Le sujet de la psychanalyse est le sujet forclos de la science », c’est-à-dire le sujet qui échappe par essence à l’action de la science, et en particulier à cette grimace de science qu’est la culture de l’évaluation. Ce sujet, c’est, en des mots simples, l’être de l’être humain, l’humanité de l’humain. C’est donc aussi le sujet d’une politique de progrès, et c’est pourquoi vous pouvez, dans votre lutte contre cette culture de l’évaluation, contre ce qu’elle sert, compter sur le progressiste que je suis.


vendredi 8 février 2008

Politique de la psychanalyse

Avis:

Le texte qui suit, d'intervention de Madame Bachelot-Narquin, est repris par copier-coller, tel quel, d'un envoi d'abonnement à une liste électronique de l'ECF. Ceci pour mémoire: je commente ici rapidement, en cours de lecture, et parsème de quelques questions avec lesquelles on pourra accompagner la lecture de son discours...

1) Afin que chacun ne reste pas dans son coin à digérer le discours de l'autre, il convient tout d'abord de se rappeler que les psychanalystes ne participent pas en tant que tel au système de soin et encore moins à sa politique, ou à quelque politique de soin que ce soit; et ce, sans qu'il y ait forcément de frottement, contradiction ou divergence, se souvenir qu'une politique de la psychanalyse est nécessairement une divergence de fond quant à toute politique de la santé; le bénéfice que la politique de soin peut escompter en tirer: l'examen de son efficacité symbolique; -il n'y a en effet pas à considérer de manière préliminaire ces rapports entre politique de la santé, (qui est mise en oeuvre par l'État), et politique de la psychanalyse, (qui est la question que pose collectivement la communauté analytique, à dix mille voix une par une), soit rapport de force ou de pouvoir; la psychanalyse, aujourd'hui, on le constate, a pour politique de rouvrir le dialogue intime de la politique de la santé avec elle-même, à un moment où elle sort, la tête haute, d'une phase de confusion préliminaire; et il convient de garder à l'esprit que si nous voulons que la politique de la santé en sorte la tête haute, il est de notre devoir de l'amener à se délester du souci du contrôle de la pensée, toute norme en ce domaine ne menant qu'à une dégénérescience, pourrait-on dire, de l'accueil fait aux citoyens en situation de fragilité, qui sont, faut-il le rappeler, la cause des institutions.

2)Les psychanalystes peuvent-ils participer à la politique institutionnelle de soins? En tant que tels et en tout état de cause, l'impossibilité construite de leur présence en tant que telle sur le terrain institutionnel, donne la mesure du chemin à parcourir pour que la présence du psychanalyste soit inscrite comme possibilité dans les institutions de soin; et ce non pas au titre de psychologue ou de psychiatre ou de psychothérapeute, mais comme psychanalyste, et à ce « titre »: quelque concession que ce soit sur ce point précis rend inutile quelque discussion que ce soit du contenu même de la formation du psychanalyste et du contrôle du contenu de ce titre, que ce soit par les associations de psychanalystes, ou par quelque struture institutionnelle pour l'instant inexistante, et il faut bien le dire, indésirée tant des psychanalystes que de ceux qui s'adressent à eux, ceux à qui cette situation ne convient pas ne manquent pas par ailleurs d'adresses, celles-ci déjà citées: à savoir psychanalyste – tiret - quelque chose, ou bien, autre chose que psychanalyste, diplômé ou non.
3) Quelque soit l'intérêt des démarches pluridisciplinaires, les psychanalystes n'éprouveront guère d'intérêt à complémenter les démarches de soins qui leur font les yeux doux aux fins de tautologies bien illusoires; non que la psychanalyse ait à résister aux soins, mais a à ne pas participer à leurs incantations; me semble-t-il du moins.
4) Par conséquent, n'ayant à participer aux soins qu'à titre d'être consultés pour les discuter, ou entendre les discussions que soulèvent les soins et leur élaborations par des bonnes pratiques, celles-ci codifiées pour rendre applicable une politique de santé dont les buts sont nécessairement en partie voilés et les finalités structurellement incertaines, les psychanalystes ont donc à faire l'effort extraordinaire de se rendre disponibles pour être à même d'émettre un refus ou une acceptation à toute demande d'entretien, qu'elle émane d'un particulier ou d'une représentation institutionnelle : c'est en somme ce que la psychanalyse exige du psychanalyste, qu'il sache attendre d'er, à ce titre consulté, serait-ce par une institution. Ce serait bien confortable qu'il en soit autrement, mais tout autre politique à pour effet de faire disparaître la psychanalyse des terrains où elle se situe, universités, hôpitaux, on l'a vu par le passé. Il ne s'agit là que de discipline, de la discipline psychanalytique, puisqu'on ne peut pas parler des déontologie dans ce secteur d'activité, et que l'éthique recoupe un tout autre champ que celui d'un maintien en vie d'une matière, (discipline, méthode, ou ce que l'on voudra).

Mes amitiés et mes voeux les plus chaleureux aux participants du forum des deux jours qui viennent... À part ça, abonnez-vous au nouvel âne, qui va être indispensable dans les temps qui viennent, en plus d'être un journal vraiment excellent.

DK

ndé: lien sous titre http://www.passant-ordinaire.com/revue/34-228.asp


ecf-débats
liste électronique du Conseil de l'Ecole de la Cause freudienne
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Modérateur :Luis Solano 7 février 2008

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Intervention
par Madame Roselyne BACHELOT-NARQUIN
Ministre de la santé, de la jeunesse et des sports
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COLLOQUE

sous la Direction de Mr. Jacques-Alain MILLER

DÉPRIME - DÉPRESSION
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-Vendredi 1er Février 2008-
à 18h00
(MINISTÈRE DE LA SANTÉ, DE LA JEUNESSE
ET DES SPORTS)




Mesdames et messieurs,

Cher Jacques-Alain Miller,


Au risque de vous surprendre, risque que j’assume avec un plaisir non dissimulé, je voudrais ouvrir mon intervention par une citation du Président de la République : « la politique de la vie, c’est une politique qui part du principe que la qualité est plus importante que la quantité, que s’agissant de ce qui touche intimement à la vie, les critères qualitatifs sont plus importants que les critères quantitatifs ». Et d’ajouter : « c’est bien pour cela que la politique existe : parce que tout n’est pas quantitatif ».

La ministre de la qualité des soins que je veux être reprend volontiers à son compte de tels propos. Il convient, en effet, d’accorder ici aux mots toute leur valeur, d’en restituer la portée éthique, d’en déchiffrer, oserais-je dire, le sens.

En matière de santé, comme c’est aussi le cas pour la culture ou l’éducation, l’action publique ne saurait, sans trahir sa finalité, se réduire à la seule gestion des choses.

Cette maison qui vous accueille aujourd’hui, et dont vous saurez interpréter comme un signe, l’hospitalité, est une de ces maisons communes dont la vocation publique justifie l’ouverture au débat.

L’administration de la santé elle-même ne saurait être, par principe, par destination, une administration sans âme et sans épiderme, insensible aux exigences de la vie.

Et cela, d’autant moins, je tiens d’entrée de jeu à le souligner, que c’est bien la finalité qualitative de notre politique qui doit désormais structurer notre appréhension des problèmes.


Ainsi, les questions de santé publique qu’il nous revient de traiter ici, compte tenu de leurs enjeux éthiques, ne sont pas, malgré leur complexité, ou plutôt devrais-je dire, à cause de cela, l’affaire de quelques spécialistes isolés.


L’élaboration d’une politique de santé exclut, par définition, le cloisonnement disciplinaire : expression en elle-même assez éloquente sans qu’il soit nécessaire d’en redoubler l’énoncé par quelques commentaires.


La complexité des enjeux exige plutôt une méthode toute particulière, adaptée à l’objet de notre réflexion. Esprit de géométrie et esprit de finesse doivent ainsi s’allier pour appréhender une réalité qui, par définition, ne saurait se réduire à quelques abstractions mathématiques.

Sachons donc résister à ce triste tropisme qui consiste à tenir séparés des domaines de compétences qui devraient, au contraire, se fertiliser réciproquement par la pratique de l’échange.

La science, elle-même, pour quiconque est un peu sérieusement instruit de son histoire, est plutôt rétive aux réponses toutes faites, et ne doit ses progrès qu’à la capacité de questionner son propre savoir.

Certes, la certitude est généralement plus rassurante que le doute. Cependant, à mes yeux, ce sont, plutôt que le dogme asséchant, les bonnes questions, celles qui dérangent, qui valent d’abord d’être entendues.

Ce sont elles qui, toujours, nous aident à progresser dans la réflexion, nous protègent des simplifications abusives, de la grossièreté scientiste.

Aussi je ne puis que me réjouir que résonne entre ces murs cette parole vive, cette libre parole qui interroge.

Je suis fière, en effet, de vous donner ici l’occasion de tenir ce colloque sur déprime et dépression, l’occasion de poser les questions qui font et qui doivent faire débat, compte tenu de leurs implications éthiques.
*

Je voudrais m’arrêter ici, un instant, pour invoquer, non pas quelques principes abstraits, mais plus précisément le scrupule méthodologique dont la vertu essentielle est d’infléchir sensiblement notre manière d’être vis-à-vis de celui qui souffre.

Cette exigence éthique que Freud situe au cœur de la pratique analytique, et qui a profondément modifié le regard que nous portons plus généralement sur l’humain, sur sa vulnérabilité, détermine bien le sens de la politique que je veux conduire, suivant une démarche résolument qualitative.

Le fondateur de la théorie psychanalytique a aussi mené en son temps un combat pour la liberté, contre le préjugé et l’ignorance.

Les progrès accomplis depuis, en matière de diagnostic et de traitement, et plus largement dans la perception même des troubles psychiques sont, pour une part sensible, redevables à ce combat.

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que les troubles psychiques, appelés hystéries, suscitent encore, à l’époque de Freud, la méfiance du clinicien.

Si, jeune neurologue viennois, le père de la psychanalyse élabore l’hypothèse révolutionnaire de l’inconscient, c’est d’abord pour expliquer des phénomènes pathologiques dont la médecine jusqu’alors ne savait rendre compte scientifiquement.

Objet d’étonnement, de réprobation, condamnés avant d’être soignées, craintes et parfois tournées en dérision, ces pathologies ont été jugées bien avant que d’être comprises. Ces temps, nous pouvons l’espérer, sont révolus.

Il reste, cependant, encore beaucoup à faire et à apprendre. Certes, le regard social a changé. Les traitements se sont perfectionnés. Les derniers développements des sciences humaines, les contributions croisées de la philosophie, de la psychanalyse et des sciences ont favorisé l’émergence de nouvelles problématiques.
*

L’humain, en raison de l’indétermination ontologique qui fonde sa complexité, résiste à toute modélisation.

La prise en compte de cette complexité impose, de toute évidence, de s’inscrire dans une démarche pluridisciplinaire.


C’est dans cet esprit, notamment, que je compte initier une politique de prévention innovante qui puisse davantage bénéficier de l’apport des sciences humaines.


Alors même que la nouvelle donne planétaire induit partout de profondes mutations, nous ne devons pas hésiter à réviser quelques unes de nos glorieuses certitudes et à réformer nos modalités d’intervention.

A cet égard, il conviendra sans doute de repenser la manière même dont nous nous adressons aux individus, en veillant à nous rendre plus disponibles à la surprise de l’événement singulier.

Aussi, je crois que la réflexion analytique a un rôle essentiel à jouer dans les débats de santé publique.

Je crois aux vertus de l’échange entre les différentes disciplines, échange qui suppose toujours la pluralité des points de vue et des expériences spécifiques, échange qui permet aussi parfois d’éviter la fadeur artificielle du consensus mou.
*

Je suis donc très heureuse que puisse se tenir ici, dans cette maison que je ne conçois pas comme une citadelle sans porte ni fenêtre, un colloque dont les contributions riches et variées ouvriront des perspectives de réflexions fructueuses.

Je vous souhaite à toutes et à tous bonne continuation dans vos travaux dont le programme chargé indique bien votre souci d’explorer, suivant ses nombreuses configurations, le territoire contrasté de la dépression.

Je suivrai, soyez-en assurés, avec la plus grande attention les conclusions de ces journées. Vous savez d’où je parle.

Je vous remercie.
________________________

jeudi 24 janvier 2008

20080121 IHEP - frdm au ministre de la Santé, chargé de la vie Associative, Roselyne Bachelot-Narquin - Courrier à l’attention du Directeur de Cabinet

Etant donné l'importance de cet évènement extraordinaire, à savoir le courrier de l'IHEP-frdm au Ministre de la Santé, j'emploie également un moyen extraordinaire pour le relayer, en reprenant le titre tel quel afin qu'il soit mieux répertorié, et en répercutant l'information par le biais du lien URL qui se trouve sous le titre ci-dessus, de sorte qu'il ne vous reste qu'à cliquer sur le titre pour aboutir à la page LTA en question; comme vous le savez si vous lisez de temps à autre ce blog, j'attache une grande importance aux travaux de FRDM, qui gagne(nt) à être connu(s).

Je dois donc m'excuser auprès de lui comme de vous de cette manoeuvre en miroir. Subissant actuellement une panne d'adsl j'ai quelques difficultés à produire et diffuser commentaires et réactions à ces différentes actualités. Je rappelle tout de même à ceux qui arrivent sur cette page un peu par hasard au fruit des agrégateurs, que la discussion qui se joue actuellement, sur l'efficacité réelle des psychotropes et autres antipsychotiques, est très importante et qu'elle ne peut en aucun cas être dissocié d'une dimension politique ou de politique sociale.

Il est malheureusement tout à fait probable que Jacques-Alain Miller ait encore une fois de plus raison sur le point qu'il souligne, à savoir que seule la quantification des participants au grand meeting pour la psychanalyse à la Mutualité les 9 et 10 février 2008 serait de nature à acquérir une dimension de signe pour "le Président de "notre" République. Là où les idées noires prennent utilement le relai de la déprime programmée, c'est à savoir si la dimension du signe est la seule que des psychanalystes aient à soutenir face à "ça". Je pense bien que non. Mais la réunion à la Mutualité est un bon début, parce qu'une chose est assez claire, c'est qu'il s'agit là des commencements.

Voilà, j'en ai assez dit pour l'heure, et dans les conditions où je suis.

Cordialement,

DK

jeudi 27 décembre 2007

Titre de psychothérapeute - décrets d'application de l'article 52

Selon des sources convergentes, il semble que la rédaction des décrets d'application de l'article 52 concernant l'usage du titre de psychothérapeute soit en cours et que l'on s'acheminerait vers une signature de ces décrets en janvier 2008.


voir par exemple:


http://www.lta.frdm.fr/20071227-Liberation-L-article-52-applique-en-janvier-2008-112



Cette loi et ses conditions d'applications ont soulevé des vagues de passion, du fait surtout du flou dans les esprits concernant le statut juridique du sujet chez les uns, ou l'apparente opacité des conditions de travail rendues exigibles par le transfert chez les autres; sans compter qu'il a pu paraître politiquement intéressant durant quelques temps d'instrumentaliser les peurs et les rancunes chez les uns, les fantasmes chez les autres, chacun en somme restant part à lui-même dans son coin avec son vocabulaire et surtout sa surdité naturelle, intrinsèque et inextinguible. Certains n'auront même pas hésité à se servir des souffrances des familles d'autistes pour appuyer quelque clinique plutôt fragile et chancelante, comme si le fait était destiné à échapper à toute mémorisation... Bien entendu les conduites des uns et des autres sont coextensives à leurs théories de la mémoire, de l'apprentissage, des notions fondatrices de chaque conception de l'humanité, celle-ci s'en sortant fort chancelante pour ne pas dire groggy.


Je ne puis donc que souhaiter qu'ayant pris le temps de consulter et d'entendre les différents représentants, les services des ministères concernés trouvent une sortie honorable à une crise plutôt malvenue et injustifiée au regard de ce que l'on peut observer sur le terrain, à savoir la complexité des problèmes et des questions soulevées, ainsi que la fragilité des moyens dispensés.


Je voudrais ici remercier très chaleureusement François-Régis Dupond Muzart pour le travail de bénédictin qu'il poursuit depuis plus de quatre ans, indispensable à toute intelligibilité de la dimension légale du travail avec autrui dans le champ des folies.


DK


samedi 1 décembre 2007

20071201 - Campagne dépression INPES – 7 - Extraite des chiffres, docteurs, la vérité, c'est un sophisme!

On pourra se frotter les yeux d'incrédulité: mais qu'est-ce que ce qui suit vient faire ici, sous le titre « Campagne dépression INPES – 7 - Extraite des chiffres, docteurs, la vérité, c'est un sophisme! »? Ce que « cela », cette réaction au grignotement de la vie privée, a à voir avec la dépression version INPES, c'est que cette mobilisation contre les abus d'autorité est une voie de guérison dans un pays malade de son inertie, de sa passivité, de ses compulsions à l'enfermement. On pourra dire que « cela » est hors-champ de la psychanalyse; eh bien qu'on le dise alors, mais qu'il y ait de l' hors-champ de la psychanalyse, c'est justement ce qui donne du champ au champ freudien. Il faut donc faire un écart pour comprendre; que cette coexitence pacifique entre la dépression-maladie-version INPES, et l'investigation illégale et abusive dans la vie privée, sont les deux faces d'un même chiffrage de la méthodologie en matière de décision politique. Et cela, relève précisément d'une conception où les psychanalystes ont tout à fait à marquer leurs positions.


Bon, le temps passe et on oublie les choses; pour se rapprocher du point de départ:

http://www.psychanalyse-en-mouvement.net/articles.php?lng=fr&pg=189

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J'ai reçu, ce matin, ce qui suit:

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Merci de faire circuler cette info

Quand l’imagination est au pouvoir… du racisme et de la haine elle est sans limite !

Fraude à l’identité ! extraordinaire ça ! ce qui ferait l’identité d’un être humain c’est sa nationalité, et non ce qu’il est, les signifiants qui les représentent, comment il les fait vivre auprès des autres. L’identité ramenée à des traits et des documents, objectivables ! Une identité évaluable ! Vichy n’est pas loin….et les sombres pratiques des terribles heures de notre histoire non plus.

Ce qui fait la nationalité c’est d’être inscrit sur le registre de la nation. Chacun est donc peu à peu réduit à un ensemble de chiffres.

Agents référents, réseaux, plan… ça ne vous dit rien ? Partout nous baignons dans ces mots qui engluent toute vie

« Tout va pour le mieux dan le ire des mondes possibles » comme dit Philippe Sollers

Bien amicalement

Philippe Cousty

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La Préfecture de la Haute Garonne bafoue le secret professionnel des fonctionnaires et agents publics et le droit au respect de la vie privée et renforce l’organisation de la chasse aux étrangers


APPEL AUX SECTIONS, FEDERATIONS ET REGIONS.

La Préfecture de Haute-Garonne met en place, sous couvert de « lutte contre la fraude documentaire », un processus de signalement des étrangers en situation irrégulière aux services de police.

Vous trouverez ci-dessous le texte du communiqué que la section de Toulouse a publié, avec une forte couverture médiatique locale.

Les informations dont nous disposons indiquent que ce projet concerne l’ensemble des départements.

La CNIL est d’ores et déjà saisie par la LDH au niveau national.

Nous vous demandons d’enquêter dans votre ressort géographique, à la mesure de vos moyens d’investigation, sur les initiatives qui seraient prises à ce sujet.

Vos relais syndicaux seront certainement utiles

Et de nous faire remonter dans les meilleurs délais vos constatations.

Merci à toutes et tous de votre diligence.

Contact : communication@ldh-france.org - tel 01 56 55 51 07

Toulouse, le 27 novembre 2007

La Préfecture de la Haute Garonne bafoue le secret professionnel des fonctionnaires et agents publics et le droit au respect de la vie privée et renforce l’organisation de la chasse aux étrangers

Une note interne fait apparaître que, sous prétexte de "lutte contre les fraudes", la Préfecture de la Haute-Garonne tente actuellement de mettre en place, dans le plus grand secret et dans le mépris du secret professionnel des fonctionnaires et du droit des citoyens au respect de leur vie privée, un système d'échange d'informations entre tous les services administratifs et de dénonciation aux services de police et de gendarmerie par l'ensemble des fonctionnaires et agents des services publics du département.

Sous l'égide de la Direction de la réglementation et des libertés publiques de la Préfecture de la Haute-Garonne, est mis en place un "groupe de référents départementaux et des organismes sociaux en matière de lutte contre les fraudes à l'identité". Des agents "référents" de la CPAM, de l'URSSAF, de la CAF, des services fiscaux, des ASSEDIC, de l'ANPE, de la CRAM, de la DTEFP, de la DDASS, de l'ANAEM devront participer à une formation organisée par la Police de l'Air et des Frontières (PAF). Selon cette note, les agents des administrations devraient notamment faire appel à la PAF, à la police et à la gendarmerie à chaque fois qu'ils auront un simple doute sur l'authenticité des documents qui leur sont présentés par les administrés, contrôler l'identité des patients. De plus, dans une note datée du 10 octobre 2007, la Direction de la réglementation et des libertés publiques, qui, sous prétexte d'efficacité, souhaite agir dans la confidentialité, forme le vœu d'une extension des fichiers au niveau national et de "la possibilité de croiser les informations sans croiser les fichiers nationaux car interdiction de la CNIL" en instituant des réseaux de correspondants dans chaque organisme ou administration.

Il est prévu que les entreprises publiques ou remplissant une mission de service public soient également impliquées.

Dans une note préalable, la Préfecture de Haute-Garonne annonçait clairement que cette initiative, répondant à une « logique de réseau », se situait dans le « plan de lutte contre les fraudes commises par des ressortissant étrangers».

La note du 10 octobre implique, entre autres incitations :

- l’identification des personnes en situation irrégulière ou d’éloignement

- les fraudes à l’hébergement, la « couverture » de situation irrégulière

- l’amélioration du contrôle de la résidence déclarée

La Police aux frontières (PAF) est le maître d’œuvre de ce dispositif.

Il s’agit donc bien d’organiser, au niveau des organismes sociaux, un système de signalement systématique, et de faire de leurs agents des auxiliaires de police.

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Il est symptomatique que la Justice, en l’occurrence le Procureur de la République, soit absente du processus envisagé, les seuls interlocuteurs désignés étant les services de police.

Les organisations signataires s'insurgent contre cette nouvelle tentative de bafouer, hors de tout cadre légal et dans le plus grand secret, le secret professionnel auquel sont soumis les fonctionnaires, qui protége l'usager du service public contre la divulgation d'informations à caractère secret. Le respect de cette obligation est le corollaire du respect de la dignité de la personne humaine, principe doté d'une valeur constitutionnelle, et du droit de tous les citoyens au respect de leur vie privée.

Après la loi Perben II du 9 mars 2004 et la loi sur la prévention de la délinquance du 5 mars 2007, les atteintes au secret professionnel sont désormais renforcées par de simples pratiques et notes administratives sans valeur légale.

Une telle initiative indique très clairement que se poursuit, en la renforçant, une politique de « xénophobie d’Etat », par la mise en place de fichages et d’incitation, voire d’obligation administrative, à dénoncer des situations irrégulières ou anormales. En l’occurrence, tous les citoyens et personnes résidant sur le territoire national sont menacés.

SIGNATAIRES au 27/11/2007 :

CGT, Union départementale 31, FSU 31, Ligue des droits de l’Homme – Toulouse, Solidaires 31, Syndicat des avocats de France, Toulouse, Syndicat de la Magistrature, Toulouse, UNSA Conseil Général 31, UNSA Education

Notre site
http://resf71.charolles.info/


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Ndé: voir aussi à propos du non à Vichy, un échange en 2004 , entre différentes personnes soucieuses de maintenir un écart entre les psychanalystes et les pouvoirs publics.