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mercredi 2 juillet 2008

Arrêté délire l'article 52

Comment faire état simplement d'une réaction à quelque chose d' aussi insaississable qu' un « projet d’arrêté subséquent au projet de décret d’application de l’article 52 »?


Ou bien le lecteur sait de quoi il retourne, tel que je le suppose, à savoir pas forcément tombé par hasard sur ce billet du blog, mais venu ici par curiosité pour pêcher une réaction énoncée au milieu du grand calme plat collectif autour de cette nouvelle action; ou bien le lecteur ne sait pas, auquel cas il lui est humblement demandé de suivre le lien indiqué plus haut vers le site LTA. Cette nouvelle action administrative d' écriture est-elle simplement destinée à mater la folie à la manière policée du discours du maître, qui n' a guère de souci des effets de son énonciation, dès lors que ceux qui le portent n' ont d'autre souci que d' effacer toute trace d' alternatives ? Ou cet acte d' écriture ne vise-t-il qu' à contourner de manière phobique la question de la folie en générant une façon de redresser les esprits ?


Je vais, par artifice d' écriture, supposer que le rédacteur dudit arrêté est un rédacteur naïf, qui ignore par vocation autant que par acharnement volontaire toutes les conventions qui ont cours à l' intérieur du domaine psy, à commencer par celle qui consiste à bien vouloir prendre en considération de manière forte et ferme, que le savoir concernant ce champ, n'est qu'une convention, un tissu d' hypothéses cohérentes et tenables ; et puis, de manière secondaire, que cette convention de savoir se construit sur la reconnaissance implicite du fait que ce savoir est relatif au fait même du langage ; et que ce fait même du langage conduit à formaliser une distinction de fait entre la chose et le signe qui la conditionne ; de sorte qu' il ne peut qu' échapper à ce rédacteur naïf qu' il traite du signe alors même qu' il est convaincu de traiter de la chose, par la manipulation des signes à laquelle il se livre, pourtant impuissante à l' encercler, et même de loin.


C' est cette impuissance même qui conduit ce rédacteur naïf à répéter jusqu' à plus soif son assise sur la vague et floue notion de « trouble » ; faut-il qu' ici je cite ? Fort bien :


« — Une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques :

C’est-à-dire la connaissance des grandes entités psychopathologiques aux différents âges de la vie, avec la capacité de repérer les troubles psychopatologiques. La connaissance de la symptomatologie relevant de ces différents troubles. Aptitude à reconnaître, d’une part, les troubles qui apparaissent aux différents âges de la vie, à savoir les troubles de l’humeur, les troubles anxieux et les troubles psychotiques ; et d’autre part les troubles spécifiques d’une période de la vie. Ainsi, pendant l’enfance et l’adolescence : connaissance des troubles envahissants du développement, des troubles des acquisitions, du retard mental ; connaissance des troubles des conduites, des conduites de dépendance ; à l’âge adulte et au cours du vieillissement : des troubles de la personnalité ; de l’évolution de ces différents troubles, mais également des états confusionnels et des états démentiels. Il est également attendu des connaissances approfondies des conduites addictives, des différents troubles psychopathologiques post-traumatiques ou consécutifs à une atteinte somatique (par exemple : cancers, maladies infectieuses, maladies neurologiques, diabètes, …). »


En somme c'est bien simplement qu' est tracée la différence entre le normal et le pathologique : quand quelque chose ne va pas, c' est trouble, et alors là il y a quelque chose que le psychothérapeute devra connaître, et c' est la nature de ces troubles. Et ce bien ententendu, à la lumière de la capacité de discernement des « grandes pathologies psychiatriques » ... Quant à la texture des connaissances du psychothérapeute, elle est laissé au flou :


« — Une connaissance des fonctionnements et des processus psychiques :

Qui comprend la connaissance du développement normal de la naissance jusqu’à la fin de la vie, en passant par les grandes étapes du développement, à savoir le bébé, l’enfance, l’adolescence, l’ âge adulte et la vieillesse. Les différentes étapes des développements affectif, comportemental et cognitif doivent être connues. La connaissance des déterminants psychosociaux des comportements individuels, notamment des phénomènes d’ influence et de manipulation d’ autrui. Une connaissance des grandes fonctions comportementales, motrices et cognitives est également nécessaire. De plus, il est attendu que la démarche adoptée soit une démarche intégrative, c’est à dire qu’elle aborde ces notions selon différentes approches, qui seront considérées comme autant d’ éclairages distincts, sans se cantonner à un seul point de vue théorique. »


Fonctionnement, processus, étapes du développement, bébé, enfance, adolescence, etc, étapes des développements, etc, etc... sont posés là comme des objets de connaissance, mais des objets dont le statut est d' être posés ici comme des objets réels et non comme les faits de discours qu' ils sont... C' est de ce fait même que la psychanalyse se trouve intégralement révoquée, que la psychanalyse lacanienne se trouve implicitement et très malproprement éconduite, même si l'on songe à la faire rentrer par toutes petites doses par la fenêtre, lorsqu' on aura trouvé comment l' ouvrir. Tacitement la psychanalyse est considérée comme ce dont il faut détourner le psychothérapeute.


Je ne vois pas comment il serait possible de discourir de ce projet d' arrêté sans durcir et le ton et la portée de la critique. C'est à vrai dire un travail ingrat, de forçat, de bagnard, auquel je ne vois pas pourquoi et au nom de quoi m' astreindre, pour la portée d' efficace que je constate lorsque je lis la progression de ces écritures ; mes collègues étant par ailleurs tout à fait aptes à en prendre par eux-mêmes la mesure.


Il me suffira de souligner que dans ces dernières et différentes étapes de construction de la profession de psychothérapeute, les services du ministère et des différentes administrations dépassent en cauchemardesque les pires de nos prévisions les plus pessimistes. Oui, ces écritures sont des provocations permanentes, un véritable harcèlement contre les professions s'occupant des folies, auquel jouent les services de l'Etat. Pour leur propre bénéfice, c'est la conclusion implacable qui s' en tire. Oui, chaque détail nous révèle la volonté de manipulation des esprits par ces services dont on ne voit ni les racines ni les objectifs, sinon qu'ils sont contraires aux valeurs fondatrices de cette république. Oui, nous constatons que la « sensibilisation à l'éthique » prévue par ce projet d' arrêté ne dépassera jamais celle des promoteurs de cette écriture ; qui en ignorent jusqu'aux prémisses.


Pour ma part, j'inciterai volontiers les rédacteurs naïfs de cette nouillerie délirante de réserver leur talent à l'écriture d'articles dans des magazines de psychologie grand public, puisqu' à l' évidence ils ont le niveau requis pour comprendre le salmigondi new-age qu' on y trouve, mais pas plus. Mais qu' ils épargnent leurs concitoyens de subir les effets de leurs incompétences jumelées en matière juridique, (voir LTA), et scientifico-académique.


DK


PS du 6 juillet: voir aussi http://www.lta.frdm.fr/-Chronica- où l'on trouvera la matière qui provoque ces réflexions ainsi qu'un lien vers la récente prise de position de Jacques-Alain Miller dans "Le Point".

lundi 10 décembre 2007

20071210 - Lettre à Jeanine.

[envoyé à 6h 12 ']


Chère Jeanine,



je te réponds de manière un peu moins lapidaire aujourd'hui, hier soir j'étais fatigué, je ne me suis aperçu que vers 14 heures qu'on était dimanche, juste après la fin de la réalisation de la revue, et après une semaine très chargée d'un point de vue horaire; comme je n'ai rien à faire, je travaille 18 heures par jour; j'ai réalisé la mise en page et la publication des trois livres en dix jours, sachant qu'il devrait me rester quelques jours pour préparer mon quart d'heure de mercredi; je pourrai y consacrer pas mal de temps, je vais essayer de faire quelque chose de bien; je m'y mets tout à l'heure; en fait il y a une demi-heure, en manipulant la version de JAM, il m'est venu une idée de séminaire, ou de colloque, dont le thème serait: "comment j'ai lu certains de mes Lacan", (pour faire pendant évidemment, à l'article de Raymond Queneau, "comment j'ai écrit certains de mes livres"); il s'agirait de rendre compte, (en colloque), de la manière dont, à un moment, quelque chose se passe au contact avec le livre d'un séminaire, en particulier, quand on lit Lacan, d'un rapport particulier à un séminaire particulier... Ce serait une bonne entrée en matière d'exposition du thème de la subjectivation, qui est tout de même une notion assez peu limpide, dont la clarté se dissipe à mesure qu'on la trouble, et comment ne pas la troubler en l'examinant? Ou alors, en séminaire, mais il faudrait être plusieurs à vouloir se mouiller la chemise dans une affaire finalement très personnelle... Qu'en penses-tu? Je ne pense pas nécessairement à un colloque très formel dans le cadre très formel de l'ACF, mais à quelque chose de plus interculturel, et toutefois moins lourd que le "groupe de contact". Enfin je lance l'idée comme ça, il y a eu ici, chez moi, lancé par
Serge Hajlblum dont tu connais certainement les travaux sur la voix, (clique ici), un colloque d'une ou deux semaines en été, à 5-6, il y a deux ans, -plus jamais ça!- Excuse-moi, j'ai pris l'habitude de mettre des liens url partout, tout en sachant très bien que peu de gens les lisent, ces sous-entendus; enfin, j'aimerais bien que tu les lises (...). Voilà, j'en dis là plus que je ne devrais...

Pour en venir à la question [que tu soulèves], je ne sais quoi te dire, à mon tour; que des gens désirent se proposer comme psychanalystes, je le comprends, malheureusement. Pour ma part je le fais parce que je peux le faire et parce que je ne peux pas ne pas le faire; je suis également confronté à des démarches et des questions de la part de gens plus jeunes que ma position très (in-)-visible et excentrique interpelle, et souvent je comprends que ce sont des gens qui ont déjà payé un tribut très élevé et qui sont prêts à aller encore plus loin, même s'ils ne me paraissent que rarement avoir saisi de quoi il retourne en matière de travail avec l'inconscient, le how do tant que le what has to be done ou le what does it mean?


Pour le what does it mean, il y en a un exemple merveilleux dans le séminaire V, j'ai coché d'une double barre dans la marge vers le milieu de la page 310, sur les trois lignes qui commencent par "jeunes mâles", "c'est à dire", "qu'il y a", à lire jusqu'au repère 3, p 311, va voir ce passage, puisque tu l'as en main, ce séminaire, de toutes façons, les jours qui viennent, et tu verras qu'il y a là un merveilleux exemple du "what does it mean", du comment lire Freud avec Jacques Lacan, parce qu'après, eh bien il y a la question d'où il le tire, son savoir, c'est à dire la question de savoir qu'est-ce qui est présupposé de savoir pour pouvoir former le savoir qu'il énonce, et l'autre question, beaucoup plus fondamentale, de comprendre ce qui le soutient dans la constitution de l'érudition qui lui permet de métaboliser son angoisse extrême autant qu'inconsciente par le travail de la métaphore, qui lui permet de la métaboliser parce que cette érudition, là, dans ce passage qui sous tend la manipulation de la linguistique, des philosophes grecs et chrétiens, Moïse, tout Freud, Sophocle et le meurtre du père, que cette érudition elle occupe la place de ce qui serait rempli par la Todesangst la plus radicale, après tout, qu'est-il allé faire en analyse, Lacan? Et ce passage a été merveilleusement servi par ce qu' écrit Jacques-Alain Miller, qui suit comme souvent ce qu'on appelle [à tort la sténotypie alors qu'il s'agit de la dactylographie de] la sténotypie: si tu regardes de près, (le passage dans la sténotypie est p 17- (128), tu t'apercevras que la seule modification qu'il amène, c'est le découpage des paragraphes, et rien qu'avec l'effet de ce découpage, on lit le texte différemment; tu observeras également qu'il n'a pas repris les schémas qui se trouvent p 19- (130), pour une raison très simple, il n'était pas là et ne peut les garantir, puisqu'ils n'ont pas été vérifiés par Lacan; et, de fait tu constateras qu'ils sont illisibles; donc, il fait le choix de l'écriture cursive de la parole, il écrit ce qui a été dit, au plus près (...). Donc, vois-tu, on peut largement passer un an à travailler rien que sur ce passage d'une page, si l'on suit les références que Lacan donne, et qui, si l'on veut se saisir de ce qu'il énonce, sont impératives, hélas...



tiens je t'envoie le lien utile



http://www.ecole-lacanienne.net/stenos/seminaireV/1958.03.26.pdf

et la pièce en question en doc jointe [ici en lien url]


http://www.ecole-lacanienne.net/stenos/seminaireV/1958.03.26.pdf




Généralement pour trouver les textes je passe par mon blog, c'est plus rapide, c'est même pour ça qu'il est fait, c'est un didacticiel de psychanalyse qui s'appuie sur le web lacanien dans son ensemble, et à ma connaissance, le seul; c'est même pour ça que c'est une savonnette, à la différence d'Oedipe qui est un pot de glue; c'est même carrément l'anti-oedipe, ce blog, pas du tout un portail, juste le contraire, un échangeur qui mêne aussi bien aux lieux les plus importants de la psychanalyse qu'aux raretés, aux dictionnaires, etc; quand je vois le boulot qui y est fait et le relativement peu d'usage qui en est fait, dans la région au moins, parce qu'ailleurs, il y a des gens qui ont compris à quoi il sert... Mais tout de même la diffusion papier est très importante parce qu'elle est belle, (je n'ai pas vu les exemplaires brochés et ne les verrai que dans quelques semaines, c'est imprimé aux states, mais j'ai les pdf, et crois-moi, c'est beau; c'est de la belle revue, un concept totalement nouveau de revue de psychanalyse qui se vendra aux états-unis, (d'où le nom), et peut-être même en France... C'est un peu cher peut-être mais c'est également un livre de photo, il y en a 39, et la fabrication du livre, sa publication, est la seule manière pratique de me garantir un copyright sur ces textes et ces images... qu'on peut tirer en 50x60, la définition est suffisante... Ce n'est pas que je pense que cela m'enrichira un jour mais mes petits enfants peut-être...

Bon, je m'égare, on reparlera... Avec le what does it mean il y a également le so what; que faire de tous ces gens qui veulent toucher à la psychanalyse tout en ayant une position tout aussi phobique que Lacan mais sans retourner à Freud comme il le fait? Tu sais, ce texte, "les prolégomènes etc", la première version a douze ans d'âge, les éditeurs ont peur de perdre de l'argent, dont acte; ça ne m'a rien coûté de le rendre disponible, et quand j'en aurais vendu autant d'exemplaires que le nombre de fichier word que j'ai distribué, soit une cinquantaine, je saurai que la tendance française à me snober* se sera inversée...



Allez, je vais travailler un peu... Bonne journée,



Didier


*Ndé: Comme dit Noémie, « Papa n'est pas Modeste ». Ah ça c'est bien vrai ça. Vous vous rappelez de la BD « Modeste et Pompon »? Mais quand elle m'appelle « Père », ça me va aussi bien. Pas sûre qu'elle soit si croûlante, la fonction paternelle des croûlants. Il y a encore des d'jeun's pour en soutenir l'illusion; il n'y a plus qu'à espérer que la police de caractère ne leur fatigue pas trop les moeurs... Y'a des moeurs et des keurs dans mon hlm... Baste!

lundi 20 août 2007

Le transfert est dangereux…

C’est une des curiosités qui se rencontrent à chaque pas, cette déclaration que le transfert soit dangereux. La curiosité n’est pas tant qu’il soit d’emblée affirmé comme tel, dans son existence, sans que soit même moindrement remis en question ce fait : asseoir ainsi le transfert comme un fait immédiatement sensible à tous, bien connu dans ses tréfonds, alea, manifestations et dérangements, fonde implicitement le psychanalyste comme son adresse. Le fonde implicitement comme son adresse parce que c’est bien des cures faites par Freud que le terme s’en est trouvé historiquement posé.


Admis le transfert dans cette pose qu’il trouve dans l’opinion commune, et quelques soient les formations et déformations qui lui ont été données ou soustraites, c’est la psychanalyse qui se trouve admise du même fait, intentionnellement ou pas.


Dangereux, le transfert ; c’est dire avec une certaine duplicité qu’il ne ressort pas de l’anodin, pour fuyant qu’il soit d’une adresse à l’autre. Car une fois saisi comme tel, fait, phénomène, manifestation, production un peu inopinée allant d’un autre à l’Autre, pour être ensuite retournée d’un Autre à l’autre, parfois, dans le meilleur des cas, ce transfert sort de l’anodin pour se trouver être mis en danger de manipulations diverses et variées, au risque des torsions et rétorsions que la personne qui le tend au devant de soi pourrait bien se voir retourner.


Dangereux… Il touche, plane entre nous comme manifestation repérable d’un autre point de vue que celui du sujet auquel on l’attribue, sans qu’il soit possible d’emblée de faire admettre à celui-ci d’abord le fait de sa présence, et ensuite son caractère d’intention non-intentionnelle, d’inclusion d’un désir échappant à l’intention du dire, et venant, se posant là comme l’incitation première à l’énonciation qui fait du parlant le support d’un dire qui l’excède ; et dont souvent d’ailleurs, il est lui-même excessivement excédé.


Dangereux, le transfert ? Pas seulement pour les travers et déboires qu’il conditionne à tel sujet qui en est l’émissaire, mais pour les dérangements qu’il détermine chez ceux qui, par inadvertance, s’en font les destinataires, de hasard, à l’occasion d’une quelconque saisie d’un dire passant à portée de leur oreille. Il semble bien que pour lire la lettre du transfert il faille se contraindre aux conditions où il se trouve avoir été repéré, avec la contrainte qui s’ensuit, d’avoir à renvoyer la lettre à son destinataire, en rendant à son émissaire les termes de sa lisibilité. Il y en a pour déclarer qu’une fois inventé, par Freud, -invention au sens de la trouvaille-, le transfert, il suffirait ensuite d’utiliser la trouvaille pour l’appliquer à des modalités thérapeutiques moins contraignantes que celle de la réception du propos qu’il accompagne. Ce qui a pour effet de faire de ce propos une lettre sans plus de destinataire que d’émissaire, et de transporter le propos en question dans le champ d’un savoir à retraduire dans les termes de la logique ordinaire. Thérapeutique où il n’y aurait au fond qu’à redresser le logos, celui-ci fruit imparfait d’un apprentissage raté. Et l’on renvoie ainsi la coulpe à l’éducatif, qui ne demande que des fonds pour se parfaire, surtout à se battre les flancs d’une question de fond que pose le transfert, qui est de savoir, au particulier comme à l’universel, ce qu’il signifie du sujet.



On voit bien là que le transfert n’est pas à mettre entre toutes les mains. Avant que Freud ne le désigne, le transfert excellait à produire ses contorsions aux nez et barbes de maîtres qui avec néanmoins beaucoup d’à-propos y repéraient dans leurs chuchotements privés la trace du sexuel qu’il y avait lieu de voiler de termes savants. Les convulsions auxquelles cette première prise d’un transfert tendu vers un destinataire qui se refuse nous donnent encore aujourd’hui l’idée du danger qu’il y aurait à laisser de côté tomber le transfert en marge du dire pour plier le dire à une forme d’interprétation qui ne serait qu’herméneutique. Herméneutique savante, distinguée, érudite parfois, mais tout de même trop à distance de ce qui la cause pour être pertinente.


Sous la plume de Freud, lui qui ne s’est pas arrêté à la satisfaction exprimée par son maître Charcot à la lecture de la traduction de ses leçons en allemand, l’on trouve d’abord, quant au transfert, cette première occurrence de « transfert de pensées ». Cette impression qui lui est d’abord laissée, avant plus ample élaboration, que des pensées lui sont transmises par ses patients au travers de ce qui se dit, est encore prise à son point de départ comme une conception assez proche de l’idée d’une transmission télépathique, qu’il a ensuite réfutée. Cette réfutation assez problématique à l’époque le conduit à formuler qu’il y aurait quelque chose à interpréter : non pas en termes de transmission de pensées ou encore d’affects, mais en termes d’effets, sur lui Freud, en son intimité d’auditeur, de quelque chose qui ne lui est pas particulièrement destiné en tant que personne. De quelque chose qui lui est donc non pas transmis, (il n’est pas le destinataire), mais transféré, (il est destinataire de passage), par ce qui est dit, intrinsèque au dire, mais non d’emblée produit, admis et porté par le dire lui-même, qu’un enregistrement des propos pourrait par exemple authentifier. Ce qui est dit lui apparaît donc dit à un destinataire particulier qu’il ne fait que représenter pour un temps, ce temps qui est le temps du dire.


Freud ne se fait donc pas tant dépositaire du propos, ou rééducateur de l’expression, que traducteur de ce qu’il reçoit comme trace du destinataire, et supportant la place de destinataire du dire qui lui est octroyée de manière ainsi éperdue, l’interprète en la nommant d’abord dans le registre des relations humaines primordiales. Ce n’est pas dire qu’il faille se cantonner à ce registre d’interprétation. C’est souligner que quelque retrait que l’on fasse dans la prise en compte du fait du transfert, l’on en reviendra toujours à la suggestion. C’est dire que le fait du transfert réfute le champ thérapeutique qui le répudie à n’en point faire l’instrument de sa dissolution. La position de la psychanalyse est donc foncièrement problématique au regard des champs thérapeutiques lorsqu’on y soutient qu’il y aurait un effet thérapeutique en dehors de toute prise subjective, ou bien encore qu’il y aurait moyen de thérapie subjective sans éléments de transferts. Dans ces champs la position de la psychanalyse est problématique parce que l’on y fonde de sa reprise et de son élimination en un seul pas qui voudrait à la fois reprendre, ramasser, et nier : voilà où le transfert est dangereux, dit tel, dévoyé, à proprement parler.


Je préfèrerais donc qu’on en admette que le terme se réserve de la psychanalyse, s’y entend et s’y déploie, et qu’il devienne bien clair pour tous que les traductions, adaptations et relectures qui en sont ou qui en seront faites pour en distraire la fonction en psychanalyse dans le champ du cognitivisme, qui est la peau de chagrin du thérapeute, n’amèneront jamais le sujet désirant à la satisfaction de sa demande d’analyse : nous sommes aujourd’hui à l’heure où l’on peut trancher si Freud avait ou non lieu d’entendre cette demande incluse dans le symptôme du parlant au titre, peut-être pas du sens, mais d’une réponse possible, et appropriée. Appropriée non pas à la seule fantaisie de Freud, mais également aux structures de discours que Lacan a dévoilées à partir de sa lecture de Freud.

Autant les psychanalystes sont fondés à soutenir que Freud a été psychanalyste, autant ils s’accordent aujourd’hui de ce que Lacan a été l’un de ses passeurs, autant devraient-ils trouver à s’accorder de ce que Lacan, aura lui même franchi cette passe, porté à cette place de psychanalyste par les témoignages de ces passeurs, qui nous révèlent que ce n’est pas la capacité à susciter le transfert qui fait l’analyste, -là serait le danger-, mais sa capacité à supporter de n’en être que l’effet.


C’est ce point à partir duquel il apparaîtra qu’il n’y aura pas eu, de la part du psychanalyste, de jouissance du transfert, et que son danger ne tiendrait qu’à une erreur de lecture, voire de destination.

DK




jeudi 26 juillet 2007

Psychoses : avec Lacan, structures et identifications nosologiques.

Il existe somme toute différentes manières de poser les termes de la présentation clinique différentielle, une fois sorti du cabinet du psychanalyste, de ses silences et de son secret. Alors que Freud présentait les résultats de sa méthode au regard de la psychiatrie de son époque, marquée par Kretschmer, Kraepelin et Bleuler, essentiellement descriptive et acharnée à construire l'entité clinique à l'aide du cas, et impuissante devant le déroulement des « processus morbides », Lacan, quelques années après sa thèse, -cette thèse dont il ira à un moment exquis jusqu'à racheter les exemplaires disponibles en librairies pour les retirer des ventes-, a soutenu que le psychanalyste ne doit pas reculer devant les psychoses.


La situation actuelle, qui produit l'effacement progressif de la description clinique de la maladie au profit d'une approche multi-symptômatique destinée à effacer par traitement chimique les différents aspects de la plainte, a conduit les cliniciens à un certain égarement. On peut constater aujourd'hui que les développements de Lacan sur les psychoses ont sans doute contribué à entifier la notion de structures psychiques et renforcer l'opinion clinique selon laquelle les sujets sont irréfragablement inscrits dans une structure névrotique ou psychotique, c'est à peine s'il reste quelque place pour des débats de chapelles sur l'existence ou non de la perversion comme structure. Les lacaniens se doutent bien que même quand le cas correspond bien à la description diagnostique, il n'y a pourtant rien de moins assuré que de faire passer celle-ci pour l'expression d'un réel. Aussi les cliniciens tiennent-ils pour psychoses ce qui s'acharne à conduire leurs interventions thérapeutiques à l'échec, et se rabattent-ils sur ce qu'il paraît que Lacan aurait déposé comme savoir sur les psychoses, et s'évitent ainsi l'examen de ce qui a été présenté et discuté depuis, sur les traits différentiels de l'expression langagière, le diagnostic étant établi le plus généralement sans que soient repérés si les dérèglements de la paroles concernent les réseaux associatifs métaphoriques, métonymiques, ou laissent affleurer des translittérations. Il me paraît essentiel de se pencher autant sur les questions cliniques que sur les réponses. Selon que l'on considère avoir affaire à un style de parlure chez un sujet ou à un sujet structuré dans la névrose ou dans la psychose, on n'obtient évidemment pas les mêmes effets sur la persistance symptômatique. Cela fait de nombreuses années que je discute avec des collègues qui ont eu des rapports textuels prolongés avec Lacan, et j'aboutis à ce constat: ceux qui se penchent sur l'examen de la structure du sujet sont en position de perdition de la clinique, alors que ceux qui sont attentifs au style de son mode d'expression s'attachent à transmettre la psychanalyse: que puis-je donc en conclure?

DK


vendredi 20 juillet 2007

La blague du blogue : évaluation, la psychanalyse est au rebut, le psychanalyste est ailleurs.

Bon, d'entrée, l'idée de raconter pourquoi et comment ce blog me rappelle"pourquoi j'ai mangé mon père", les connaisseurs apprécieront, allez, mieux, ils évalueront. Il existe actuellement une si grande masse de sites, documents et blogs qu'il est déjà difficile de trier; d'où cette idée qui m'est venue de proposer un traitement ciblé de l'information pour ceux que la psychanalyse ne rebute point, et qui auront la patience de cliquer sur les liens url que je fais, qui sont un substitut aux notes académiques, un substitut dont les avantages sur les notes en bas de pages compensent quelques défauts, s'ils veulent suivre un peu ce que je tente de faire apparaître; disons que c'est une coloration, je fais là mon coloratur. J'ai compris il y a longtemps que sur Oedipe on ne lit que trop rapidement, à part quelques-uns qui se sont donnés bien de la peine. J'ai dû en passer stylistiquement par l'imitation de saint Lacan pour parler. Car on n'écrit guère sur le web, l'on parle, et mieux, l'on se parle, de sorte que si j'imite ce à quoi l'on s'est habitué il me reste quelque chance d'échanger des idées avec quelques-uns sur cette nouvelle planète délocalisée de la psychanalyse, qui, n'est-ce pas est partout, tandis que "nous" sommes ailleurs. Citations implicites, et coetera, que j'essaie d'expliciter, d'indiquer par des liens pour les nouveaux venus dans cette topologie asphérique. De sorte qu'apparaisse dans une sorte de lappe-peu-près de quoi il retourne.


Au cours d'un périple récent quelqu'un qui m'est très cher m'a incité à installer Picasa2 sous windows, et en essayant le lien "blog this", par curiosité... voilà toute l'histoire, l'inconscient aura parlé, sans plus que j'ai là-dessus à m'expliciter davantage... Et ce qui m'est venu ensuite, et bien voilà, l'essentiel, on verra. Je n'ai pas, pour l'heure, la latitude d'exercer quelque talent de parleur en séminaire, puisque je rebute, en quelque sorte, plume légère, paraît-il, sans que je sache si cela vaut mieux que la fesse, manque de concision pour le web, comme me l'a dit JPK il y a quelque temps, toujours est-il que j'ai ainsi un moyen de faire découvrir à quelques-uns un certain nombre de détails qui m'intéressent, mais sans avoir évidemment le temps de rentrer davantage dans la discussion critique de ce que j'indique; pour autant, il me semble d'abord nécessaire de faire savoir ce qu'il y a, ce qui grouille sous la masse amorphe de la psychanalyse aujourd'hui, pour ceux qui, par manque de temps, sont voués à s'ignorer mutuellement, ou par leur position de bachelor, sont voué pas à pas à discerner les codes implicites, ce qui se cache sous l'apparence usuelle des mots. Je dois d'ailleurs m'excuser auprès de ceux à qui je ne signale pas que des liens vers leurs pages figurent sur ces pages de "L'essentiel...".


Toujours est-ils que le parti est pris, comme ailleurs, de renvoyer systématiquement à des sources externes, pour des raisons évidentes, et pour ainsi dire, rappeler à quelques-uns le paradoxe d'une certaine tension vers une sorte d'universalité tout en faisant des lecteurs un public captif. Pédagogie première. Juste à rappeler qu'il faut marquer la différence entre ceci et cela.


Merci à tous, bonjour à Dallas et à Bombay, avec mes meilleures pensées, (les autres, les refoulé-je? Pas certain!).


DK

PS: pour l'instant les commentaires ne sont pas modérés, mais je me réserve le droit d'y revenir.