vendredi 8 février 2008

Politique de la psychanalyse

Avis:

Le texte qui suit, d'intervention de Madame Bachelot-Narquin, est repris par copier-coller, tel quel, d'un envoi d'abonnement à une liste électronique de l'ECF. Ceci pour mémoire: je commente ici rapidement, en cours de lecture, et parsème de quelques questions avec lesquelles on pourra accompagner la lecture de son discours...

1) Afin que chacun ne reste pas dans son coin à digérer le discours de l'autre, il convient tout d'abord de se rappeler que les psychanalystes ne participent pas en tant que tel au système de soin et encore moins à sa politique, ou à quelque politique de soin que ce soit; et ce, sans qu'il y ait forcément de frottement, contradiction ou divergence, se souvenir qu'une politique de la psychanalyse est nécessairement une divergence de fond quant à toute politique de la santé; le bénéfice que la politique de soin peut escompter en tirer: l'examen de son efficacité symbolique; -il n'y a en effet pas à considérer de manière préliminaire ces rapports entre politique de la santé, (qui est mise en oeuvre par l'État), et politique de la psychanalyse, (qui est la question que pose collectivement la communauté analytique, à dix mille voix une par une), soit rapport de force ou de pouvoir; la psychanalyse, aujourd'hui, on le constate, a pour politique de rouvrir le dialogue intime de la politique de la santé avec elle-même, à un moment où elle sort, la tête haute, d'une phase de confusion préliminaire; et il convient de garder à l'esprit que si nous voulons que la politique de la santé en sorte la tête haute, il est de notre devoir de l'amener à se délester du souci du contrôle de la pensée, toute norme en ce domaine ne menant qu'à une dégénérescience, pourrait-on dire, de l'accueil fait aux citoyens en situation de fragilité, qui sont, faut-il le rappeler, la cause des institutions.

2)Les psychanalystes peuvent-ils participer à la politique institutionnelle de soins? En tant que tels et en tout état de cause, l'impossibilité construite de leur présence en tant que telle sur le terrain institutionnel, donne la mesure du chemin à parcourir pour que la présence du psychanalyste soit inscrite comme possibilité dans les institutions de soin; et ce non pas au titre de psychologue ou de psychiatre ou de psychothérapeute, mais comme psychanalyste, et à ce « titre »: quelque concession que ce soit sur ce point précis rend inutile quelque discussion que ce soit du contenu même de la formation du psychanalyste et du contrôle du contenu de ce titre, que ce soit par les associations de psychanalystes, ou par quelque struture institutionnelle pour l'instant inexistante, et il faut bien le dire, indésirée tant des psychanalystes que de ceux qui s'adressent à eux, ceux à qui cette situation ne convient pas ne manquent pas par ailleurs d'adresses, celles-ci déjà citées: à savoir psychanalyste – tiret - quelque chose, ou bien, autre chose que psychanalyste, diplômé ou non.
3) Quelque soit l'intérêt des démarches pluridisciplinaires, les psychanalystes n'éprouveront guère d'intérêt à complémenter les démarches de soins qui leur font les yeux doux aux fins de tautologies bien illusoires; non que la psychanalyse ait à résister aux soins, mais a à ne pas participer à leurs incantations; me semble-t-il du moins.
4) Par conséquent, n'ayant à participer aux soins qu'à titre d'être consultés pour les discuter, ou entendre les discussions que soulèvent les soins et leur élaborations par des bonnes pratiques, celles-ci codifiées pour rendre applicable une politique de santé dont les buts sont nécessairement en partie voilés et les finalités structurellement incertaines, les psychanalystes ont donc à faire l'effort extraordinaire de se rendre disponibles pour être à même d'émettre un refus ou une acceptation à toute demande d'entretien, qu'elle émane d'un particulier ou d'une représentation institutionnelle : c'est en somme ce que la psychanalyse exige du psychanalyste, qu'il sache attendre d'er, à ce titre consulté, serait-ce par une institution. Ce serait bien confortable qu'il en soit autrement, mais tout autre politique à pour effet de faire disparaître la psychanalyse des terrains où elle se situe, universités, hôpitaux, on l'a vu par le passé. Il ne s'agit là que de discipline, de la discipline psychanalytique, puisqu'on ne peut pas parler des déontologie dans ce secteur d'activité, et que l'éthique recoupe un tout autre champ que celui d'un maintien en vie d'une matière, (discipline, méthode, ou ce que l'on voudra).

Mes amitiés et mes voeux les plus chaleureux aux participants du forum des deux jours qui viennent... À part ça, abonnez-vous au nouvel âne, qui va être indispensable dans les temps qui viennent, en plus d'être un journal vraiment excellent.

DK

ndé: lien sous titre http://www.passant-ordinaire.com/revue/34-228.asp


ecf-débats
liste électronique du Conseil de l'Ecole de la Cause freudienne
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Modérateur :Luis Solano 7 février 2008

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Intervention
par Madame Roselyne BACHELOT-NARQUIN
Ministre de la santé, de la jeunesse et des sports
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COLLOQUE

sous la Direction de Mr. Jacques-Alain MILLER

DÉPRIME - DÉPRESSION
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-Vendredi 1er Février 2008-
à 18h00
(MINISTÈRE DE LA SANTÉ, DE LA JEUNESSE
ET DES SPORTS)




Mesdames et messieurs,

Cher Jacques-Alain Miller,


Au risque de vous surprendre, risque que j’assume avec un plaisir non dissimulé, je voudrais ouvrir mon intervention par une citation du Président de la République : « la politique de la vie, c’est une politique qui part du principe que la qualité est plus importante que la quantité, que s’agissant de ce qui touche intimement à la vie, les critères qualitatifs sont plus importants que les critères quantitatifs ». Et d’ajouter : « c’est bien pour cela que la politique existe : parce que tout n’est pas quantitatif ».

La ministre de la qualité des soins que je veux être reprend volontiers à son compte de tels propos. Il convient, en effet, d’accorder ici aux mots toute leur valeur, d’en restituer la portée éthique, d’en déchiffrer, oserais-je dire, le sens.

En matière de santé, comme c’est aussi le cas pour la culture ou l’éducation, l’action publique ne saurait, sans trahir sa finalité, se réduire à la seule gestion des choses.

Cette maison qui vous accueille aujourd’hui, et dont vous saurez interpréter comme un signe, l’hospitalité, est une de ces maisons communes dont la vocation publique justifie l’ouverture au débat.

L’administration de la santé elle-même ne saurait être, par principe, par destination, une administration sans âme et sans épiderme, insensible aux exigences de la vie.

Et cela, d’autant moins, je tiens d’entrée de jeu à le souligner, que c’est bien la finalité qualitative de notre politique qui doit désormais structurer notre appréhension des problèmes.


Ainsi, les questions de santé publique qu’il nous revient de traiter ici, compte tenu de leurs enjeux éthiques, ne sont pas, malgré leur complexité, ou plutôt devrais-je dire, à cause de cela, l’affaire de quelques spécialistes isolés.


L’élaboration d’une politique de santé exclut, par définition, le cloisonnement disciplinaire : expression en elle-même assez éloquente sans qu’il soit nécessaire d’en redoubler l’énoncé par quelques commentaires.


La complexité des enjeux exige plutôt une méthode toute particulière, adaptée à l’objet de notre réflexion. Esprit de géométrie et esprit de finesse doivent ainsi s’allier pour appréhender une réalité qui, par définition, ne saurait se réduire à quelques abstractions mathématiques.

Sachons donc résister à ce triste tropisme qui consiste à tenir séparés des domaines de compétences qui devraient, au contraire, se fertiliser réciproquement par la pratique de l’échange.

La science, elle-même, pour quiconque est un peu sérieusement instruit de son histoire, est plutôt rétive aux réponses toutes faites, et ne doit ses progrès qu’à la capacité de questionner son propre savoir.

Certes, la certitude est généralement plus rassurante que le doute. Cependant, à mes yeux, ce sont, plutôt que le dogme asséchant, les bonnes questions, celles qui dérangent, qui valent d’abord d’être entendues.

Ce sont elles qui, toujours, nous aident à progresser dans la réflexion, nous protègent des simplifications abusives, de la grossièreté scientiste.

Aussi je ne puis que me réjouir que résonne entre ces murs cette parole vive, cette libre parole qui interroge.

Je suis fière, en effet, de vous donner ici l’occasion de tenir ce colloque sur déprime et dépression, l’occasion de poser les questions qui font et qui doivent faire débat, compte tenu de leurs implications éthiques.
*

Je voudrais m’arrêter ici, un instant, pour invoquer, non pas quelques principes abstraits, mais plus précisément le scrupule méthodologique dont la vertu essentielle est d’infléchir sensiblement notre manière d’être vis-à-vis de celui qui souffre.

Cette exigence éthique que Freud situe au cœur de la pratique analytique, et qui a profondément modifié le regard que nous portons plus généralement sur l’humain, sur sa vulnérabilité, détermine bien le sens de la politique que je veux conduire, suivant une démarche résolument qualitative.

Le fondateur de la théorie psychanalytique a aussi mené en son temps un combat pour la liberté, contre le préjugé et l’ignorance.

Les progrès accomplis depuis, en matière de diagnostic et de traitement, et plus largement dans la perception même des troubles psychiques sont, pour une part sensible, redevables à ce combat.

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que les troubles psychiques, appelés hystéries, suscitent encore, à l’époque de Freud, la méfiance du clinicien.

Si, jeune neurologue viennois, le père de la psychanalyse élabore l’hypothèse révolutionnaire de l’inconscient, c’est d’abord pour expliquer des phénomènes pathologiques dont la médecine jusqu’alors ne savait rendre compte scientifiquement.

Objet d’étonnement, de réprobation, condamnés avant d’être soignées, craintes et parfois tournées en dérision, ces pathologies ont été jugées bien avant que d’être comprises. Ces temps, nous pouvons l’espérer, sont révolus.

Il reste, cependant, encore beaucoup à faire et à apprendre. Certes, le regard social a changé. Les traitements se sont perfectionnés. Les derniers développements des sciences humaines, les contributions croisées de la philosophie, de la psychanalyse et des sciences ont favorisé l’émergence de nouvelles problématiques.
*

L’humain, en raison de l’indétermination ontologique qui fonde sa complexité, résiste à toute modélisation.

La prise en compte de cette complexité impose, de toute évidence, de s’inscrire dans une démarche pluridisciplinaire.


C’est dans cet esprit, notamment, que je compte initier une politique de prévention innovante qui puisse davantage bénéficier de l’apport des sciences humaines.


Alors même que la nouvelle donne planétaire induit partout de profondes mutations, nous ne devons pas hésiter à réviser quelques unes de nos glorieuses certitudes et à réformer nos modalités d’intervention.

A cet égard, il conviendra sans doute de repenser la manière même dont nous nous adressons aux individus, en veillant à nous rendre plus disponibles à la surprise de l’événement singulier.

Aussi, je crois que la réflexion analytique a un rôle essentiel à jouer dans les débats de santé publique.

Je crois aux vertus de l’échange entre les différentes disciplines, échange qui suppose toujours la pluralité des points de vue et des expériences spécifiques, échange qui permet aussi parfois d’éviter la fadeur artificielle du consensus mou.
*

Je suis donc très heureuse que puisse se tenir ici, dans cette maison que je ne conçois pas comme une citadelle sans porte ni fenêtre, un colloque dont les contributions riches et variées ouvriront des perspectives de réflexions fructueuses.

Je vous souhaite à toutes et à tous bonne continuation dans vos travaux dont le programme chargé indique bien votre souci d’explorer, suivant ses nombreuses configurations, le territoire contrasté de la dépression.

Je suivrai, soyez-en assurés, avec la plus grande attention les conclusions de ces journées. Vous savez d’où je parle.

Je vous remercie.
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