lundi 12 novembre 2007

brouillement

Le traitement de masse de la depression bat la campagne, et fait l'economie de l'ethique; communication de la depression, 4

« Le Monde », 16/10/07

[http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-967538,0.html]


« Deux années de discussions auront été nécessaires pour aboutir au lancement, mardi 9 octobre, par le ministère de la santé et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), d'une première campagne nationale "La dépression : en savoir plus pour en sortir". Ce dispositif d'information (guide, site Internet, spots radio et télé) intervient alors même que les décrets d'application réglementant l'usage du titre de psychothérapeute n'ont toujours pas abouti. Et qu'il n'est pas question, "dans un contexte de déficit de la Sécurité sociale", a justifié Roselyne Bachelot, ministre de la santé, de prendre en charge l'accès à un psychologue. »


(souligné par DK)


On peut retenir également de ce passage, la phrase qui précède celle soulignée: « Ce dispositif d'information (guide, site Internet, spots radio et télé) intervient alors même que les décrets d'application réglementant l'usage du titre de psychothérapeute n'ont toujours pas abouti ».


Donc:


  1. durant deux ans, le ministère de la Santé et l'INPES, dans un contexte qui ne justifie certainement pas que les psychanalystes restent ignorés, discutent de mesures à prendre relatives à quelque chose qu'ils nomment « dépression »;

  2. le « déficit de la sécurité sociale » chasse hors de portée la prise en charge non pas la consultation d'un psychologue, mais « l'accès à » un psychologue.


L'on comprend mieux que la campagne concoctée par l'INPES exprime contre tout examen raisonné des faits la conviction que « la dépression » soit « une maladie ». Et ne promeuve pas, par conséquent, « l'accès à » un psychologue.


On pouvait lire, dans le Figaro du 6/11/07, ceci:

« L’Inspection générale des affaires sociales estime que les informations délivrées aux médecins sur les médicaments au cours des visites médicales sont trop souvent biaisées.

Le ministère de la Santé, après quelques tergiversations, a fini par rendre public le rapport de l’Inspection générale des affaires so­ciales (Igas) sur l’information des médecins généralistes sur le médicament. C’est surtout la visite médicale qui est le «cœur de cible» de ce rapport.

Quelques chiffres donnent la mesure du poids stratégique de ce secteur : l’industrie dépense chaque année 25 000 euros par médecin généraliste, soit l’équivalent de 39 % du revenu libéral moyen net d’un généraliste (64 000 euros) «pour apporter des informations » aux mé­decins. Un petit calcul des quatre inspecteurs de l’Igas montre que sur la base d’une consultation à 22 euros et de quatre consultations par heure, les sommes consacrées à la visite médicale sont l’équivalent pour le médecin de 285 heures d’activité ! Or, ce «mode d’information médicale fait obstacle au développement de démarches plus exigeantes de recherche d’information par les médecins».

[http://www.lefigaro.fr/sante/2007/11/06/01004-20071106ARTFIG00001-les-visiteurs-medicaux-epingles-par-ligas-.php]


Il apparaît par le biais de cet article qu'il est plus simple d'utiliser l'aliénation quoi qu'il en soit de son coût, pour figer l'ordre social, que d'alléger son poids. S'aliéner les psychanalystes? Le Ministère vous a de ses exigences!


DK



mercredi 7 novembre 2007

où est la tête?

Deux adresses....

Il est possible aujourd'hui d'avoir une certaine idée de ce que des psychanalystes,

http://forumpsy.blogspot.com/

pensent de ceci,

http://www.info-depression.fr/dist/_doc/DEPRESSION_LIVRET.pdf

qui fait campagne contre les lumières...

A méditer: à asseoir la médecine dans la vulgarité, l'on induit des pathologies lourdes; et si l'on formait les médecins à la psychanalyse, pour les tirer de la confusion mentale où la vulgarisation veut les plonger?

DK

lundi 5 novembre 2007

vérité au-delà des Pyrénées.....

Le traitement de masse de la depression bat la campagne; communication de la depression, 3 - Abdication de la subjectivite


« Prendre en charge le paradoxe des lumières nous conduit a repérer de quelle façon il retentit au sein de la transmission de la psychanalyse. D'un côté, la psychanalyse, en tant qu'elle mène un combat contre la censure sociale, demeure d'une certaine façon, sous la bannière de nos encyclopédistes. Nous pouvons même dire que ce combat, voulu par un Freud dans sa référence à l'Aufklärung, est apparemment victorieux du fait de la progressive levée en masse du refoulement social. Si, de cette victoire, s'avérant par le bouleversement des mœurs, par une libération sexuelle tous azimuts, j'ai dit qu'elle était « apparente » c'est pour la raison suivante : s'il y a une libération des mœurs, dont nous devons nous féliciter, que devons-nous penser du fait que parallèlement à cette libération des pulsions nous constations, dans notre expérience de la cure, que ces sujets nouvellement libérés quant à leur jouissance, s'avèrent si souvent en panne envers ce qu'il en est de leur rapport à la parole ? Tout ne se passe-t-il pas comme si les brèches faites dans la censure sociale ouvraient l'accès à une nouvelle jouissance de masse mais au prix de fermer l'accès à la parole singulière ?


La souffrance contemporaine –dite dépression- apparaît ainsi comme l'expression d'une jouissance muette qui ne disposant plus du mot, renvoie le sujet à une solitude liée à l'abdication de sa subjectivité de « parlêtre ». »


(Alain Didier-Weil, LA PSYCHANALYSE, LE POLITIQUE ET LE PARADOXE DES LUMIÈRES, Communication faite à l'Agora le 25 mars 2004)

http://www.oedipe.org/fr/actualites/agora%20alain%20Didier-weill




Je ne partage pas l'analyse que faisait ce jour-là Alain Didier-Weill des différentes positions institutionnelles, j'y vois une sorte de forçage et le reçois comme provocation à repenser l'institutionnel analytique à partir de chaque position subjective. On pourra prétendre que je ne veux voir là que ce qui sert mon propos. Toujours est-il qu'on ne pourra certainement pas reprocher à Alain Didier-Weill d'abdiquer, dans ce propos, de sa subjectivité de parlêtre. Il nous donne, dans ce passage, une interprétation de la dépression, « souffrance contemporaine », comme conséquence d'une position, morale, d'abdication de la subjectivité de « parlêtre ». C'est une position incontestablement lacanienne, foncièrement freudienne.


La question est de savoir discerner entre une abdication qui serait signe de la « maladie » ou sa cause. Faire de cette abdication un signe plutôt qu'une cause revient à disculper le sujet de toute causalité quant à ses humeurs. Mais, à extraire un sujet du répond et de la responsabilité pour lui infliger une causalité sur laquelle il n'a aucune prise, il y a un effet mécanique dépressiogène. C'est ainsi que je reçois cet énoncé, communiqué du Nouvel Ane, « LNA 7 est paru. Il entame une contre-campagne dirigée contre la “campagne dépression” qui se déploie actuellement à la télévision, à la radio, dans la presse. Après étude, nous la tenons pour irresponsable, dangereuse, et, ce qui ne gâte rien, ridicule. »


Le ridicule tue, disait Lacan; c'est la seule raison de prendre cette campagne au sérieux.


DK