vendredi 14 septembre 2007
Jean Cottraux mis au parfum par son raver même...
(il fut un temps où Jean Cottraux manifesta sur Oedipe le désir d'être mis au parfum de la psychanalyse... C'était en décembre 2005...)
Vous mettre au parfum, Monsieur Cottraux ; mais pourquoi pas ? Alors désarrimons nous d’abord du « parfum » de Süskind, pour ne pas filer du mauvais côté de la métaphore, qui nous renverrait à la concentration moléculaire, dans son rapport au surgissement de la réminiscence.
Celui de la « dame en noir », curieusement, m’évoque d’abord l’image où, dans le « mystère de la chambre jaune », les frères Podalydès font pousser la voiture électrique par le chauffeur, parce qu’un nuage passe, mais leur « dame en noir », qui repose la question du « mystère de la chambre jaune » d’une autre manière, ne fait pas davantage oublier le caractère humoristique des livres de Leroux, où une odeur flottante, assez fantasmagorique, fait pour le héros le seul lien entre lui et une mère présumée, présumée abandonnique, ou non, c’est le fil conducteur de sa série.
Et cela n 'est pas une meilleure voie de suivre dans sa folie le héros du « parfum » de Süskind, qui va , comme on sait, jusqu’à l’extrême limite du délire où conduit la recherche de réminiscence, qu’on pourrait voir à partir de Freud comme la tentative de réussir l’impossible de remonter la filière, à partir de la représentation, pour revenir à la trace, de la trace à la perception, pour se glisser dans l’hallucination de la reproduction de la scène ; ou, à le dire autrement, à annuler l’écart entre deux signifiants, la trace mémorielle étant justement ce qui fait lien, association entre ces deux signifiants. Ne me dites pas que je jargonne, je vous indique juste des lieux où, en psychanalyse, cette question a été posée, articulée.
C’est de cela qu’il s’agit, de la différence entre l’empreinte, (au sens de Eibl-Eibesfeldt), et la trace. C’est articulé de cette manière chez Freud parce qu’il se sert de la neurologie comme d’une analogie, et je pense qu’on peut dire qu’à aucun moment il ne soit dans la confusion qu’il y aurait à prendre sa figuration de l’appareil psychique pour quelque chose qu’on pourrait localiser dans l’appareil neuronique, que ce soit dans sa physiologie comme dans sa chimie.
D’ailleurs, excusez cette digression, pour statuer de l’empreinte et de son effet, il faut disposer du langage, nécessaire à la représentation d’un classement du vivant, (les humains comme appartenant à la classe des mammifères par exemple), la notion d’instinct elle-même étant tributaire de la nécessité qu’il y ait du symbolique pour l’en extraire.
Cela ne revient pas à dire que l’instinct, ou l’empreinte, ou la chaîne comportementale n’aurait à aucun degré une espèce de réalité, mais que sa séquenciation obéit d’abord aux contraintes du symbolique, que nous ne pouvons figurer et connaître que pour autant que nous sommes des êtres parlants.
Si vous suivez les différents fils d’Œdipe, vous vous ferez vous-même la réflexion que le fait même de l’autisme, quoiqu’il soit, n’apporte aucune objection à ce niveau de saisie du problème ; à mon sens ce serait même plutôt le contraire. J’ai été frappé, il y a des années, par ce fait que dans les « écrits » de Lacan, il soit question de l’imaginaire chaque fois qu’il est question d’éthologie, et vice-versa ; ce qui signifie qu’il serait un peu hasardeux de se pencher sur l’imaginaire, (chez Lacan), sans l’étude préliminaire de l’éthologie, animale et humaine. En ce sens le cognitivo-comportementalisme serait une étude de l’imaginaire qui se coupe de ce qu’il faut connaître du symbolique pour s’occuper du vivant, qu’il soit humain ou pas.
Si cela vous fait pousser des hauts cris, cela ne peut-être que par ignorance docte de ce qui se passe dans l’élaboratoire des psychanalyses. Vous le savez sans doute de par la réputation de Lacan, que l’on ne peut pas attraper du symbolique, de l’imaginaire ou du réel tous seuls, sans avoir à faire aux deux autres.
Cette différence entre la trace et l’empreinte, le repérage de la trace comme telle, supposent donc le symbolique, c’est ce sur quoi Jacques Lacan a mis l’accent : non pas que la trace comme telle n’existe pas comme réelle, elle y existe peut-être après tout, mais cela fait partie des choses que ce qui nous permet, (à nous humains) de savoir, ne nous permet justement pas de savoir : c’est le fait même de la détacher du réel, cette trace, qui la symbolise et l’en sépare.
Sans doute la perception est-elle organisée, chez les êtres que nous classons comme non-humains parce qu’ils n’ont pas le langage doublement articulé, mais cette organisation reste pour nous en tant que telle inconnaissable, elle nous est inconnaissable hors symbolique. À ce niveau, on conclut nécessairement que l’on ne peut s’occuper du pathologique chez l’humain qu’en prenant en considération la présence du symbolique, constitutive de et en lui. Cette prise en considération implique que l’on se penche sur la notion du symbolique.
Or la notion du symbolique en elle-même n’est pas saisissable sans l’histoire de ses errata, d’où que l’on parte dans l’histoire des conceptions du signe, qui nous amènent aujourd’hui à le penser en des termes, non plus de liaison entre le signe et la chose, ou en tant que copule entre signifié et signifiant, mais comme articulation entre un signifiant S1 et un signifiant S2, qui se ramène finalement de manière encore plus épurée à une articulation entre le sujet, S(barré) et (a), (objet dont trop de choses sont dites pour résumer), articulation qui s’effectue par l’écriture d’un poinçon carré. Cette formalisation (du rapport du sujet au fantasme) demande évidemment un peu d’étude pour être lue et déployée, mais elle fait sans doute partie de ce que les psychanalystes devraient apprendre à lire.
La conséquence en est que le modèle largement répandu de la communication, émetteur-message-destinataire, doit être revu à la lumière de ce que le message a d’autres effets que celui d’un signe que l’on pourrait détacher du code, que partagent, seulement partiellement émetteur et destinataire, ce qui a pour effet qu’il n’existe aucun locuteur qui puisse maîtriser les effets d’un « message ». À détacher le message du lieu de son énonciation, pour le compter, en faire de la statistique dont on tirerait des leçons, l’on se coupe irrémédiablement de sa texture, qui est de représenter un sujet pour un autre (signifiant) ; le « sens » qui s’en extrait alors ne dit plus rien des sujets qu’il est pourtant sensé représenter.
Vous voyez bien pour l’instant, Monsieur Cottraux, qu’il s’agit bien là d’une logique tout à fait rigoureuse, qui conduit à affirmer que ce qui se construit comme science de ce côté loupe l’objet dont elle prétend s’occuper ; c’est ce qui me conduit à ne pas renier le terme de « fausse science » qu’emploient un certain nombre de vos contradicteurs, et ils ont raison, ils n’ont que le tort de ne pas avoir réussi à vous le faire comprendre. C’est non seulement la raison pour laquelle la psychanalyse ne peut pas être évaluée, mais également la raison pour laquelle l’évaluation des psychothérapies quelles qu’elles soient participe d’un mouvement d’a-scientificité ; et par surcroît la raison pour laquelle l’évaluation des tcc, (qui ne sont pas psycho-), telle qu’elle a été menée par l’INSERM, reste dépourvue de scientificité, parce que les messages qu’elle recueille ne sont pas du réel ; la preuve est un artefact.
Ce n’est pas dire que les tcc n’aient pas d’effets éventuellement comptables, mais c’est dire que les effets en question ne font pas la preuve de la pertinence du ou des modèles thérapeutiques ainsi représentés par la mesure. La distinction entre sciences molles et dures est donc ici un argument sans valeur intrinsèque ou herméneutique.
Il se trouve simplement que dans les tcc, (entre autre), une large part est faite à l’influence du performatif, (quand ce n’est que celle-ci), et que les résultats mesurés ne peuvent pas être distingués d’une appréciation sur le transfert au thérapeute dans lesquels ils sont saisis, certainement en méconnaissance de ce fait. À le prendre ainsi, ils ne chiffreraient qu’une quantité de transfert, et non les effets de celui-ci, quantité, d’ailleurs, on l’a montré comparable à celle trouvée pour l’effet placebo.
Je vous soutiens donc tout à fait dans votre demande d’être mis au parfum de ce qu’est la psychanalyse, puisque ces résultats vous y renvoient imparablement. Je pense en effet qu’il est temps que les praticiens divers et variés sortent de leurs églises ou chapelles et viennent à l’analyse de ce qu’ils font effectivement, puisqu’il semblent qu’ils ne trouvent pas d’autres contradicteurs que les psychanalystes, auxquels ils veulent bien causer de temps à autre, comme vous le faites.
Le symbolique, vous le savez, ne s’attrape pas sous les sabots du cheval de petit Hans. Il faut aller voir de plus près comment le symbolique s’extrait de l’herméneutique à partir de Mauss, puis de Lévy-Strauss, puisque l’on passe par l’examen de l’échange de dons et contredons pour autant qu’ils représentent la valeur de l’alliance, à l’étude d’éléments de cultures en tant qu’ils forment système mythologique et représentations des liens de parentés ; mais je ne vais pas me faire l’arara des Bororos.
Simplement c’est à partir de ces travaux que l’interprétation psychanalytique sort de l’ornière herméneutique où Jung, à l’insu de son plein gré, l’avait fait glisser. Et seulement à partir de ces travaux que l’on sort de la discussion universitaire de la rigueur douteuse des travaux de Margaret Mead, pour les conditions de recueil des données, ou des critiques de Bronislaw Malinowski à la théorie de Freud sur l’universalité du tabou de l’inceste, et comme vous le savez ces critiques sont tout à fait bienvenues et pertinentes.
À partir de ces prémisses seulement l’on peut apprécier la différence de conception que Jacques Lacan amène à la notion de symbolique pour la placer comme relative à la langue, à ce que nous parlons, comme étant structuré, organisé, non seulement en syntaxe, mais de manière paradigmatique par des réseaux de relations qui ont trait au fondement du lien social, sans qu’il y ait lieu d’en inférer une substructure, telle le ‘subconscient’ de Janet. Voyez que pour vous mettre au parfum, Monsieur Cottraux, il faut y être sans s’y coller. Ne me dites pas que jusqu’ici cela garde une odeur de consultoire, parce que ce que je vous dis là, je pense qu’il n’y a pas du tout encore nécessité d’être en analyse pour le dire. C’est du savoir, avec ses errements, -je ne suis pas si savant que cela.
Alors j’en reviens à ce que vous écriviez, pour l’histoire d’un détail :
« Il me semble aussi que Freud disait que les hystériques souffrent de réminiscences. Je pensais avoir trouvé un lieu commun pour les diverses psychothérapies.
Je me suis trompé : perseverare diabolicum. », écriviez-vous .
La citation que vous faites de Freud, pour autant que je me souvienne est un peu tronquée. Il écrivait, (je n’ai pas le texte en allemand à ma disposition), que les hystériques souffrent « principalement » de réminiscences.
Il convient de bien peser le poids de ce « principalement » ; Freud pense à l’époque que les hystériques souffrent de réminiscences ; mais ce « principalement » nous dit assez clairement qu’elles souffrent également d’autre chose, peut-être moins sur le devant de la scène ; cette autre chose dont elles souffrent, conduit à déceler qu’il ne s’agit plus de supprimer (par hypnose) ou d’amortir l’effet de réminiscences qui seraient à considérer comme pathogènes, mais de lire la fonction linguistique ou sémantique que ces réminiscences occupent dans le dispositif (théâtralisé par l’analyse) de la parole qu’elles déploient, qui ne s’attrape, (ou ne « satrape »), pas du côté de l’herméneutique, (comme telle qui renverrait à l’oedipe notamment), mais du côté de l’articulation entre la demande et le désir.
À ce point il devient lisible que c’est un fantasme qui est potentiellement pathogène, et non pas l’une ou l’autre réminiscence, ou leur liaison plus ou moins dense en identifications ; c’est ce point qui conduit Freud à se pencher sur une réorganisation de sa lecture du transfert. Et c’est ce qui me conduit régulièrement à vous dire qu’en deça de ce point, l’on retourne en deça de H. Jackson, de la coupure épistémique que la psychanalyse lui doit. Et cela ne mène qu’à être tourné en bourrique par la demande. Ce qui est dommageable à toute tournure thérapeutique en germe.
Voyez bien que si je réponds à la vôtre, d’être mis au parfum, c’est parce que je sais que vous savez que pour être formé à la psychanalyse, il faut d’abord en faire une. Le langage que je tiens, revient plutôt à dire que pour en faire une, il n’est pas du tout nécessaire de passer par une thérapie auparavant, comme s’il y avait à prendre au sérieux cette découpe complaisante et fausse entre « surface » et « profondeur » où se logerait l’inconscient. Venir à l’analyste avec une demande de thérapie, cela peut tout à fait se faire.
Pour ma part j’ai constaté qu’en terme d’élation des symptômes, au cas très improbable où ce serait le seul enjeu d’une demande, l’indication de la psychanalyse est plutôt recommandable par rapport aux autres « techniques », et ce même en terme de temporalité, quoique je sois d’accord avec Ines de Oliveira pour ce qu’elle vous dit. Au fait, avez-vous lu « l’homme pressé », de Paul Morand ? Il n’est pas pressé comme un citron, tout de même, cet homme, à avoir la mort dans sa poche avec un mouchoir dessus.
Voilà, Monsieur Cottraux, la réponse que je peux vous faire dans ce cadre d’un fil « Oedipe » ; si vous voulez vous pouvez la faire lire à vos collègues, mais alors intégralement si possible, parce que c’est déjà assez serré pour ce que cela remue.
Bien cordialement,
Didier Kuntz
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vendredi, septembre 14, 2007
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Libellés : autisme, Lacan, rupture épistémologique, savoir clinique en question, tcc
lundi 3 septembre 2007
Autisme, diagnostic et pronostic, ou diagnose?
Je vous présente là un point de vue, étant entendu qu'il y en a beaucoup d'autres.
En psychanalyse on ne s'occupe pas de poser un diagnostic, parce qu'il induit un pronostic, parce que les gens sautent sur des dictionnaires et ce qui arrive généralement, c'est qu'ils se conforment à ce qu'ils lisent, par amour du médecin, -ils sont patients, ce qui ne fait rien avancer-. Un psychanalyste écoute. Lorsqu'on vient à lui avec un diagnostic d'autisme, le diagnostic a été posé ailleurs, et a peut-être parfois provoqué des aggravations, au sens d'un état qui reste stable puisque c'est ce qui confirme le mieux le diagnostic.
Que peut faire un psychanalyste mis en présence d'une personne qui lui est présentée comme autiste? Tenter de rentrer en contact, et cela ne marche pas toujours: ce n'est pas parce que la famille à des attentes qu'un transfert peut s'établir avec quelqu'un.
Les histoires sont trop différentes pour que l'on puisse en tirer quelque chose comme une généralité. La nosographie nomme l'autisme mais ne nomme pas sa cause; l'autisme est un comportement, ce que l'on en sait d'autre n'est qu'un certain nombre de suppositions dont certaines sont forcément erronées puisqu'elles sont contradictoires. Je ne pense pas que l'autisme existe, à proprement parler, comme entité clinique; je pense que la nosographie nomme ainsi un syndrôme qui peut avoir des causes très diverses, dont parfois biologiques, comme dans les situations où des lésions neurologiques ont été constatée.
La psychanalyse peut elle améliorer les choses? Dans la plupart des cas oui, et ce n'est pas toujours dans le sens d'une guérison, mais parfois seulement d'un allègement de la souffrance causée par l'autisme, chez son "dépositaire" comme dans son entourage. Il s'agit de quelque chose à quoi les psychanalystes ont peu affaire, -j'ajoute, malheureusement-. Il me semble qu'on peut tout à fait dire que toutes les théories qui se sont présentées comme psychanalytiques à propos de l'autisme sont entachées d'une erreur épistémologique, dans la mesure où si l'autiste fait cas, l'autisme ne fait pas entité en psychanalyse. C'est un point qui est en général tenu dans l'ombre lors des débats.
La question de la culpabilité ressentie éventuellement par les familles: on fait du psychanalyste la cause, le producteur de cette culpabilité, alors qu'il n'en est sans doute que l'occasion, mais cela, c'est très difficile à faire entendre, parce qu'il est constatable que, travaillé par des reliquats de transfert, un psychanalyste peut n'être pas parfois aussi neutre et aussi futé que la situation l'exige.
Pour autant, "la psychanalyse" ne préconise rien, pas plus qu'ailleurs; on peut tout de même consulter un psychanalyste pour cette raison comme pour toute autre; certains acceptent de s'y frotter, et ce n'est pas facile, loin de là, la décision à prendre est souvent de se ne pas trop vite s'identifier à la position de « parent d'enfant autiste » dans ce qu'elle a de normalisateur; et comme toujours, consulter un psychanalyste suppose qu'on veuille bien le créditer de la masse de confiance qu'on accorde sans barguigner aux autres spécialistes: ce n'est pas la psychanalyse qui opère, c'est le psychanalyste qui laisse passer le "patient" d'une position à une autre, et cela non plus ne doit pas être oublié.
Cordialement,
Didier Kuntz
PS: mise à jour et adjonction du 13/12/2007
On peut trouver à cette page de LTA un tour d'horizon des différentes réactions publiques à propos de l'autisme. Il semble que les pouvoirs publics se lavent publiquement les mains d'une situation qu'ils ont largement contribué à créer en laissant de côté les avis des psychanalystes les mieux avertis, pour se contenter de recueillir les on-dits qui leurs sont attribués. On peut ainsi reprocher à la psychanalyse, à ses théories ou à ses praticiens tout ce que l'on reproche au bouc émissaire de l'autisme et de l'autiste. Pour ma part, j'ai eu à travailler avec des enfants qualifiés d'autistiques, ainsi qu'avec leurs proches, et cela m'arrivera encore aussi souvent que l'on me consultera pour cela.
J'ai pu constater régulièrement l'effet de coup de massue asséné par le diagnostic d'autisme; j'ai constaté aussi que ce diagnostic témoignait, plus que d'un quelconque savoir clinique, d'un embarras face à l'aspect inabordable du patient dans sa relation à l'institution et/ou au psychiatre; d'un embarras face à la décision de traitement ou de placement qui s'impose parfois dans la hâte précipitée par l'angoisse de l'intervenant interpellé à une place de soignant, voire de prestataire de solution urgente; d'un embarras enfin face à la responsabilité d'énoncer, en même temps qu'un diagnostic, un pronostic écrasant sur l'évolution pressentie du patient.
Ce diagnostic, régulièrement, est posé sans calcul de ses effets sur la personne ou son entourage, dans la certitude de sa fiabilité tant que de celle du package de soins qui l'accompagne, d'où la psychanalyse autant que le recours à un psychanalyste sont imparablement exclu: d'où je pose que l'exclusion du recours au psychanalyste est la condition nécessaire à la production des symptômes classés dans l'autisme. Ceux qui veulent comprendre le comment et le pourquoi peuvent en trouver une présentation logique dans le livre que j'ai écrit, "les prolégomènes pour la psychanalyse", comme je l'appelle, dont on trouvera une trace sur ce blog ou ailleurs.
Je suis donc amené à redire ceci: là encore, dans ce tour d'horizon sur l'autisme, on oublie une chose, -parce c'est toujours plus difficile de remarquer une absence au milieu de la multitude de présences bruyantes-. C'est que l'on n'a pas encore entendu de psychanalyste énoncer son indifférence, ou son impuissance, face à l'autisme, à l'autiste ou à son entourage: on n'a entendu que ses accusateurs. Et on n'entendra pas, pas avant longtemps, que l'autiste lui-même, du fond de sa plainte, et dans son expression même, est le défenseur du psychanalyste et de sa psychanalyse.
Voilà ce qu'il m'a été donné d'entendre, dans mes contacts avec des autistes. Et pour être juste, il faudrait savoir ne pas empêcher le défenseur rencontrer celui que, par son symptôme, il défend, commis d'office, sans doute, il est vrai, par son symptôme.
Dans son dernier séminaire, intitulé "le moment de conclure", au moment de conclure, donc, une très longue et très riche expérience de parturient et de praticien de psychanalyse, que dit Lacan? Il dit: "L'important est que la science elle-même n'est qu'un fantasme; ... et que l'idée d'un réveil, soit à proprement parler impensable; voilà ce que j'avais à vous dire aujourd'hui." (*15 novembre 1977*).
Je laisse ceci en état; le lecteur pourra s'enquérir de ce qu'il y existe, ou non, quelqu'un qui puisse, avec des faits concrets me concernant, (ou concernant quiconque), infirmer la capacité que je prétends, (ou que prétend quiconque), relativement aux personnes concernées par un diagnostic d'autisme, de recevoir la personne et sa vérité. Chercher à savoir, en tel cas précis, qui peut ou non quoi, sera plus utile et individuellement et collectivement, aux autistes, que les grandes déclarations générales qui pêchent au chalut sur les grands fonds de la souffrance humaine déjà raclés à mort par la médecine épidémiologique.
Merci de votre attention.
13/12/07 - DK
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Didier Kuntz
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lundi, septembre 03, 2007
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Libellés : autisme, complexes familiaux., pulsion de mort, savoir clinique en question, victimisation
mardi 28 août 2007
Scoop : reconversion des psychanalystes dans la sociologie de l’armoire à pharmacie.
(17/7/04 - modifié le 28/08/07)
L’été venant, avec ses plages vides de temps et ses plages pleines de gens, seulement certains psychanalystes, habitant le dernier village qui résiste encore à la vague de froidure qu’annonce la vague de chaleur, sont en train de débattre sous la pression de la nécessité, de l’opportunité qui se présente maintenant à eux de se pencher un peu plus sérieusement sur la sociologie de l’armoire à pharmacie, qui était restée à ce jour dans un coin obscur de leur branche d’étude.
On pourrait croire, jetant un regard superficiel, à une galéjade. Mais il aurait été question de l’utilité sociale, ou publique, de la psychanalyse : le terme exact est lui-même la résultante d’un pari théorique sur la signification de l’inconscient. C’est-à-dire que doit se trancher au travers de ce choix la question de savoir s’il faut demander à ceux qui n’ont pas entendu ce qui a été écrit, de bien vouloir effacer de leur mémoire ce qui a été dit, sous l’argument que seul importe ce que l’on décide finalement d’inscrire dans la mémoire collective, auquel cas, la psychanalyse n’a effectivement aucune utilité publique ; ou s’il y a lieu de dresser, honnêtement, le texte de ce qui a été dit au Sénat le 9 juillet, qui fait trace d’une reconnaissance d’utilité publique de la psychanalyse. Le commentaire de cette affaire est que cette reconnaissance imprévue d’utilité publique, sous la forme d’un aveu bien vite nié par peur des conséquences juridiques qui n’auraient pas la moindre conformité avec l’amendement discuté, étant elle-même une formation de compromis destinée à satisfaire, par la vérité qu’elle énonce, l’importante fraction des psychanalystes qui ne trouvent pas de quoi conclure à leur utilité sociale, à en extraire ce désir inconscient de satisfaire les psychanalystes, on doit conclure qu’ils existent au-delà de ce que l’amendement peut réglementer de leur pratique apparente, et sont mis dans une posture qui fait d’eux les maîtres du jeu de ce débat, position certes inconfortable au moins pour autant qu’elle n’a pas été convenue. Mais sans doute faut-il un « niveau suffisant » pour s’en apercevoir, et faudra-t-il accommoder la praxis d’un renoncement à l’usage de l’immixtion pharmaceutique dans le standard de la cure, car quoi qui s’en avoue c’est une pratique courante.
N’étant donc pour ma part aucunement concerné par cet amendement, puisque non-médecin, je me limiterai à placer quelques jalons de cette sociologie de l’armoire à pharmacie qu’il faudra nécessairement enseigner dans les instituts à venir.
Le progrès exponentiel de la pharmacie a conduit à l’extension relative du volume de l’armoire dans les intérieurs ; autrefois réduite au coton, mercurochrome et bandage, l’évolution a fait disparaître le mercurochrome au profit de produits mieux adaptés, et fait apparaître une plage de produits dont la gamme s’étend de la bande plâtrée aux cosmétiques, en passant par la boîte de cachets et la poudre ou le tube de dentifrice. La boîte de cachet répétant en plus petit et plus spécialisé la forme de la boîte de pharmacie, on comprend mieux qu’elle la représente dans son ensemble. Mais l’évolution rapide, fait qu’en un siècle, la boîte de première nécessité s’est transformée dans un premier temps en armoire murale à une porte, généralement en bois, puis en fer, nantie d’une clé, et décorée souvent de la célèbre croix rouge sur fond blanc ; l’étape suivante la fait apparaître comme une armoire murale à trois portes, en métal vitrée le plus souvent de miroirs ; puis apparaît l’armoire étroite, posée sur le sol, d’un mètre soixante-dix environ, en mélaminé, où la clé a disparu et qui présente l’avantage considérable d’être juxtaposable ; la tendance irait donc vers le placard recouvrant un mur, puis vers une conception d’un habitat thérapeutique où la présence pharmaceutique s’exprimerait en chaque lieu selon la spécialisation de leur usage. La disparition de la clé signe la privatisation du local où l’armoire est déposée.
Il y a évidemment quelques mots à dire sur la localisation de l’armoire et son contenu. Au départ, la boîte, qui est une extension de la poche, substitut du ventre, se trouve dans un tiroir du buffet de la cuisine, qui correspond aux blessures superficielles que l’on peut s’infliger en cuisinant, aussi bien qu’à la fonction sociale de réunion et de communication, dont la localisation se détermine sur le mode de la contagion métonymique.
C’est ce caractère métonymique qui va influer la localisation ultérieure dans les toilettes, dont l’apparition rend possible la suppression de la table de nuit, dont la fonction de réceptacle du bourdalou parental tend à disparaître ; c’est précisément ce qui justifie l’apparition de la clé, puisque la première petite armoire va pouvoir accueillir seringues, clystères et condoms dont l’usage et la fonction, sexuels, doivent rester sous la responsabilité morale et effective des parents ; un petit pas de côté fera comprendre l’évolution malthusienne de la famille et la transformation de la place de l’enfant dans le discours parental qui y est inhérent ; cette évolution traduit également la transformation de la notion du privé et de l’intime qui se produit par déplacement du mode sexuel vers une part grandissante de l’autoérotique qui correspond bien à une chute de la fécondité.
Le déplacement ultérieur de l’armoire des toilettes vers la salle d’eau correspond évidemment à une uniformisation du confort, mais également à un réinvestissement de la surface du corps, à commencer par le visage, ce qui explique l’apparition des portes miroirs servant aussi bien au rasage qu’à l’application des premiers cosmétiques. Le contenu de l’armoire se modifie, ses séparations permettant de scinder les produits d’hygiène des cosmétiques et de la pharmacie de secours, incluant du matériel de petite chirurgie ; au cours de ces migrations, la fonction de boîte à pharmacie s’est donc approprié un contenu sexuel refoulé qu’elle sublime en l’esthétisant, le prix à payer de cette croissance narcissique étant une augmentation parallèle de la dose d’angoisse ; le contenu de la boîte va donc, en proportion, s’adjoindre de produits sédatifs qui deviennent peu à peu indispensables au mode de confort atteint.
L’amplification de l’armoire murale de salle d’eau en armoires multiples posées sur le sol est corrélative d’un double mouvement ; la faible surface des portes miroirs ne permet d’examiner le corps qu’au prix de contorsions ; les armoires à glaces se trouvant dans des espaces partagés, elles sont plus appropriées à la correction du détail vestimentaire qu’à l’examen approfondi du corps dévêtu ; la surface du miroir mural de salle de bain augmente donc et à mesure que l'image du corps se dissocie du contenu de l’armoire ; cette évolution est corrélative à un nouveau rapport au corps qui s’instaure, toujours plus structuré par le regarder et moins par le voir ; à mesure que diminue l’importance de la posture, le vêtement apparaît comme l’imposture qui cache un corps de plus en plus dévêtu de ses fonctions symboliques ; et l’on constate parallèlement la généralisation d’un rapport consumériste à l’image obscène, qui est une tentative de guérison de l’impasse sexuelle du narcissisme.
Quant au contenu diversifié et amplifié des armoires à pharmacie, il correspond de plus en plus à une stratification de rebuts de traitements d’un corps morcelé par l’imaginaire sexuel du moment, où le regard prédomine, où le bien-être est coupé du réel du corps du fait de l’absence d’une médiatisation verbale.
Il y aurait long à dire sur le contenu plus ou moins « hard » des drogues (pharmakon) qui s’y trouvent enlisées, toutes incapables de procurer la retrouvaille avec le plaisir dont elles seraient, semble-t-il, le détour obligé.
La place de la psychanalyse dans les esprits se trouve, actuellement semble-t-il, accolée à l’existence de cette envahissante boîte à pharmacie, pour s’adjoindre à elle et pallier à son insuffisance de structure, à organiser la vie psychique autrement que sur le mode symptomatique.
Je dis donc ceci à ceux de mes collègues qui se mettent en piste pour négocier un ‘’bon’’ décret d’application de l’amendement récemment, hélas, voté par une majorité pour le moins silencieuse quant à son raisonnement juridique et à ses intentions : quoique vous puissiez obtenir pour tenter de sauver les meubles d’une psychanalyse qui vous est chère, vous l’inscrirez dans le cadre sociologique de l’existence de cette boîte : dans une dynamique sociale d’effacement du rapport entre le sexuel et le corps.
Vous connaissez trop la problématique de ceux que la clinique appelait autrefois les hystériques, par rapport à la fonction du maître, pour croire un instant qu’à ‘’réguler’’ un titre quelconque, il y ait la moindre chance qu’ils partagent vos vues sur la valeur d’un savoir protégé: j’en suis à me demander quel atout sera, pour pratiquer la psychanalyse, un titre qui n’a au fond de valeur que narcissique, et ne fait qu’entériner l’impasse d’un symptôme actuel. Mais sans doute est-ce l’une de ces questions que l’on ne peut poser que quand on en connaît d’emblée la réponse. Je ne crois pas être assis avec vous sur la branche que vous sciez. L’enjeu est symbolique, d’une acceptation ou non d’une psychanalyse mise au service et formatée par et pour quelque politique que ce soit. Le balbutiement de l’histoire a déjà jugé. L’existence de la psychanalyse n’est rien d’autre que ce qui marque la limite de l’efficacité consensuelle. Si vous l’omettez maintenant : « souviens-toi de celui qui a oublié le chemin », écrivait Maurice Blanchot, -pour nous accompagner.
Didier Kuntz
Publié par
Didier Kuntz
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mardi, août 28, 2007
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Libellés : corps et désir, psychosomatique, virtualisation du corps
vendredi 24 août 2007
Interprétations de la psychanalyse en politique de la psychanalyse.
(Quelques fragments... hors contexte... comme par hasard, il y a quelque chose qui surnouage...)
(9/02/06)
-(en réponse à « Munich », de Serge Hajlblum)-
Le problème politique posé à la psychanalyse d’aujourd’hui, posé par les diverses positions qui ont conduit à la situation où elle est pour ainsi dire posée, cette « psychanalyse », au milieu d’un problème politique qui ne s’avoue pas comme tel à ceux qui le posent, qui ne s’avoue pas comme tel parce qu’il semblerait que poser ce problème comme social, comme un problème de régulation sociale de pathologies sociales, ait la préférence d’un certain type de refoulement que l’on peut dire collectif, même si ce refoulement n’est que l’addition de refoulements un par un, coaptés, collapsés, et opte pour l’acceptation d’une censure admise, d’un refoulement partagé, -acceptation dont le sens d’acception ne doit pas rester ici oublié-, d’une censure aimée, désirée, et requise comme légalité à venir, ce problème politique posé à la psychanalyse est bien celui, tacite, d’une évacuation, d’une vidange de l’horreur du meurtre jouissif, d’autant plus jouissif qu’il est, devient collectif, d’autant plus collectif qu’il se marque de l’oubli de cet un par un où il pourrait ou aurait pu ne pas échouer à faire mémoire.
Peut-être vais-je un peu vite en besogne, mais je n’hésite pas à conclure que la condition nouvelle qui se propose aux psychanalystes d’être « tous psychothérapeutes », (voir texte de Laurent Le Vaguerèse sur le « Petit Journal »), entérine ce meurtre collectif en l’effaçant des mémoires, posant ainsi la condition de sa répétition, posant l’oubli comme condition d’un bonheur à venir, posant cette jouissance ignorée comme jouissance partagée. Il est simplement étonnant que les lecteurs de « Totem et tabou » omettent la condition d’émergence de la loi telle que Freud l’interprète.
On tue la psychanalyse, comme bouc émissaire d’un passé dont on ne veut rien savoir, d’un savoir dont on ne veut rien passer.
(15/02/06)
Les psychanalystes sont actuellement fondés à refuser les différentes stigmatisations et autres réductions de têtes qu'on leur attribue souvent à tort. Je ne dis pas cela dans un effort consensuel. Je le dis pour éviter que ce qu'on appelle "démarche personnelle" puisse passer dans se champ pour une démarche individuelle, illusoirement fondée sur une conception un peu narcissique de la fameuse "auto-analyse" de Freud.
L'adjectif "scientifique" ne suffira pas à faire de la science; on peut dire que par exemple la psychanalyse n'est pas scientifique ou n'est pas une science; mais par contre on ne peut pas dire qu'elle ne soit pas en tension vers la science; cette tension vers la science est ce qui permet de dégager ce qui fait que les sciences soient "sciences" et non pas bricoles idéologiques. C'est ici les scientifiques que j'interpelle, de leur nom de scientifique, contre l'adjectivation qui se retourne déjà contre eux.
(19/10/05)
Il est dommageable que nous ne disposions pas ou ne connaissions pas assez les travaux de sociologues sur les conditions de vie dans les quartiers où vivent les populations stigmatisées, dépositaires du symptôme « fragilisé » ou « risque de délinquance »...
Les quartiers où les voitures brûlent la nuit, sont aussi ceux où les MJC et autres centres de culture ou d'animation ont été fermés pour être remplacés par des lieux censément moins coûteux pour l'état; cette politique a été mise en place par François Léotard lorsqu'il était ministre de la culture; la suppression des postes d'animateurs et leur remplacement par des postes d'éducateurs, , puis d’assistants sociaux, puis de psychologues, a mené à les remplacer insidieusement par une présence policière puis militaire, (les gendarmes et CRS dépendant de l'armée). Sous le prétexte de lutte antiterroriste ; où renaît le masque de « l’ennemi intérieur », cette consternante vichyssoise.
Évidemment on peut croire qu'il n'y a aucun rapport entre la manière dont on traite une population et celle par laquelle elle réagit, déjà langagièrement d'ailleurs, à la manière dont on la "traite".
Simplement lorsqu'on pose la question des coûts, de la culture par exemple, il faudrait faire rentrer dans le calcul celui des conséquences comptables des économies réalisées finalement sur l'éducation, au sens large, puisqu'on ne parle plus "d'instruction", aujourd'hui, ailleurs que dans le cadre des prétoires... Il y aurait apparemment un état corpusculaire des coûts et un état ondulatoire des effets des compressions des coûts comptables.
Comment ne pas voir que la réclusion dans des entités abstraites, ("population à risque", "copulation à risque", etc), "fragilisés psychologiquement", met en scène des liens sociaux hystérisés, lus au travers du prisme tragique d'une mise à distance des "populations"?...
(17/02/06)
Passe borroméen.
-(c'était adressé à Patrick Valas et à Alain Dufour; entre autres)-
Toutes les précisions données ici, à propos de la passe, de celles qui peuvent être données, parce qu'il est bien évident qu'il y a une différence entre le passage au public et le passage de l'intime, seront bienvenues je pense, parce qu'il y a une certaine publicité qui peut être donnée au fait de son existence, et qui permettra à ceux qui ont à y redire de se manifester.
Je précise que pour ma part je n'ai rien à y redire, c'est une institution.
Elle n'est pas sans sa lacune: sa lacune, c'est qu'il y a des psychanalystes qui pensent qu'elle ne ferme pas la transmission qu'elle ouvre. La question est donc de savoir si l'existence de cette institution doit nécessairement être une cause de discrédit de toute transmission qui ne serait pas d'école.
Un des éléments est que ces psychanalystes qui ne sont pas d’écoles et qui poussent le bouchon à ne se reposer que sur l'existence légale de "l'association de fait" se sont trouvés jusqu'à présent confrontés à une certaine morgue des associations plus ou moins solides, parfois d'autant plus hautaines que leur fond théorique relevant trop souvent de la petite différence était réduit à une position charismatique. C'est bien pour cette raison qu'on a pu se gausser de leur masochisme, et qu'aussi bien aujourd'hui ils se trouvent, pas plus objets de convoitise que de discorde, interpellés à exprimer la cause de leur différance à l'endroit des écoles, et la raison qui les pousse à l'encontre du bon sens à avoir soutenu cette position.
Non pas qu'ils n'en aient jamais rien dit, mais que, du fait de cette lacune un témoignage ne pourrait être saisi comme tel que dans un cadre posé ad hoc. Les instances posées par les écoles seraient donc là posées comme débordées, au sens où elles ne seraient pas posées comme seules à être aptes à recevoir un témoignage; il n'en reste pour autant pas moins qu'elles sont les seules à être en mesure de l'authentifier. Les instances en question, ou les écoles, peuvent bien sûr considérer qu'elles n'ont rien à faire de propos latéraux qui ne demandent pas d'authentification. Elles peuvent également considérer que nul n'est audible qu'à condition d'une authentification préliminaire. Cela paraît fondé de l'intérieur de cette logique.
Le hic c'est qu'outre la production de psychanalystes "non-authentifiés" dans leur témoignage faute d'un recours à une telle instance, et qui conduit les écoles à les discréditer comme si leur absence à ce recours n'y suffisait pas, (question, question...), cette stratégie d'élaboration d'école conditionne l'apparition d'une théorie de narcissismes qui passent pour thérapies.
Le plus drôle, ce serait que les Jourdains qui maniant leurs proses reçoivent leurs baptêmes sur les fonds d'Oedipe passent pour dupes! Ce serait bien le comble qu'ils ne le soient pas! Qu'ils ne sachent pas ce qu’ils prosent!
Il y a bien la question de ce qui passe ou pas par l'oral des cris. Mais de là à ce que les chuchotements en viennent à convenir qu'il y a en plus à inventer autre chose, et à trouver un assentiment à ce que les écoles fondent la psychanalyse, et ne cessent de la fonder de leur ouverture à ce qui se produit de leurs interstices, il faudra non seulement qu'elles trouvent à s'accorder réciproquement de leur pertinence méconnue, mais qu'elles en posent conjointement la formalisation qui leur manque.
Et elles le peuvent, à ne pas se poser comme l'Autre. Elle existe de fait, l'Autre École, c'est la psychanalyse que font les psychanalystes, à lier comme vous voudrez, mais même si l'on peut selon un certain entendement nier qu'il fassent communauté pour autant qu'ils ne sont pas un, on ne peut plus soutenir qu'il n'y ait pas plus d'un trait unaire qu'ils soutiennent communément comme fondement de la position psychanalytique...
À ce moment où il semble requis qu'ils sachent se laisser distinguer des psychothérapeutes, plus il y en aura, de ces traits, mieux ce sera, puisque l'on ne peut en aucun cas tabler sur la seule auto-régulation associative sans supporter que sous le nom de psychanalyse apparaisse n'importe quoi: il n'y a rien à fonder que ce qui l’est déjà, mais il y a à présenter ce qui est fondé, et d'une manière qui soit recevable en droit, tôt ou tard, certainement. Hélas si vous voulez, mais si la charge se présente comme irrémédiable, on ne s’en tirera au mieux qu’en faisant des coupures par des nœuds borroméens : c’est ça l’envers de la psychanalyse, maintenant, cette réciprocité -là.
Merci de supporter ce « pas clair ».
DK
Publié par
Didier Kuntz
à
vendredi, août 24, 2007
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Libellés : habilitation, politique de la psychanalyse, psychanalyse lacanienne, victimisation
